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Contraception

Ligature des trompes (stérilisation tubaire) : conditions et techniques

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

La ligature des trompes (stérilisation tubaire) est une contraception chirurgicale permanente, ouverte en France à toute femme majeure, sans condition d’âge ni de nombre d’enfants. La loi impose une consultation d’information puis un délai de réflexion de 4 mois avant l’intervention, réalisée le plus souvent par cœlioscopie. Elle est très efficace dès l’intervention, mais doit être considérée comme irréversible.

Qu’est-ce que la ligature des trompes ?

La ligature des trompes, ou stérilisation tubaire, consiste à interrompre ou à retirer les trompes de Fallope. Les spermatozoïdes ne peuvent plus rejoindre l’ovule : la fécondation devient impossible. C’est une contraception dite définitive, qui fait partie des actes de chirurgie gynécologique encadrés par la loi.

L’intervention ne touche ni l’utérus ni les ovaires. Les ovaires continuent de produire leurs hormones : les règles et l’âge de la ménopause ne sont pas modifiés. Selon la HAS, l’intervention n’a pas d’impact sur l’équilibre hormonal, le désir ni le plaisir sexuel.

Elle ne protège pas des infections sexuellement transmissibles : le préservatif reste utile en cas de nouveau partenaire.

Qui peut demander une ligature des trompes en France ?

Depuis la loi du 4 juillet 2001 (article L2123-1 du Code de la santé publique), toute personne majeure peut demander une stérilisation à visée contraceptive. La Haute Autorité de santé (HAS) rappelle qu’aucune condition d’âge, de nombre d’enfants ou de situation conjugale n’est exigée. Des règles particulières, plus protectrices, s’appliquent aux majeurs protégés en raison d’un handicap mental.

Le consentement est personnel : vous pouvez associer votre partenaire à la réflexion, mais seul votre accord est recueilli. Un médecin peut refuser de réaliser l’intervention ; il doit alors vous en informer dès la première consultation et vous orienter vers un confrère.

Comment se déroule le parcours avant l’intervention ?

Le parcours est fixé par la loi et repris dans la fiche mémo de la HAS :

  1. Consultation d’information : le chirurgien échange avec vous sur vos motivations, présente les autres contraceptions (notamment les méthodes de longue durée comme le stérilet), explique la technique, ses risques et son caractère irréversible. Il vous remet un livret d’information et une attestation de consultation.
  2. Délai de réflexion de 4 mois entre cette première consultation et l’intervention. Ce délai est incompressible.
  3. Confirmation écrite de votre demande, lors d’une consultation préopératoire.
  4. Intervention dans un établissement de santé, après une consultation d’anesthésie.

Pendant ces 4 mois, il faut garder une contraception efficace. Si votre méthode actuelle est mal tolérée, parlez-en : une solution transitoire peut être proposée (voir les différentes méthodes de contraception).

Quelles sont les techniques de stérilisation tubaire ?

La HAS cite trois grandes techniques chez la femme : la ligature-section des trompes, l’électrocoagulation et la pose d’anneaux ou de clips. Elles sont réalisées le plus souvent par cœlioscopie, sous anesthésie générale, par deux ou trois petites incisions de l’abdomen. Une stérilisation peut aussi être réalisée au cours d’une césarienne si la demande a été faite dans les délais légaux.

TechniquePrincipePoints à connaître
Clips (Filshie, Hulka)Un clip pincé sur chaque trompeGeste court. Réparation chirurgicale parfois tentée, sans garantie.
ÉlectrocoagulationDestruction d’un segment de trompe par courant électriqueTrompe détruite sur une longueur variable, réparation très difficile.
Ligature-section ou salpingectomieSection d’un segment, ou retrait complet des trompesIrréversible.

Pourquoi parle-t-on de plus en plus de salpingectomie ?

Le retrait complet des trompes (salpingectomie) est l’une des techniques possibles. Son choix, par rapport à une ligature ou à des clips, se discute avec vous lors de la consultation d’information.

Et les implants Essure ?

Les implants intra-tubaires Essure, posés par hystéroscopie, ne sont plus disponibles en France depuis début août 2017 : leur marquage CE a été suspendu et les lots retirés. Ils ne sont donc plus proposés. Si vous en portez sans aucun symptôme, il n’est pas recommandé de les retirer. En cas de symptômes (douleurs, saignements, troubles généraux), parlez-en à votre médecin : un retrait chirurgical peut se discuter.

Quelle est l’efficacité de la ligature des trompes ?

La stérilisation tubaire est efficace dès l’intervention pour les techniques par cœlioscopie. La HAS indique un taux de grossesse d’environ 0,5 % la première année.

Le risque d’échec n’est cependant pas nul et persiste dans le temps. Dans la grande cohorte américaine CREST (plus de 10 000 femmes suivies jusqu’à 14 ans), le risque cumulé de grossesse à 10 ans variait selon la technique : il était le plus bas après coagulation unipolaire ou salpingectomie partielle du post-partum (7,5 pour 1 000) et le plus élevé après pose de clips (36,5 pour 1 000). Il était plus élevé chez les femmes opérées jeunes.

