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Gynécologie

Prurit vulvaire : causes des démangeaisons intimes et que faire

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Les démangeaisons intimes (prurit vulvaire, c'est-à-dire démangeaisons de la vulve) sont le plus souvent dues à une mycose, à une irritation par des produits d'hygiène ou à un eczéma. Des démangeaisons qui durent plus de quelques semaines, reviennent sans cesse ou s'accompagnent de plaques blanches, d'une lésion ou d'un saignement doivent faire consulter pour rechercher une maladie de peau comme le lichen scléreux. Évitez l'automédication répétée par antifongiques : elle retarde souvent le bon diagnostic.

Qu'est-ce que le prurit vulvaire ?

Le prurit vulvaire désigne des démangeaisons de la vulve, c'est-à-dire des organes génitaux externes : grandes et petites lèvres, clitoris, entrée du vagin et périnée. C'est un motif de consultation très fréquent, à tout âge.

La peau de la vulve est fine, humide et soumise aux frottements. Elle réagit vite aux irritations et les grattages entretiennent un cercle vicieux : la peau s'épaissit, démange davantage, et les lésions d'origine deviennent plus difficiles à reconnaître. Un examen attentif de la vulve, parfois complété par un prélèvement ou une biopsie, permet le plus souvent de trouver la cause.

Les causes varient selon l'âge. Chez la petite fille, on pense d'abord à une irritation, aux oxyures ou à un lichen scléreux. Chez la femme jeune, les mycoses et les irritations dominent. Après la ménopause, la sécheresse de la muqueuse, le lichen scléreux et, plus rarement, les lésions précancéreuses prennent davantage de place. Plusieurs causes peuvent aussi s'associer : une mycose sur un lichen scléreux, ou un eczéma provoqué par une crème appliquée pour se soulager.

Les gestes de diagnostic et de traitement chirurgical de la vulve sont présentés sur la page chirurgie gynécologique.

Quelles sont les causes de démangeaisons intimes récentes ?

  • La mycose vulvo-vaginale, due le plus souvent à Candida albicans : démangeaisons intenses, brûlures, rougeur, pertes blanches épaisses. Elle est favorisée par les antibiotiques, la grossesse, un diabète déséquilibré.
  • La dermatite d'irritation ou de contact : savons, gels intimes, lingettes, protège-slips parfumés, spermicides, lessives, parfois préservatifs ou lubrifiants. C'est une cause très fréquente et souvent sous-estimée.
  • La trichomonase, une infection sexuellement transmissible : pertes jaune-vert mousseuses, démangeaisons, brûlures.
  • L'herpès génital : picotements puis petites vésicules douloureuses qui laissent des érosions.
  • Les condylomes (verrues génitales dues au papillomavirus), qui démangent parfois.
  • Les parasites : gale, poux du pubis, oxyures chez l'enfant.

La vaginose bactérienne donne surtout des pertes grisâtres malodorantes et démange peu. Les infections de la glande de Bartholin et l'inflammation du vestibule provoquent plutôt une douleur qu'une démangeaison. Pour les pertes, voir l'article sur les pertes vaginales.

Quelles sont les causes de démangeaisons chroniques ?

Lorsque les démangeaisons durent ou reviennent, il s'agit souvent d'une maladie de peau. Le tableau ci-dessous résume les plus fréquentes.

MaladieAspect habituelCe qu'il faut savoir
Lichen scléreuxPlaques blanches, peau fine et fragile, petites fissures, parfois effacement des petites lèvresMaladie inflammatoire chronique, à tout âge. Traitée par dermocorticoïde fort. Suivi prolongé, car risque faible mais réel de cancer de la vulve
Lichen simplex chronique (eczéma de grattage)Peau épaissie, quadrillée, assombrieEntretenu par le grattage ; souvent après un eczéma ou une irritation
Eczéma de contact allergiqueRougeur, suintement, démangeaisonsAllergie à un produit (parfum, conservateur, latex, traitement local) ; des tests allergologiques peuvent aider
PsoriasisPlaques rouges bien limitées, peu squameuses dans les plisSouvent d'autres localisations (cuir chevelu, coudes, ongles)
Lichen planPlaques violacées ou réseau blanchâtre, érosions à l'entrée du vaginPeut aussi toucher la bouche ; douleurs et rapports douloureux
Mycoses récidivantesAu moins 4 épisodes par anConfirmer par prélèvement ; un traitement d'entretien peut être proposé
Sécheresse liée à la ménopauseMuqueuse fine, pâle, sècheHydratants, lubrifiants, œstrogènes locaux si besoin

Après la ménopause, la baisse des œstrogènes fragilise la muqueuse et favorise brûlures et démangeaisons : voir l'article sur la sécheresse vaginale.

Un prurit vulvaire peut-il cacher une lésion précancéreuse ou un cancer ?

C'est rare, mais c'est la raison pour laquelle des démangeaisons persistantes doivent être examinées. Certaines lésions provoquent un prurit chronique :

  • Les néoplasies intraépithéliales vulvaires (lésions précancéreuses), liées au papillomavirus (HSIL, anciennement appelées maladie de Bowen ou papulose bowénoïde) ou au lichen scléreux (VIN différenciée) ;
  • La maladie de Paget vulvaire, plaque rouge et blanche persistante, prise à tort pour un eczéma ;
  • Le cancer de la vulve, le plus souvent un carcinome épidermoïde, qui touche surtout les femmes âgées ; plus rarement un mélanome (tache pigmentée qui change).

