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Ménopause

Saignements après la ménopause : causes possibles et examens

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Tout saignement vaginal survenant après la ménopause (métrorragie post-ménopausique), même minime ou isolé, doit faire consulter rapidement. La cause est le plus souvent bénigne (atrophie de la muqueuse, polype, traitement hormonal), mais environ 9 % de ces saignements révèlent un cancer de l'endomètre. L'échographie pelvienne est le premier examen ; une biopsie ou une hystéroscopie est réalisée si l'endomètre est épaissi ou si le saignement récidive.

Pourquoi un saignement après la ménopause doit-il toujours être exploré ?

La ménopause se définit par l'absence de règles depuis 12 mois consécutifs. Au-delà, l'endomètre (la muqueuse qui tapisse l'utérus) ne saigne plus normalement. Un saignement, même une simple trace rosée ou brunâtre, un épisode unique ou un saignement après un rapport, est donc anormal.

La plupart des causes sont bénignes. Mais le saignement est le principal signe d'alerte du cancer de l'endomètre : une méta-analyse portant sur plus de 40 000 femmes montre que 91 % des cancers de l'endomètre se manifestent par un saignement après la ménopause, et que 9 % des femmes qui saignent ont un cancer de l'endomètre. Consulter tôt permet de diagnostiquer ces cancers à un stade où ils se guérissent le plus souvent. Notre page de cancérologie gynécologique détaille cette prise en charge.

Quelles sont les causes possibles d'un saignement après la ménopause ?

CauseCe qui l'évoquePrise en charge habituelle
Atrophie vaginale ou de l'endomètrePetits saignements, souvent après un rapport ou un effort, avec sécheresse et brûluresHydratants, œstrogènes locaux après avoir écarté une autre cause
Traitement hormonal de la ménopauseSaignements irréguliers, surtout dans les premiers mois ou lors d'un changement de traitementÉchographie, adaptation du traitement ; exploration si persistance
Polype de l'endomètre ou du colSaignements irréguliers ou pertes brunâtresAblation par hystéroscopie opératoire et analyse
Hyperplasie de l'endomètreEndomètre épaissi, surpoids, œstrogènes sans progestatif, tamoxifèneBiopsie ; traitement selon la présence ou non d'atypies
Cancer de l'endomètreSaignement, même minime ; endomètre épaissi à l'échographieBiopsie puis bilan et traitement en centre spécialisé
Cancer du col, de la vulve ou du vaginSaignement après un rapport, lésion visibleExamen, frottis et biopsie de la lésion
MédicamentsAnticoagulants, antiagrégants plaquettairesIls favorisent le saignement mais n'en dispensent pas l'exploration

Les fibromes sous-muqueux, fréquents avant la ménopause, régressent habituellement ensuite et sont une cause moins fréquente. Un saignement peut aussi provenir des voies urinaires ou du rectum : le médecin vérifie son origine.

Quels examens sont réalisés ?

  1. Entretien et examen gynécologique : ancienneté de la ménopause, traitements (hormones, tamoxifène, anticoagulants), antécédents ; examen au spéculum de la vulve, du vagin et du col pour repérer une lésion ou une atrophie.
  2. Échographie pelvienne et endovaginale : c'est l'examen de première intention. Elle mesure l'épaisseur de l'endomètre et recherche un polype, un fibrome ou une anomalie des ovaires.
  3. Biopsie de l'endomètre : un prélèvement à l'aide d'une fine canule passée par le col, en consultation. C'est l'analyse au microscope qui confirme ou écarte un cancer.
  4. Hystéroscopie diagnostique : une fine caméra introduite par le col permet de voir l'intérieur de l'utérus et de faire des prélèvements ciblés. Elle est indiquée si la biopsie est impossible ou non contributive, ou si une lésion localisée est suspectée.
  5. Hystérosonographie : une échographie avec injection de sérum dans l'utérus, qui précise un polype.
  6. Frottis du col si le dépistage n'est pas à jour. Il dépiste les lésions du col mais n'explore pas l'endomètre : un frottis normal n'élimine pas un cancer de l'endomètre.

Que signifie l'épaisseur de l'endomètre à l'échographie ?

Chez une femme ménopausée qui saigne, un endomètre fin est rassurant. Les recommandations françaises (CNGOF et GEMVi, 2021), formulées pour les saignements sous traitement hormonal de la ménopause, retiennent un seuil de 4 mm : en cas d'épisode unique avec un endomètre de 4 mm ou moins, on peut surveiller ; au-delà de 4 mm, ou si les saignements se répètent, des explorations complémentaires (hystéroscopie et analyse de l'endomètre) sont recommandées.

Hyperplasie de l'endomètre — La muqueuse utérine est anormalement épaissie, ce qui explique une épaisseur augmentée à l'échographie.
GynécologieHyperplasie de l'endomètreLa muqueuse utérine est anormalement épaissie, ce qui explique une épaisseur augmentée à l'échographie.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

Ce seuil a des limites : il est moins fiable sous traitement hormonal séquentiel (l'échographie se fait alors en fin de séquence de progestatif), sous tamoxifène, ou quand l'endomètre est mal visible. Un saignement qui persiste ou récidive doit être exploré, quelle que soit l'épaisseur mesurée.

