Les démangeaisons pendant la grossesse (prurit) sont fréquentes et le plus souvent bénignes, liées à la peau sèche ou à l'étirement du ventre. Elles doivent faire consulter rapidement lorsqu'elles sont intenses, prédominent sur les paumes des mains et les plantes des pieds, surtout la nuit et au 3e trimestre : elles peuvent alors révéler une cholestase gravidique, qui se dépiste par une simple prise de sang (acides biliaires et bilan hépatique). Selon les recommandations françaises (CNGOF 2023), son traitement de référence est l'acide ursodésoxycholique, et la date de l'accouchement dépend du taux d'acides biliaires.
Les démangeaisons (le médecin parle de prurit) font partie des motifs de consultation les plus courants pendant la grossesse. Dans la majorité des cas, elles sont liées aux changements normaux de la peau :
Ces démangeaisons restent localisées, modérées, sans lésion particulière, et s'améliorent avec des soins simples. Votre suivi de grossesse et la préparation de la naissance sont présentés sur la page Accouchement à Paris.
Toutefois, un prurit pendant la grossesse ne doit jamais être banalisé d'emblée : certaines causes demandent une surveillance spécifique, pour la mère comme pour le bébé.
On distingue trois grandes familles de causes.
| Cause | Moment habituel | Aspect de la peau | Retentissement sur le bébé |
|---|---|---|---|
| Peau sèche, vergetures | Toute la grossesse | Peau normale ou sèche | Aucun |
| Cholestase gravidique | Surtout 3e trimestre | Pas de bouton ; traces de grattage ; paumes et plantes | Possible (prématurité, souffrance fœtale, rarement décès in utero si acides biliaires très élevés) |
| Éruption polymorphe de la grossesse (PUPPP) | Fin de grossesse, souvent première grossesse | Plaques rouges qui débutent dans les vergetures du ventre, épargnent le nombril | Aucun |
| Éruption atopique de la grossesse | Souvent avant le 3e trimestre | Plaques d'eczéma, petits boutons sur le tronc et les membres | Aucun |
| Pemphigoïde gravidique | 2e-3e trimestre ou juste après l'accouchement | Plaques autour du nombril puis bulles (cloques) | Possible : petit poids, prématurité ; surveillance nécessaire |
| Causes sans lien avec la grossesse | Toute période | Variable : eczéma, urticaire, gale, mycose, allergie médicamenteuse | Selon la cause |
Les dermatoses spécifiques de la grossesse sont détaillées dans l'article problèmes cutanés et dermatoses de la grossesse. Une démangeaison localisée à la vulve évoque plutôt une mycose : voir prurit vulvaire.
Plus rarement, un prurit diffus révèle une maladie générale (foie, thyroïde, reins, sang) ou un effet indésirable d'un médicament récemment débuté.
La cholestase intrahépatique gravidique est une maladie du foie propre à la grossesse : sous l'effet des hormones, les acides biliaires s'évacuent moins bien et s'accumulent dans le sang. Elle survient le plus souvent au 3e trimestre et disparaît après l'accouchement.
Il repose sur une prise de sang : dosage des acides biliaires totaux et bilan hépatique (transaminases). Selon le CNGOF (2023), on retient le diagnostic devant des démangeaisons évocatrices (paumes et plantes, la nuit) avec des acides biliaires totaux supérieurs à 10 µmol/L ou des transaminases (ALAT) supérieures à 2 fois la normale, après avoir écarté les autres causes. Si le premier bilan est normal et que les démangeaisons persistent, il est souvent répété.
Le risque pour le bébé est lié au taux d'acides biliaires. Une large méta-analyse a montré que le risque de décès in utero n'est augmenté de façon nette que lorsque les acides biliaires atteignent ou dépassent 100 µmol/L. Les formes plus modérées exposent surtout à un risque d'accouchement prématuré et de liquide méconial.
La cholestase récidive souvent lors des grossesses suivantes : signalez-la dès la première consultation. Elle peut aussi réapparaître sous contraception œstroprogestative.
Si les démangeaisons persistent plus de quelques jours malgré ces mesures, consultez.
L'examen de la peau oriente le diagnostic : présence ou non de boutons, de plaques, de bulles, localisation des lésions. Selon le cas, le médecin demande :
Les traitements sont adaptés à la cause et à la grossesse : crèmes émollientes, dermocorticoïdes pour la PUPPP ou l'éruption atopique, traitement spécifique et surveillance renforcée pour la pemphigoïde gravidique, surveillance obstétricale pour la cholestase. Tout médicament doit être validé par votre médecin (voir médicaments et grossesse).
Consultez rapidement (dans les 24 à 48 heures) votre médecin ou votre sage-femme si :
Rendez-vous sans attendre aux urgences de la maternité (celle où vous êtes inscrite : Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse) si les démangeaisons s'accompagnent de :
Oui, des démangeaisons modérées du ventre liées à l'étirement de la peau sont fréquentes et bénignes. Elles doivent faire consulter si elles s'étendent, deviennent intenses ou s'accompagnent de plaques ou de bulles.
Ce tableau est typique de la cholestase gravidique, une maladie du foie de fin de grossesse. Une prise de sang avec dosage des acides biliaires permet de la confirmer ou de l'écarter.
Non, la cholestase n'impose pas de césarienne. Elle peut conduire à proposer un déclenchement de l'accouchement avant terme selon le taux d'acides biliaires, et l'accouchement par voie basse reste le plus souvent possible.
Certains antihistaminiques peuvent être utilisés pendant la grossesse, mais leur choix et leur durée doivent être décidés par votre médecin. Ils soulagent le symptôme sans traiter la cause, qui doit d'abord être identifiée.
Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.
Prendre rendez-vousArticle d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.