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Gynécologie

Pertes vaginales (leucorrhées) : causes, symptômes, quand consulter

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Des pertes blanches (leucorrhées) ou transparentes, sans odeur forte, qui varient au cours du cycle, sont normales. Des pertes qui changent de couleur, d'odeur ou d'abondance, avec démangeaisons, brûlures ou douleurs, traduisent le plus souvent une vaginose bactérienne, une mycose ou une infection sexuellement transmissible. Un examen et, si besoin, un prélèvement vaginal permettent de choisir le bon traitement.

Les pertes vaginales sont-elles normales ?

Oui. Le vagin produit en permanence des sécrétions qui le nettoient et le protègent. Ces pertes physiologiques viennent de la glaire du col de l'utérus et du renouvellement des cellules de la paroi vaginale. Elles sont blanches ou transparentes, peu odorantes, et ne provoquent ni démangeaison ni brûlure.

Leur aspect varie au cours du cycle : plus abondantes, filantes et claires autour de l'ovulation, plus épaisses en deuxième partie de cycle. Elles augmentent souvent pendant la grossesse et sous contraception hormonale, et diminuent après la ménopause.

Le vagin est protégé par une flore dominée par les lactobacilles (flore de Döderlein), qui maintient un milieu acide. Lorsque cet équilibre est rompu, des germes peuvent proliférer.

Comment reconnaître des pertes blanches anormales ?

Selon les recommandations européennes sur les pertes vaginales, quatre causes sont les plus fréquentes : la vaginose bactérienne, la mycose, la trichomonase et la vaginite aérobie. Le tableau ci-dessous aide à s'orienter, mais seul l'examen permet de conclure.

CauseAspect des pertesAutres signes
Vaginose bactérienneGrisâtres, fluides, abondantesOdeur de poisson, plus nette après un rapport ou pendant les règles ; peu ou pas de démangeaisons
Mycose (candidose)Blanches, épaisses, grumeleuses (« lait caillé »)Démangeaisons intenses, brûlures, vulve rouge et gonflée ; pas d'odeur forte
Trichomonase (IST)Jaune-vert, parfois mousseusesOdeur désagréable, irritation, brûlures en urinant
Chlamydia ou gonocoque (IST)Souvent peu modifiées, parfois jaunâtresSouvent aucun symptôme ; saignements après les rapports, brûlures urinaires, douleurs pelviennes
Atrophie de la ménopausePeu abondantes, parfois teintées de sangSécheresse, brûlures, douleurs pendant les rapports

Plus rarement, des pertes anormales révèlent un corps étranger oublié (tampon), un polype ou une lésion du col. Des pertes teintées de sang qui persistent doivent toujours être examinées.

Mycose ou vaginose : quelles différences et quels traitements ?

La mycose vaginale

La mycose est due le plus souvent à Candida albicans, un champignon présent naturellement chez de nombreuses femmes sans causer de symptômes. Il devient gênant lorsque l'équilibre local est perturbé.

Les facteurs favorisants sont : prise d'antibiotiques, grossesse, diabète mal équilibré, baisse des défenses immunitaires, corticoïdes, humidité prolongée (maillot mouillé, vêtements synthétiques serrés), toilettes intimes trop fréquentes ou douches vaginales.

La mycose n'est pas considérée comme une infection sexuellement transmissible. Le traitement repose sur un antifongique local (ovule et crème) ou, dans certains cas, par voie orale. Le partenaire n'est traité que s'il a lui-même des symptômes. En cas de mycoses répétées (au moins trois à quatre épisodes par an selon les définitions), un bilan et un traitement prolongé peuvent être proposés.

La vaginose bactérienne

Dans la vaginose, les lactobacilles protecteurs sont remplacés par d'autres bactéries, notamment Gardnerella. Le milieu vaginal devient moins acide. Ce n'est pas une infection sexuellement transmissible au sens strict, mais elle est favorisée par un nouveau partenaire, les douches vaginales et le tabac.

Elle se traite par un antibiotique, le plus souvent le métronidazole, par voie orale ou vaginale. Les récidives sont fréquentes. Pendant la grossesse, une vaginose symptomatique doit être traitée.

Les deux situations sont souvent confondues. Or un antifongique n'a aucun effet sur une vaginose, et inversement. C'est pourquoi un examen, voire un prélèvement, est utile lorsque les symptômes ne sont pas typiques ou reviennent.

Et les infections sexuellement transmissibles ?

Le trichomonas est un parasite transmis lors des rapports. Le traitement concerne la patiente et son ou ses partenaires.

