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Cancérologie

Cancer de l’endomètre : symptômes, diagnostic et traitement

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Le cancer de l’endomètre (cancer du corps de l’utérus) se révèle dans plus de 9 cas sur 10 par un saignement vaginal anormal, le plus souvent après la ménopause. Tout saignement après la ménopause, même minime, doit faire consulter rapidement pour une échographie et, si besoin, une biopsie de l’endomètre. Découvert tôt, il est souvent guéri par une chirurgie retirant l’utérus et les annexes, parfois complétée par une radiothérapie ou d’autres traitements décidés en réunion de concertation pluridisciplinaire.

Qu’est-ce que le cancer de l’endomètre ?

Le cancer du corps de l’utérus naît dans la grande majorité des cas de l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus et se renouvelle à chaque cycle. On parle de carcinome de l’endomètre. Il est différent du cancer du col de l’utérus, qui a d’autres causes (le papillomavirus) et un autre dépistage. Les sarcomes de l’utérus, qui naissent du muscle, sont beaucoup plus rares.

Cancer de l'endomètre — Tumeur développée à partir de la muqueuse qui tapisse la cavité utérine, responsable de saignements.
CancérologieCancer de l'endomètreTumeur développée à partir de la muqueuse qui tapisse la cavité utérine, responsable de saignements.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

C’est le cancer gynécologique pelvien le plus fréquent dans les pays occidentaux. Il touche surtout des femmes ménopausées, mais il peut survenir plus tôt, en particulier en cas de prédisposition génétique. Pour une vue d’ensemble des cancers gynécologiques, consultez notre page Cancérologie gynécologique.

Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

Le signe principal est un saignement vaginal anormal. Une grande méta-analyse montre que 91 % des femmes atteintes d’un cancer de l’endomètre ont présenté des saignements après la ménopause. À l’inverse, environ 9 % des femmes qui saignent après la ménopause ont un cancer : la cause est donc le plus souvent bénigne, mais il faut toujours vérifier.

  • Après la ménopause : tout saignement, même une simple trace rosée ou brunâtre, une seule fois, justifie une consultation rapide.
  • Avant ou autour de la ménopause : règles devenues très abondantes ou prolongées, saignements entre les règles, surtout s’il existe des facteurs de risque.
  • Plus rarement : pertes aqueuses ou rosées, douleurs pelviennes.

Les autres causes de saignement après la ménopause (atrophie de la muqueuse, polype, traitement hormonal) sont détaillées dans notre article sur les saignements après la ménopause.

Qui est le plus à risque ?

La plupart des cancers de l’endomètre sont favorisés par une exposition prolongée aux œstrogènes non compensée par la progestérone :

  • surpoids et obésité (le tissu graisseux fabrique des œstrogènes) ;
  • absence de grossesse, puberté précoce, ménopause tardive ;
  • syndrome des ovaires polykystiques avec cycles très espacés ;
  • traitement par œstrogènes seuls chez une femme qui a encore son utérus, sans progestatif associé ;
  • traitement prolongé par tamoxifène après un cancer du sein ;
  • diabète et hypertension artérielle.

Le syndrome de Lynch, une prédisposition héréditaire, augmente nettement le risque de cancer de l’endomètre et du côlon. Il est suspecté en cas d’antécédents familiaux de ces cancers ou de cancer survenu jeune.

Il n’existe pas de dépistage organisé du cancer de l’endomètre : ni le frottis ni l’échographie systématique ne sont recommandés chez les femmes sans symptôme.

Quels examens pour poser le diagnostic ?

ÉtapeExamenObjectif
1Examen gynécologiqueVérifier que le saignement vient bien de l’utérus et non du col ou du vagin.
2Échographie pelvienne par voie vaginaleMesurer l’épaisseur de l’endomètre et rechercher une anomalie. Un endomètre fin rend un cancer peu probable.
3Biopsie de l’endomètre (pipelle en consultation) ou hystéroscopie avec biopsies dirigéesObtenir le diagnostic de certitude au microscope, le type et le grade de la tumeur.
4Analyse moléculaire de la tumeurClasser la tumeur en 4 groupes (POLE, déficit MMR, p53 anormale, sans profil spécifique) : elle affine le pronostic et le traitement.
5IRM pelvienne, et scanner thoraco-abdomino-pelvien selon le typeÉvaluer l’infiltration du muscle utérin, l’atteinte du col et des ganglions, et l’extension à distance.

La recherche d’un déficit des protéines de réparation de l’ADN (MMR) dans la tumeur est recommandée pour toutes les patientes. Elle oriente les traitements et sert à dépister un syndrome de Lynch.

Cancer de l'endomètre vu en hystéroscopie — Lésion irrégulière et saignante de la muqueuse ; la biopsie confirme le diagnostic.
HystéroscopieCancer de l'endomètre vu en hystéroscopieLésion irrégulière et saignante de la muqueuse ; la biopsie confirme le diagnostic.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

Quels sont les traitements du cancer de l’endomètre ?

La stratégie est décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), en fonction du stade FIGO, du type histologique, du profil moléculaire, de votre état de santé et de vos souhaits.

