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Grossesse

Interruption médicale de grossesse (IMG) : indications et déroulement

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'interruption médicale de grossesse (IMG) est possible en France à tout moment de la grossesse, dans deux situations : une forte probabilité que l'enfant soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable, ou un péril grave pour la santé de la femme. Elle nécessite l'avis d'une équipe pluridisciplinaire et l'attestation de deux médecins. La décision appartient toujours à la femme, qui est accompagnée tout au long du parcours.

Qu'est-ce qu'une interruption médicale de grossesse ?

L'interruption médicale de grossesse, souvent appelée IMG ou interruption de grossesse pour motif médical, est encadrée par l'article L2213-1 du Code de la santé publique, modifié en dernier lieu par la loi de bioéthique du 2 août 2021. Contrairement à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), limitée à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée), elle n'est soumise à aucun délai.

Elle ne peut être pratiquée que par un médecin, dans un établissement de santé public ou privé (article L2213-3). Le suivi de grossesse est présenté sur notre page accouchement à Paris.

Dans quels cas une IMG peut-elle être envisagée ?

La loi prévoit deux motifs, qui suivent des procédures un peu différentes :

MotifCondition prévue par la loiExemples
Motif fœtalForte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnosticAnomalies chromosomiques graves, maladies génétiques sévères, malformations majeures, infections fœtales avec atteinte cérébrale sévère, retard de croissance précoce et sévère de très mauvais pronostic
Motif maternelPoursuite de la grossesse mettant en péril grave la santé de la femme Insuffisance cardiaque, respiratoire ou rénale sévère, cancer dont le traitement indispensable est incompatible avec la grossesse, prééclampsie très précoce et grave

Il n'existe pas de liste officielle des maladies concernées. Chaque situation est étudiée individuellement, en tenant compte du diagnostic, du pronostic et de l'incertitude qui l'entoure.

Qui décide et quel est le rôle du CPDPN ?

La décision de demander une IMG appartient à la femme, en pratique souvent au couple. Aucun médecin ne peut l'imposer. Le rôle de l'équipe est d'informer, de vérifier que les conditions légales sont réunies et d'accompagner. Avant la réunion de l'équipe, vous pouvez demander à être entendue, seule ou en couple, par tout ou partie de ses membres.

Pour un motif fœtal

  • Le dossier est examiné par un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN), agréé par l'Agence de la biomédecine. Il réunit gynécologues-obstétriciens, échographistes, pédiatres, généticiens, psychologues et autres spécialistes selon les cas.
  • Deux médecins membres de l'équipe du CPDPN attestent, après avis consultatif de celui-ci, que les conditions sont réunies.
  • La femme peut demander qu'un médecin ou une sage-femme de son choix soit associé à la concertation.

Pour un motif maternel

L'avis est rendu par une équipe pluridisciplinaire qui comprend au moins un gynécologue-obstétricien membre d'un CPDPN, un praticien spécialiste de la maladie dont la femme est atteinte, un médecin ou une sage-femme choisi par la femme, et une personne qualifiée tenue au secret professionnel (assistant social ou psychologue). Deux médecins de cette équipe signent l'attestation.

Le diagnostic repose sur l'échographie et, selon les cas, sur l'IRM fœtale, l'amniocentèse avec analyse génétique ou d'autres examens. Ces examens relèvent du diagnostic prénatal.

Comment se préparer à la décision ?

Le temps entre l'annonce d'une anomalie et la décision est souvent vécu comme un choc. Quelques repères peuvent aider :

  • Poser toutes vos questions, même plusieurs fois : nature exacte de la maladie, certitude du diagnostic, évolution prévisible, prise en charge possible à la naissance, risque pour une prochaine grossesse.
  • Demander un second avis si vous en ressentez le besoin ; c'est votre droit.
  • Rencontrer les spécialistes concernés : pédiatre, chirurgien pédiatrique, généticien, selon la pathologie.
  • Être accompagnée par un psychologue de la maternité, dès l'annonce, que vous envisagiez ou non une IMG.
  • Prendre le temps nécessaire, hors urgence médicale : il n'y a pas de bonne ou de mauvaise décision, seulement celle qui vous correspond.

Vos convictions, votre histoire et votre situation familiale font partie de la réflexion. L'équipe respecte votre choix, qu'il s'agisse de poursuivre ou d'interrompre la grossesse.

Comment se déroule une IMG ?

Les modalités dépendent du terme de la grossesse, de votre état de santé et de vos souhaits. Elles vous sont expliquées en détail lors d'une consultation dédiée.

