Être rhésus négatif pendant la grossesse expose, si le bébé est Rhésus positif, à la fabrication d'anticorps qui détruisent les globules rouges du fœtus lors d'une grossesse suivante (allo-immunisation fœto-maternelle anti-D). Elle se prévient par des injections d'immunoglobulines anti-D : vers 28 SA, après la naissance d'un bébé Rhésus positif et, à partir de 12 SA, dans les 72 heures après tout saignement ou choc sur le ventre. Avant 12 SA, le CNGOF recommande depuis 2024 de ne plus injecter d'anti-D après une fausse couche, une IVG ou un saignement.
Pendant la grossesse et surtout lors de l'accouchement, quelques globules rouges du bébé peuvent passer dans la circulation de la mère. S'ils portent une molécule que la mère ne possède pas, son système immunitaire peut fabriquer des anticorps contre ces globules rouges : c'est l'allo-immunisation fœto-maternelle.
La situation la plus connue concerne le facteur Rhésus D : elle concerne les femmes de groupe Rhésus négatif, une minorité de la population. D'autres groupes sanguins peuvent être en cause (Kell, petit c, E…), plus rarement. Votre groupe sanguin et la recherche d'anticorps font partie du premier bilan de grossesse, présenté sur notre page Accouchement à Paris.
L'immunisation peut aussi être provoquée en dehors de la grossesse, par une transfusion de sang incompatible.
Lors d'une première exposition, la mère produit lentement peu d'anticorps, généralement après le passage de globules rouges au moment de l'accouchement. Le premier enfant est donc habituellement épargné.
Le danger concerne les grossesses suivantes avec un fœtus Rhésus positif. Le système immunitaire, déjà « sensibilisé », réagit rapidement et fortement. Les anticorps anti-D traversent le placenta et détruisent les globules rouges du bébé (hémolyse).
Il n'y a aucun risque si le père est lui aussi Rhésus négatif, puisque le bébé sera alors Rhésus négatif. Mais la paternité ne peut pas toujours être affirmée médicalement, et la prévention est organisée pour le bébé lui-même.
La destruction des globules rouges entraîne une anémie fœtale plus ou moins sévère. Sans prise en charge, une anémie grave peut provoquer une insuffisance cardiaque du fœtus, un œdème généralisé (anasarque) et un décès in utero.
Après la naissance, la destruction des globules rouges se poursuit quelques jours et produit de la bilirubine. Une jaunisse (ictère) importante peut apparaître ; sans traitement, la bilirubine en excès peut atteindre le cerveau (ictère nucléaire). Le nouveau-né est donc surveillé de près et traité par photothérapie, voire par exsanguino-transfusion dans les cas sévères.
Lorsqu'une immunisation est connue, le suivi se fait en lien avec un centre spécialisé : dosages répétés des anticorps, échographies avec Doppler de l'artère cérébrale moyenne du fœtus (qui détecte une anémie sans geste invasif) et, si besoin, transfusion du fœtus in utero.

La surveillance repose sur la recherche d'agglutinines irrégulières (RAI), une prise de sang qui détecte des anticorps dirigés contre des globules rouges.
| Votre situation | Quand faire la RAI ? |
|---|---|
| Rhésus négatif | Au 1er trimestre, puis aux 6e, 8e et 9e mois |
| Rhésus positif, antécédent de transfusion | Au 1er trimestre, puis aux 6e, 8e et 9e mois |
| Rhésus positif, sans antécédent de transfusion | Au 1er trimestre ; contrôles supplémentaires selon le protocole de la maternité |
La RAI du 6e mois (vers 28 SA) doit être prélevée avant l'injection d'anti-D, car celle-ci rend ensuite la RAI positive pendant plusieurs semaines sans qu'il s'agisse d'une immunisation.
Une simple prise de sang chez la mère, généralement réalisée à partir de la fin du premier trimestre, permet de déterminer le Rhésus du bébé grâce à l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel. Si le bébé est Rhésus négatif, les injections d'anti-D sont inutiles. Si le résultat est positif ou indéterminé, la prévention est appliquée.
La prévention consiste à injecter des immunoglobulines anti-D (anticorps purifiés). Ils neutralisent les globules rouges du bébé passés chez la mère avant qu'elle ne fabrique ses propres anticorps. Les recommandations françaises du CNGOF prévoient :
Depuis 2024, le CNGOF recommande de ne pas injecter d'immunoglobulines anti-D avant 12 SA en cas de fausse couche, de grossesse arrêtée, d'IVG ou de saignement sur une grossesse qui se poursuit (recommandation faible, niveau de preuve très faible ; voir saignements du premier trimestre). Pour la grossesse extra-utérine, les données sont insuffisantes : la décision est prise au cas par cas. Certaines équipes appliquent encore l'injection systématique, conformément à la fiche HAS de 2021 sur l'IVG médicamenteuse ; votre médecin vous indiquera la conduite retenue.
Les immunoglobulines anti-D sont un produit dérivé du sang humain, soumis à des procédures d'inactivation virale. Dans une revue Cochrane (deux essais, plus de 4 500 femmes), l'injection pendant la grossesse réduit le passage de sang fœtal détecté par le test de Kleihauer ; une baisse du taux d'immunisation n'y est pas démontrée, avec un niveau de preuve faible.
Si vous êtes Rhésus négatif, tout saignement et tout traumatisme abdominal (chute, accident, coup) imposent de consulter le jour même, même si vous vous sentez bien. Lorsqu'une immunisation est connue, une diminution des mouvements du bébé doit faire consulter immédiatement.
Certains signes ne doivent pas attendre le prochain rendez-vous. Rendez-vous directement aux urgences de votre maternité (ouvertes jour et nuit), celle où vous êtes inscrite (Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse), si vous présentez :
En cas de malaise, de saignement abondant ou de douleur très intense, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Si le père est certainement Rhésus négatif, le bébé l'est aussi et il n'y a pas de risque. En pratique, le génotypage RhD fœtal sur une prise de sang maternelle permet de le vérifier sans se fonder sur le groupe du père.
Non. Les doses utilisées ne provoquent pas d'anémie chez le bébé. C'est un produit dérivé du sang, soumis à des procédés de sécurisation virale ; les effets indésirables sont rares et généralement légers.
Oui. Les immunoglobulines anti-D disparaissent en quelques semaines et ne donnent pas de protection durable. La prévention est à refaire à chaque grossesse, à chaque situation à risque et après chaque accouchement d'un bébé Rhésus positif.
C'est attendu. L'injection d'anti-D rend la RAI positive pendant plusieurs semaines. Le laboratoire doit être informé de la date de l'injection pour interpréter correctement le résultat.
Avant 12 SA, le CNGOF recommande depuis 2024 de ne pas en faire, y compris après une IVG ou un saignement. À partir de 12 SA, l'injection est faite dans les 72 heures. Votre médecin vous indique la conduite retenue par l'équipe.
Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.
Prendre rendez-vousArticle d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.