La chirurgie

C’est le traitement de base des formes localisées : hystérectomie totale avec ablation des deux trompes et des deux ovaires. La voie mini-invasive (cœlioscopie) est privilégiée pour les formes limitées à l’utérus, car elle réduit les complications et la durée d’hospitalisation. L’évaluation des ganglions repose désormais le plus souvent sur la technique du ganglion sentinelle, qui consiste à repérer et retirer seulement les premiers ganglions de drainage. Ce geste remplace le curage ganglionnaire complet dans la plupart des cas et réduit le risque de lymphœdème des jambes. Pour en savoir plus sur l’intervention, consultez notre article sur l’hystérectomie.

Les traitements complémentaires

  • Aucun traitement complémentaire dans les formes à faible risque.
  • Curiethérapie du fond vaginal : irradiation de contact pour réduire le risque de récidive locale dans les formes à risque intermédiaire.
  • Radiothérapie externe pelvienne, parfois associée à une chimiothérapie, dans les formes à haut risque ou avec atteinte ganglionnaire.
  • Chimiothérapie et, dans les formes avancées ou en récidive, immunothérapie, en particulier quand la tumeur présente un déficit MMR.

Situations particulières

Chez une femme jeune qui souhaite une grossesse et dont la tumeur est de bas grade, sans infiltration du muscle, un traitement conservateur par progestatifs à forte dose, avec contrôles hystéroscopiques réguliers, peut être discuté dans un centre expert. Chez une patiente qui ne peut pas être opérée, la radiothérapie ou l’hormonothérapie sont des alternatives.

Quel est le pronostic ?

Le cancer de l’endomètre est souvent découvert à un stade précoce, parce que le saignement apparaît tôt. Dans ce cas, le pronostic est généralement favorable. Il dépend surtout du stade, du type histologique, de la présence d’emboles dans les vaisseaux et du groupe moléculaire.

Après le traitement, une surveillance régulière est organisée : voir notre article sur le suivi après un cancer de l’utérus.

Et la vie après le traitement ?

La plupart des femmes reprennent une vie normale quelques semaines après une chirurgie mini-invasive. L’ablation des ovaires entraîne une ménopause si elle n’était pas encore survenue ; ses symptômes peuvent être pris en charge. La reprise d’une activité physique régulière et le contrôle du poids, de la tension et du diabète sont bénéfiques pour la santé générale. Si un syndrome de Lynch est confirmé, une consultation d’oncogénétique est proposée, car vos proches peuvent bénéficier d’un dépistage adapté.

Quand consulter rapidement ?

  • Tout saignement après la ménopause : consultation dans les jours qui suivent, sans attendre la visite annuelle.
  • Saignement abondant (plus d’une protection par heure pendant plusieurs heures), malaise, pâleur, essoufflement : urgences ou 15 (ou 112).
  • Après une chirurgie : fièvre, douleur importante d’un mollet, essoufflement brutal, douleur abdominale croissante : contactez l’équipe chirurgicale ou appelez le 15.

Questions fréquentes

Le frottis dépiste-t-il le cancer de l’endomètre ?

Non. Le frottis et le test HPV servent au dépistage du cancer du col. Ils peuvent parfois montrer des cellules anormales venant de l’endomètre, mais un frottis normal n’exclut pas un cancer de l’endomètre.

Un endomètre épais à l’échographie, est-ce un cancer ?

Pas forcément. Un endomètre épais peut correspondre à un polype, une hyperplasie bénigne ou un effet hormonal. Chez une femme ménopausée qui saigne, il conduit en général à une biopsie pour conclure.

Le traitement hormonal de la ménopause augmente-t-il le risque ?

Les œstrogènes pris seuls augmentent le risque chez une femme qui a encore son utérus. C’est pourquoi on leur associe toujours un progestatif dans ce cas, pour protéger l’endomètre.

Faut-il retirer les ovaires après la ménopause ?

Dans le cancer de l’endomètre, l’ablation des ovaires et des trompes fait partie du traitement standard. Chez une femme jeune atteinte d’une forme précoce de bas grade, la conservation des ovaires peut être discutée.

Combien de temps dure l’hospitalisation après l’opération ?

À titre indicatif, après une hystérectomie par cœlioscopie, le séjour est en général de 2 à 4 jours et l’arrêt de travail d’environ un mois, sans port de charges lourdes pendant 6 semaines. Ces repères sont adaptés à chaque patiente et aux traitements complémentaires éventuels. Au cabinet, la chirurgie des cancers gynécologiques est réalisée à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine) ; un devis est remis avant l’intervention.

Références

  • Concin N, et al. ESGO-ESTRO-ESP guidelines for the management of patients with endometrial carcinoma: update 2025. The Lancet Oncology, 2025. doi:10.1016/S1470-2045(25)00167-6 — PMID 40744042
  • Clarke MA, et al. Association of Endometrial Cancer Risk With Postmenopausal Bleeding in Women: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Internal Medicine, 2018. doi:10.1001/jamainternmed.2018.2820 — PMID 30083701
  • Poudou C, et al. Balance bénéfice-risque du traitement hormonal de la ménopause : cancers et mortalité. Recommandations pour la pratique clinique du CNGOF et du GEMVi. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2021. doi:10.1016/j.gofs.2021.03.031 — PMID 33771739

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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