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Grossesse

Grossesse extra-utérine (GEU) : symptômes, diagnostic et traitements

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Une grossesse extra-utérine (GEU) est une grossesse qui s'implante en dehors de l'utérus, presque toujours dans une trompe ; elle concerne environ 2 % des grossesses. Elle se manifeste par des douleurs d'un côté du bas-ventre et des saignements en début de grossesse, et peut se compliquer d'une hémorragie interne : c'est une urgence. Selon son activité et les symptômes, elle est traitée par simple surveillance, par une injection de méthotrexate ou par cœlioscopie.

Qu'est-ce qu'une grossesse extra-utérine ?

Normalement, l'œuf fécondé descend la trompe et s'implante dans la cavité de l'utérus. Dans une grossesse extra-utérine, il s'arrête en chemin. Dans 96 à 99 % des cas, il s'implante dans la trompe (CNGOF, 2025). Plus rarement, il se loge dans l'ovaire, le col de l'utérus, la cicatrice d'une césarienne ou l'abdomen. La trompe ne peut pas accueillir une grossesse qui grossit : elle peut se rompre et provoquer une hémorragie interne. Une GEU ne peut jamais aboutir à la naissance d'un bébé.

La grossesse extra-utérine fait partie des urgences du début de grossesse prises en charge dans les maternités où nous exerçons, comme décrit sur notre page Accouchement à Paris.

Quels sont les symptômes d'une grossesse extra-utérine ?

Les signes apparaissent le plus souvent entre 5 et 10 semaines d'aménorrhée (SA), parfois avant même que la grossesse soit connue :

  • Un retard de règles ou des règles anormales, avec un test de grossesse positif.
  • Des douleurs du bas-ventre, souvent d'un seul côté, parfois intenses.
  • Des saignements vaginaux peu abondants, souvent foncés.
  • Parfois une douleur de l'épaule, une envie pressante d'aller à la selle ou un malaise, qui peuvent traduire un saignement dans le ventre.

Ces symptômes ne sont pas spécifiques : ils se rencontrent aussi dans une fausse couche. C'est pourquoi tout saignement ou douleur en début de grossesse doit être évalué. Voir aussi notre article sur les saignements du premier trimestre.

Qui est le plus exposé ?

Une GEU peut survenir sans aucun facteur de risque. Certains facteurs augmentent toutefois sa probabilité, car ils abîment ou ralentissent la trompe :

  • un antécédent de grossesse extra-utérine ;
  • un antécédent d'infection génitale haute (salpingite), notamment à chlamydia ;
  • une chirurgie des trompes ou du pelvis ;
  • le tabac, dont l'effet dépend de la quantité fumée ;
  • une grossesse obtenue par assistance médicale à la procréation ;
  • une grossesse survenant malgré un stérilet ou une ligature des trompes : ces méthodes réduisent fortement le risque global de grossesse, mais si une grossesse se produit, elle est plus souvent extra-utérine.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le diagnostic associe trois éléments :

  • L'examen clinique : tension, pouls, palpation du ventre et examen gynécologique doux.
  • Le dosage sanguin de l'hormone de grossesse (hCG), souvent répété à 48 heures d'intervalle. Dans une grossesse normale, le taux augmente nettement ; une stagnation ou une progression lente évoque une grossesse anormale.
  • L'échographie par voie vaginale : elle recherche une grossesse dans l'utérus, une masse à côté de l'ovaire ou du sang dans le ventre.

Il arrive qu'aucune grossesse ne soit visible, ni dans l'utérus ni ailleurs : on parle de « grossesse de localisation indéterminée ». Il ne s'agit pas encore d'un diagnostic. Une surveillance rapprochée des hCG et une nouvelle échographie permettent de conclure en quelques jours : grossesse normale encore trop petite, fausse couche ou GEU.

Pendant cette période d'attente, aucun traitement n'est donné « au cas où », car il pourrait interrompre une grossesse normale. Vous repartez avec des consignes claires et un numéro à appeler. Il est utile de connaître la date de vos dernières règles, la date du test positif et vos antécédents (chirurgie, infection, stérilet, PMA) : ces informations orientent le médecin. Si la situation reste incertaine malgré plusieurs contrôles, une cœlioscopie peut être proposée à la fois pour confirmer le diagnostic et pour traiter dans le même temps.

Quels sont les traitements de la grossesse extra-utérine ?