Les infections à chlamydia et à gonocoque touchent le col de l'utérus (cervicite). Elles passent souvent inaperçues, mais peuvent remonter vers l'utérus et les trompes et provoquer une salpingite, avec un risque d'infertilité et de grossesse extra-utérine. Lisez notre article sur l'infection à chlamydia.

En cas de pertes après un rapport non protégé ou un changement de partenaire, un dépistage des IST est proposé, avec, selon la situation, une sérologie VIH, syphilis et hépatite B.

Comment se passe la consultation ?

  • L'entretien : aspect et odeur des pertes, date d'apparition, démangeaisons, douleurs, contexte sexuel, contraception, traitements récents, grossesse possible.
  • L'examen : inspection de la vulve, pose du spéculum pour voir le vagin et le col, toucher vaginal si une douleur pelvienne est signalée.
  • Le prélèvement vaginal et, si besoin, un prélèvement du col ou un autoprélèvement pour rechercher chlamydia et gonocoque par PCR.
  • L'échographie pelvienne en cas de douleurs ou de fièvre.

Une mycose typique et isolée peut parfois être traitée sans prélèvement. En revanche, un prélèvement est utile en cas de récidive, de doute ou d'échec du traitement.

Si un prélèvement est réalisé, les résultats vous sont transmis par Doctolib ou par courrier, ou par appel téléphonique si le résultat est urgent.

Quand consulter rapidement ?

Consultez sans attendre si les pertes s'accompagnent de :

  • fièvre, douleurs du bas-ventre ou douleurs pendant les rapports ;
  • saignements en dehors des règles ou après les rapports ;
  • pertes inhabituelles pendant la grossesse : contactez votre maternité, en particulier en cas de pertes liquides abondantes (possible rupture de la poche des eaux) ;
  • pertes après un rapport à risque ou un nouveau partenaire ;
  • symptômes qui persistent ou reviennent malgré un traitement.

Une douleur pelvienne intense avec fièvre élevée ou malaise impose une consultation en urgence ou un appel au 15 (SAMU) ou au 112.

Les pertes changent-elles selon l'âge ?

  • Chez la petite fille, avant la puberté, des pertes sont inhabituelles. Elles évoquent une irritation, une hygiène inadaptée, plus rarement un corps étranger. Elles justifient un avis médical, et toute suspicion d'IST impose de rechercher des violences sexuelles.
  • Quelques mois avant les premières règles, des pertes blanches apparaissent sous l'effet des œstrogènes : c'est normal.
  • Pendant la grossesse, les pertes augmentent. Une vaginose symptomatique doit être traitée, et un prélèvement est réalisé en fin de grossesse pour rechercher le streptocoque B.
  • Après la ménopause, la baisse des œstrogènes amincit la muqueuse. Les pertes diminuent, mais une irritation ou de petites pertes rosées peuvent survenir. Tout saignement après la ménopause doit être exploré.

Comment prévenir les infections vaginales ?

  • Une toilette externe, une fois par jour, à l'eau ou avec un produit doux sans savon. Évitez les douches vaginales, qui détruisent la flore protectrice.
  • Des sous-vêtements en coton, en évitant de rester longtemps dans un maillot de bain mouillé.
  • Le préservatif avec un nouveau partenaire, et le dépistage des IST.
  • Pas d'automédication répétée : un traitement antifongique pris à tort peut masquer une autre infection.
  • Un diabète bien équilibré et, en cas de mycoses répétées sous antibiotiques, un avis médical avant le prochain traitement.
  • Après la ménopause, un hydratant vaginal ou un traitement local prescrit par le médecin pour limiter l'irritation.

Questions fréquentes

Des pertes jaunes sont-elles forcément une infection ?

Non. Des pertes physiologiques peuvent jaunir légèrement en séchant sur le sous-vêtement. Des pertes jaune-vert, malodorantes ou accompagnées d'irritation doivent en revanche être examinées.

Faut-il traiter le partenaire en cas de mycose ?

Seulement s'il a des symptômes. En cas de trichomonase, de chlamydia ou de gonocoque, le partenaire doit être traité même sans symptôme.

Peut-on utiliser un ovule antifongique sans avis médical ?

Pour une mycose typique déjà connue, cela peut se discuter avec le pharmacien. En cas de doute, de récidive, de grossesse ou d'échec, consultez avant tout traitement.

Les pertes blanches sont-elles un signe de grossesse ?

Elles augmentent souvent pendant la grossesse, c'est normal, mais elles ne suffisent pas à l'affirmer : seul un test de grossesse le permet. Toute perte malodorante, colorée, sanglante ou très liquide pendant la grossesse doit cependant être signalée rapidement.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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