En cas d’échec, la grossesse a un risque accru d’être extra-utérine. Un retard de règles, des douleurs pelviennes ou des saignements anormaux après une stérilisation doivent faire consulter rapidement (voir grossesse extra-utérine).

Peut-on regretter une ligature des trompes ?

Oui, et c’est la raison du délai de réflexion. La plupart des femmes ne regrettent pas leur choix. Mais dans l’étude CREST, la probabilité d’exprimer un regret dans les 14 ans était de 20,3 % chez les femmes opérées à 30 ans ou moins, contre 5,9 % chez celles opérées après 30 ans. Le risque était aussi plus élevé quand la stérilisation avait lieu dans l’année suivant une naissance.

Quelques questions utiles à se poser :

  • Ma décision tiendrait-elle en cas de changement de couple, ou de perte d’un enfant ?
  • Est-ce que je choisis cette méthode par conviction ou parce que les autres contraceptions m’ont déçue ?
  • Une contraception de longue durée réversible (stérilet, implant) pourrait-elle me convenir pendant quelques années encore ?
  • Mon partenaire envisage-t-il une vasectomie, intervention plus simple, le plus souvent sous anesthésie locale ?

En cas de regret, une chirurgie de réparation des trompes est parfois possible après des clips, avec un résultat incertain. Le plus souvent, c’est la fécondation in vitro qui est proposée.

Comment se passent l’intervention et les suites ?

L’intervention est courte et se fait sous anesthésie générale, à l'Hôpital privé Geoffroy Saint-Hilaire (Paris 5e), à la Clinique de la Muette (Paris 16e) ou à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine) ; la durée du séjour est précisée lors de la consultation.

  • Après l’opération : douleurs du ventre et des épaules (liées au gaz de la cœlioscopie) pendant quelques jours, calmées par des antalgiques simples.
  • Reprise : activités courantes en quelques jours ; la durée de l’arrêt de travail est précisée lors de la consultation.
  • Contraception : aucune autre méthode n’est nécessaire après une stérilisation par cœlioscopie.
  • Frais : un devis vous est remis avant l’intervention.

Les complications sont rares mais existent, comme pour toute cœlioscopie : saignement, infection, plaie d’un organe (intestin, vessie, vaisseau) pouvant nécessiter une ouverture de l’abdomen, et risques liés à l’anesthésie.

Quand consulter rapidement après l’intervention ?

Contactez sans attendre le chirurgien ou la clinique en cas de :

  • fièvre supérieure à 38 °C ;
  • douleur du ventre qui augmente au lieu de diminuer, ventre gonflé, vomissements ;
  • rougeur, écoulement ou saignement d’une cicatrice ;
  • douleur ou gonflement d’un mollet, essoufflement.

En cas de malaise, de douleur abdominale intense ou de difficulté à respirer, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Questions fréquentes

Faut-il avoir eu des enfants pour obtenir une ligature des trompes ?

Non. La loi française n’impose aucune condition d’âge, de nombre d’enfants ou de situation de couple : il suffit d’être majeure et de respecter le délai de réflexion de 4 mois.

Le délai de 4 mois peut-il être raccourci ?

Non. Ce délai légal court à partir de la première consultation d’information. Il s’applique aussi lorsqu’une stérilisation est prévue pendant une césarienne.

A-t-on encore ses règles après une ligature des trompes ?

Oui. Elle ne provoque pas de ménopause précoce : les ovaires restent en place et continuent à fonctionner. Les règles persistent et l’âge de la ménopause n’est pas modifié par l’intervention.

Mon conjoint doit-il donner son accord ?

Non. Seul votre consentement est recueilli. Vous pouvez néanmoins l’associer aux consultations si vous le souhaitez.

La ligature des trompes est-elle réversible ?

Elle doit être considérée comme définitive. Selon la HAS, une chirurgie de réparation des trompes est parfois possible, mais difficile et d’efficacité incertaine ; après un retrait complet des trompes, elle est impossible. En cas de projet de grossesse ultérieur, c’est le plus souvent la fécondation in vitro qui est proposée.

Combien de temps d’hospitalisation et combien coûte l’intervention ?

Selon la HAS, la stérilisation par cœlioscopie nécessite en général une hospitalisation de 1 à 3 jours, sous anesthésie générale ; la durée de votre séjour et de l’arrêt de travail est précisée en consultation. Les honoraires font l’objet d’un devis préalable.

Références

  • Haute Autorité de santé (HAS). Stérilisation à visée contraceptive chez l’homme et chez la femme. Fiche mémo, 2013, mise à jour en juillet 2019. has-sante.fr
  • Peterson HB, et al. The risk of pregnancy after tubal sterilization: findings from the U.S. Collaborative Review of Sterilization. Am J Obstet Gynecol, 1996. doi:10.1016/s0002-9378(96)70658-0 — PMID 8623843
  • Hillis SD, et al. Poststerilization regret: findings from the United States Collaborative Review of Sterilization. Obstet Gynecol, 1999. doi:10.1016/s0029-7844(98)00539-0 — PMID 10362150

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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