Quels facteurs augmentent le risque de cancer de l'endomètre ?

Certaines situations rendent l'exploration d'autant plus nécessaire, car elles exposent l'endomètre à un excès d'œstrogènes non compensé ou à une prédisposition :

  • surpoids et obésité, le facteur le plus important : après la ménopause, le tissu graisseux continue de produire des œstrogènes ;
  • diabète et hypertension artérielle ;
  • œstrogènes pris sans progestatif chez une femme qui a encore son utérus ;
  • tamoxifène, utilisé après un cancer du sein, qui stimule l'endomètre ;
  • ménopause tardive, absence de grossesse, syndrome des ovaires polykystiques ;
  • prédisposition familiale, en particulier le syndrome de Lynch (cancers du côlon et de l'endomètre dans la famille, souvent à un âge jeune).

Sous tamoxifène, l'endomètre paraît souvent épaissi à l'échographie sans qu'il y ait de maladie, ce qui rend l'interprétation plus délicate : tout saignement doit être signalé à votre gynécologue et à votre oncologue. Le suivi après un cancer est détaillé dans notre article sur le suivi après un cancer de l'utérus.

Quels traitements selon la cause ?

  • Atrophie : hydratants vaginaux, lubrifiants, œstrogènes vaginaux à faible dose une fois le diagnostic confirmé (voir sécheresse vaginale).
  • Saignements sous traitement hormonal : vérification de la bonne prise, adaptation du schéma ; les saignements répétés sont explorés.
  • Polype : ablation par hystéroscopie opératoire, par les voies naturelles, avec analyse systématique du polype.
  • Hyperplasie : traitement par progestatif et surveillance, ou hystérectomie selon la présence d'atypies et le contexte.
  • Cancer de l'endomètre : bilan d'extension (IRM pelvienne notamment) puis traitement, le plus souvent chirurgical (hystérectomie avec ablation des ovaires et des trompes, évaluation des ganglions), parfois complété par une radiothérapie ou d'autres traitements. La décision est prise en réunion de concertation pluridisciplinaire, selon les recommandations européennes.

Organisation au cabinet : le délai moyen de rendez-vous est d’une semaine à 10 jours (sauf périodes de congés) ; l’échographie et, si besoin, l’hystéroscopie diagnostique peuvent être réalisées au cabinet.

Quand consulter en urgence ?

Un saignement après la ménopause justifie un rendez-vous rapide, dans les jours qui suivent. Rendez-vous aux urgences ou appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de :

  • saignement abondant (protection remplie en moins d'une heure, caillots importants) ;
  • malaise, pâleur, essoufflement, palpitations ;
  • douleurs abdominales intenses ou fièvre associée ;
  • saignement important sous anticoagulant.

En dehors de ces situations, ne laissez pas passer plusieurs semaines : notez la date, l'abondance et les circonstances du saignement, ainsi que vos traitements en cours, et apportez ces informations à la consultation.

Questions fréquentes

Une petite trace de sang une seule fois, faut-il consulter ?

Oui. Même un saignement minime et unique après la ménopause doit être signalé et exploré, au minimum par un examen et une échographie pelvienne.

Un frottis normal suffit-il à me rassurer ?

Non. Le frottis dépiste les lésions du col de l'utérus, pas celles de l'endomètre. Il ne remplace ni l'échographie ni la biopsie de l'endomètre.

Saigner sous traitement hormonal de la ménopause est-il normal ?

Des saignements peuvent survenir au début du traitement ou selon le schéma utilisé. Ils doivent néanmoins être signalés : une échographie est réalisée, et des examens complémentaires sont proposés s'ils persistent ou si l'endomètre est épaissi.

Les saignements peuvent-ils venir d'ailleurs que de l'utérus ?

Oui. Une atrophie du vagin ou de la vulve, une lésion du col, mais aussi un saignement d'origine urinaire ou hémorroïdaire peuvent être confondus. L'examen clinique permet de préciser l'origine du saignement.

La biopsie de l'endomètre est-elle douloureuse ?

Elle provoque une crampe brève, comparable à une douleur de règles. Elle se fait en consultation, sans anesthésie générale ; un antalgique pris avant peut être conseillé.

Références

  • Clarke MA, et al. Association of Endometrial Cancer Risk With Postmenopausal Bleeding in Women: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Internal Medicine, 2018. doi:10.1001/jamainternmed.2018.2820 — PMID 30083701
  • Hamdaoui N, et al. Prise en charge des effets indésirables sous traitement hormonal de la ménopause : saignements utérins anormaux. Recommandations pour la pratique clinique du CNGOF et du GEMVi. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2021. doi:10.1016/j.gofs.2021.03.028 — PMID 33757921
  • Concin N, et al. ESGO-ESTRO-ESP guidelines for the management of patients with endometrial carcinoma: update 2025. The Lancet Oncology, 2025. doi:10.1016/S1470-2045(25)00167-6 — PMID 40744042

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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