Les recommandations européennes de l'ESGO (2023) insistent sur la biopsie de toute lésion vulvaire suspecte avant traitement. Elle se fait sous anesthésie locale, en consultation, et ne laisse en général pas de cicatrice visible. Une vulvoscopie, examen de la vulve à la loupe, peut guider le prélèvement.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le médecin vous interroge sur la durée des démangeaisons, les produits utilisés, les traitements déjà essayés, les rapports, la ménopause, les maladies de peau personnelles ou familiales. Il examine la vulve, le vagin et souvent la peau ailleurs (bouche, plis, cuir chevelu).

Selon les cas :

  • prélèvement vaginal pour rechercher une mycose, une vaginose, un trichomonas ou d'autres infections sexuellement transmissibles ;
  • biopsie vulvaire en cas de plaque, d'ulcération, de lésion qui ne guérit pas ou d'échec du traitement ;
  • bilan sanguin (glycémie notamment) si les mycoses se répètent ;
  • avis dermatologique ou tests allergologiques si une allergie de contact est suspectée.

Il est préférable d'arrêter les crèmes et ovules quelques jours avant la consultation, sauf avis contraire, pour que les prélèvements soient interprétables.

Quels sont les traitements du prurit vulvaire ?

Le traitement est celui de la cause :

  • Mycose : antifongique local (ovule, crème) ou par la bouche. En cas de récidives fréquentes, un traitement d'entretien est discuté.
  • Trichomonase et autres IST : antibiotique adapté, avec traitement du ou de la partenaire.
  • Lichen scléreux : selon les recommandations britanniques de dermatologie (BAD 2018), un dermocorticoïde très puissant appliqué quotidiennement puis de façon espacée en entretien. Une surveillance au long cours est recommandée.
  • Eczéma, psoriasis, lichen simplex : dermocorticoïdes adaptés, éviction du produit en cause, émollients.
  • Sécheresse de la ménopause : hydratants vaginaux, lubrifiants, œstrogènes locaux si besoin.
  • Lésions précancéreuses ou cancéreuses : prise en charge spécialisée, médicale ou chirurgicale.

Les antihistaminiques ont peu d'effet sur le prurit vulvaire lui-même ; certains peuvent aider à moins se gratter la nuit. Évitez de répéter des traitements antifongiques sans avis médical : beaucoup de démangeaisons « traitées comme une mycose » n'en sont pas.

Quels gestes d'hygiène adopter au quotidien ?

  • Lavez la vulve une fois par jour à l'eau tiède, avec un nettoyant sans savon et sans parfum si vous le souhaitez.
  • N'utilisez pas de douche vaginale : le vagin se nettoie seul.
  • Évitez lingettes, déodorants intimes, bains moussants et protège-slips parfumés.
  • Séchez en tamponnant, sans frotter.
  • Préférez des sous-vêtements en coton et des vêtements peu serrés ; dormez si possible sans sous-vêtement.
  • Rincez bien le linge et choisissez une lessive sans parfum.
  • Utilisez un lubrifiant à base d'eau en cas de sécheresse pendant les rapports.
  • Gardez les ongles courts et appliquez du froid plutôt que de gratter.

Consultez si les démangeaisons durent plus de quelques jours malgré ces mesures, ou dès qu'apparaissent une plaque, une plaie, une verrue, une tache qui change, un saignement ou des pertes anormales. Une fièvre avec un gonflement douloureux de la vulve justifie une consultation le jour même.

Questions fréquentes

Les démangeaisons intimes sont-elles toujours une mycose ?

Non. Les irritations par les produits d'hygiène, l'eczéma et le lichen scléreux sont des causes fréquentes. Si un antifongique ne soulage pas rapidement, il faut consulter plutôt que de recommencer.

Le lichen scléreux est-il contagieux ?

Non. C'est une maladie inflammatoire de la peau, qui ne se transmet pas par les rapports. Elle se traite bien par des crèmes à base de corticoïdes, avec un suivi régulier.

Peut-on avoir des démangeaisons vulvaires pendant la grossesse ?

Oui, les mycoses sont plus fréquentes pendant la grossesse. Le traitement doit être adapté : demandez avis à votre médecin ou à votre sage-femme avant tout produit.

Faut-il traiter son partenaire en cas de mycose ?

Pas systématiquement. Le traitement du partenaire n'est utile que s'il a des symptômes. En revanche, pour une trichomonase ou une autre IST, le partenaire doit être traité.

Quand consulter pour des démangeaisons intimes ?

Lorsque les démangeaisons durent plus de quelques semaines, reviennent malgré un traitement antifongique, ou s'accompagnent de plaques blanches, d'une plaie, d'une grosseur, d'un saignement ou de pertes inhabituelles. Un examen de la vulve, parfois complété par un prélèvement ou une biopsie, permet alors de trouver la cause.

Références

  • Lewis FM, et al. British Association of Dermatologists guidelines for the management of lichen sclerosus, 2018. Br J Dermatol, 2018. doi:10.1111/bjd.16241 — PMID 29313888
  • Sherrard J, et al. 2018 European (IUSTI/WHO) International Union against sexually transmitted infections (IUSTI) World Health Organisation (WHO) guideline on the management of vaginal discharge. Int J STD AIDS, 2018. doi:10.1177/0956462418785451 — PMID 30049258
  • Oonk MHM, et al. European Society of Gynaecological Oncology Guidelines for the Management of Patients with Vulvar Cancer - Update 2023. Int J Gynecol Cancer, 2023. doi:10.1136/ijgc-2023-004486 — PMID 37369376

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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