  • Préparation : une prise de médicament par la bouche prépare le col de l'utérus, en général un à deux jours avant l'hospitalisation.
  • Au-delà d'un certain terme, précisé par l'équipe lors de la consultation dédiée, un geste est réalisé avant l'accouchement pour arrêter le cœur du fœtus. Il est fait sous échographie, après une anesthésie adaptée du fœtus.
  • Accouchement : le plus souvent par voie basse, après déclenchement par prostaglandines, sous péridurale si vous le souhaitez. Avant 14 à 16 SA, une aspiration peut parfois être proposée selon la situation.
  • Un examen du fœtus et du placenta (fœtopathologie) est proposé ; il peut confirmer le diagnostic et aider à évaluer le risque pour une future grossesse. Il nécessite votre accord.

Lorsqu'un diagnostic de maladie létale est posé, certains couples choisissent de poursuivre la grossesse dans le cadre de soins palliatifs périnatals. Cette option, organisée avec l'équipe de néonatologie, doit pouvoir être discutée au même titre que l'IMG.

Si besoin, le cabinet vous oriente vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) et une maternité adaptés à votre situation.

Quel accompagnement après une IMG ?

  • Voir l'enfant, le nommer, garder des souvenirs (photos, empreintes, bracelet) : ces gestes sont proposés, jamais imposés.
  • Démarches : selon le terme, un acte d'enfant sans vie peut être établi à la mairie à partir d'un certificat médical d'accouchement, et l'enfant peut être inscrit sur le livret de famille. Les obsèques peuvent être organisées par la famille ou prises en charge par l'établissement. L'équipe vous explique les options et les droits (congé maternité, congé paternité) selon le terme.
  • Suites physiques : des saignements durent en général une à deux semaines. La montée de lait peut survenir ; un traitement peut la limiter.
  • Soutien psychologique : le deuil périnatal est un vrai deuil. Un psychologue de la maternité peut vous suivre, ainsi que des associations de parents endeuillés.
  • Consultation de suivi quelques semaines plus tard pour remettre les résultats des examens, faire le point et préparer une éventuelle future grossesse, parfois avec un généticien.

Si vous vous sentez submergée par la tristesse, l'anxiété ou des idées noires, parlez-en sans attendre à votre médecin ou à votre sage-femme. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Quand consulter en urgence après une IMG ?

Rendez-vous aux urgences de la maternité qui vous a prise en charge, ou appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de malaise, si vous présentez :

  • des saignements abondants (plus d'une protection en une heure, pendant deux heures) ou des caillots volumineux ;
  • une fièvre supérieure à 38 °C, des frissons ;
  • des pertes malodorantes ;
  • des douleurs du ventre qui augmentent malgré les antalgiques ;
  • un malaise, des vertiges, un essoufflement ;
  • une douleur ou un gonflement d'un mollet ;
  • une détresse psychique intense ou des idées suicidaires.

Ces signes peuvent évoquer une rétention de débris placentaires, une infection, une phlébite ou une souffrance psychique qui nécessitent une prise en charge rapide. Les situations sont proches de celles décrites dans notre article sur les pertes fœtales.

Questions fréquentes

Existe-t-il un délai pour demander une IMG ?

Non. La loi permet l'IMG à tout moment de la grossesse lorsque les conditions sont réunies. La loi n'impose pas de délai de réflexion : hors urgence médicale, vous pouvez prendre le temps dont vous avez besoin avant de décider.

L'IMG est-elle prise en charge par l'Assurance maladie ?

Oui, l'IMG et l'hospitalisation qui l'accompagne sont prises en charge dans le cadre de la grossesse. Les éventuels dépassements d'honoraires dépendent de l'établissement et des praticiens et vous sont annoncés à l'avance.

Peut-on refuser une IMG proposée par l'équipe ?

Oui. L'équipe ne propose qu'une option parmi d'autres. Si vous poursuivez la grossesse, vous bénéficiez d'un suivi adapté et, si nécessaire, d'une préparation à l'accueil de l'enfant ou de soins palliatifs à la naissance.

Une IMG empêche-t-elle d'avoir une nouvelle grossesse ?

Dans la grande majorité des cas, non. Une consultation de suivi permet de discuter du délai avant une nouvelle grossesse et, selon le diagnostic, d'un conseil génétique ou d'un dépistage précoce.

Références

  • Code de la santé publique — articles L2213-1 à L2213-3, modifiés par la loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique — Légifrance
  • Baumann S, et al. — Termination of pregnancy for foetal indication in the French context analysis of decision-making in a Multidisciplinary Centre For Prenatal Diagnosis. J Gynecol Obstet Hum Reprod, 2021 — doi:10.1016/j.jogoh.2021.102067 — PMID 33484935
  • de Barbeyrac C, et al. — The role of perinatal palliative care following prenatal diagnosis of major, incurable fetal anomalies: a multicentre prospective cohort study. BJOG, 2022 — doi:10.1111/1471-0528.16976 — PMID 34665920

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.