Le traitement dépend de deux questions : la GEU donne-t-elle des symptômes, et est-elle « active » (taux d'hCG élevé ou en hausse, activité cardiaque visible) ? Les recommandations françaises du CNGOF (2025) proposent :

OptionPour quelles situationsCe que cela implique
Surveillance simpleGEU sans symptôme et peu active, taux d'hCG bas et en baisseContrôle clinique et des hCG à 48 heures, puis, si les hCG ont baissé de plus de 15 %, chaque semaine jusqu'à négativation ; arrêt si les hCG montent de plus de 15 % ou si des douleurs apparaissent
MéthotrexateGEU sans rupture ni saignement important dans le ventre, patiente pouvant être suivie de prèsInjection intramusculaire, le plus souvent unique ; dosages répétés des hCG pendant plusieurs semaines ; pas d'alcool, d'anti-inflammatoires ni d'acide folique pendant le traitement, sauf avis contraire
CœlioscopieGEU symptomatique, rompue, très active, ou contre-indication au méthotrexateChirurgie sous anesthésie générale par de petites incisions ; ablation de la trompe (salpingectomie) ou ouverture de la trompe pour retirer la grossesse (salpingotomie)

Une GEU rompue avec hémorragie interne est une urgence chirurgicale. Le principe de la cœlioscopie est détaillé dans notre article sur la cœlioscopie gynécologique.

Conserver ou retirer la trompe ? Quand l'autre trompe est saine, un grand essai randomisé européen n'a pas montré de différence de chances de grossesse naturelle ultérieure entre les deux techniques (Mol et coll., Lancet 2014). La salpingotomie expose davantage à un reste de tissu de grossesse nécessitant un traitement complémentaire (7 % contre moins de 1 % dans cet essai). Le choix tient compte de l'état des trompes et de votre projet de grossesse. Si votre groupe sanguin est rhésus négatif, l'injection d'immunoglobulines anti-D se décide au cas par cas avec l'équipe : les recommandations françaises ne se prononcent pas sur la grossesse extra-utérine, faute de données suffisantes (voir les saignements du premier trimestre).

Quand consulter en urgence ?

Si vous êtes enceinte, ou si vos règles sont en retard, appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences gynécologiques de la maternité la plus proche en cas de :

  • douleur du bas-ventre intense ou qui s'aggrave, surtout d'un seul côté ;
  • malaise, vertige, sensation d'évanouissement, pâleur ;
  • douleur dans l'épaule sans cause évidente ;
  • saignements abondants.

Pendant un traitement par méthotrexate ou une surveillance, l'apparition de douleurs impose de consulter le jour même, même si un rendez-vous est déjà prévu.

Peut-on avoir un enfant après une grossesse extra-utérine ?

Oui. Dans l'essai ESEP, environ 6 femmes sur 10 dont l'autre trompe était saine ont obtenu une grossesse évolutive naturelle dans les trois ans, quelle que soit la technique chirurgicale. Le risque de nouvelle GEU est toutefois plus élevé qu'en population générale. Lors d'une prochaine grossesse, consultez dès le test positif : un dosage des hCG et une échographie précoce, vers 6 SA, vérifient que la grossesse est bien dans l'utérus.

Après un traitement par méthotrexate, le délai avant une nouvelle grossesse est discuté en consultation. Le choix de la contraception se discute en consultation, selon vos antécédents et votre projet. Si une grossesse tarde à venir, un bilan de fertilité peut être proposé. Après une cœlioscopie, l'arrêt de travail est en général de 7 à 21 jours selon le métier, et la reprise des rapports se fait selon la douleur ; ces repères sont indicatifs, les consignes étant adaptées à chaque patiente lors de la consultation.

Une grossesse extra-utérine est aussi une perte de grossesse. Il est normal de ressentir de la tristesse ou de l'anxiété : parlez-en, un soutien psychologique peut vous être proposé.

Questions fréquentes

Un test de grossesse urinaire peut-il détecter une grossesse extra-utérine ?

Le test urinaire est positif dans une GEU comme dans une grossesse normale. Il ne dit pas où la grossesse est implantée : seuls l'échographie et le suivi des hCG sanguins le permettent.

Le méthotrexate est-il dangereux pour la fertilité ?

Aux doses utilisées pour la GEU, il n'altère pas la fertilité ultérieure. Il impose un suivi sanguin jusqu'à négativation des hCG ; le délai avant de concevoir est discuté en consultation.

Combien de temps dure l'hospitalisation après une cœlioscopie pour GEU ?

À titre indicatif, l'hospitalisation est en général ambulatoire ou de 1 à 2 jours, selon l'état de santé et l'importance du saignement. L'arrêt de travail est en général de 7 à 21 jours selon le métier, le sport est repris après environ 3 semaines et les bains après 2 semaines ; ces consignes sont adaptées en consultation.

Peut-on déplacer une grossesse extra-utérine dans l'utérus ?

Non. Aucune technique ne permet de transférer une grossesse extra-utérine dans l'utérus. Le traitement vise à protéger la santé de la femme et à préserver sa fertilité.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.