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Grossesse

Consultation préconceptionnelle : bilan avant une grossesse

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20278 min de lecture

En bref

La consultation préconceptionnelle (bilan avant grossesse) est un rendez-vous médical prévu avant l'arrêt de la contraception, pour préparer la grossesse en bonne santé. La Haute Autorité de santé recommande de prescrire de l'acide folique (0,4 mg par jour) dès le projet de grossesse et jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée, car une revue Cochrane a montré que cette supplémentation réduit d'environ 70 % le risque d'anomalie de fermeture du tube neural (spina bifida). Cette consultation permet aussi de vérifier les sérologies et les vaccins, et d'adapter à l'avance un traitement chronique incompatible avec la grossesse.

Qu'est-ce qu'une consultation préconceptionnelle ?

C'est une consultation dédiée au projet de grossesse, réalisée avant la conception. Elle peut être faite par un gynécologue, un médecin généraliste ou une sage-femme. Elle est distincte de la première consultation de grossesse, qui a lieu une fois la grossesse débutée.

Son intérêt tient à un constat simple : les organes de l'embryon se forment très tôt, souvent avant que la grossesse ne soit connue. Le tube neural, qui deviendra la moelle épinière et le cerveau, se ferme vers la fin du premier mois de grossesse. Certaines mesures de prévention n'ont donc d'effet que si elles sont prises avant la conception.

Les recommandations de la HAS sur le projet de grossesse décrivent les informations à donner, les messages de prévention et les examens à proposer à cette occasion.

Quand faut-il la prévoir ?

Idéalement quelques mois avant l'arrêt de la contraception :

  • au moins un mois avant la conception pour démarrer l'acide folique ;
  • deux à trois mois avant si une vaccination est nécessaire, car certains vaccins vivants imposent d'éviter la grossesse pendant une période après l'injection ;
  • plus tôt encore en cas de maladie chronique (diabète, épilepsie, hypertension, maladie thyroïdienne, maladie auto-immune, troubles psychiatriques traités), afin d'adapter le traitement avec le médecin spécialiste.

Elle est également utile après une grossesse compliquée (prééclampsie, diabète gestationnel, accouchement prématuré, fausse couche à répétition, césarienne) pour discuter des mesures à prendre lors de la grossesse suivante.

La consultation préconceptionnelle a lieu au cabinet ; le délai moyen de rendez-vous est d'une semaine à 10 jours, sauf périodes de congés. Prise de rendez-vous sur Doctolib ou au 01 43 79 59 79.

Que se passe-t-il pendant la consultation ?

L'entretien

Le médecin fait le point sur :

  • les antécédents médicaux, chirurgicaux et gynécologiques (chirurgie de l'utérus, endométriose, fibromes, cycles irréguliers) ;
  • les grossesses précédentes et leur déroulement ;
  • les antécédents familiaux, en particulier les maladies génétiques connues dans la famille de l'un ou l'autre parent ;
  • les médicaments pris régulièrement, y compris en automédication et les compléments alimentaires ;
  • le mode de vie : tabac, alcool, cannabis et autres substances, alimentation, activité physique, exposition professionnelle à des produits toxiques.

L'examen clinique

Il comprend la prise de la tension artérielle, le poids et le calcul de l'indice de masse corporelle, ainsi qu'un examen gynécologique si nécessaire. Le dépistage du cancer du col de l'utérus est mis à jour s'il n'est pas à jour.

Pourquoi l'acide folique est-il si important ?

L'acide folique (vitamine B9) intervient dans la fermeture du tube neural de l'embryon. Une revue Cochrane portant sur 5 essais et plus de 7 000 femmes a montré qu'une supplémentation quotidienne en acide folique autour de la conception réduit nettement le risque d'anomalie de fermeture du tube neural (risque relatif 0,31), aussi bien chez les femmes sans antécédent qu'en cas d'antécédent (risque de récidive réduit). En revanche, aucun effet clair n'a été démontré sur les autres malformations.

SituationDose quotidienneDurée
Cas général0,4 mg (400 µg)Dès le projet de grossesse, idéalement au moins 1 mois avant la conception, jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée
Antécédent de grossesse avec anomalie du tube neuralDose plus élevéeMême durée, sur prescription médicale
Autres situations à risque (certains antiépileptiques, diabète, obésité, chirurgie bariatrique)Dose à discuter avec le médecinMême durée

L'acide folique se prend en comprimé, sur prescription.

Quels examens sanguins sont proposés ?

Les recommandations de la HAS prévoient plusieurs examens, selon la situation de chaque femme :

ExamenObjectif
Sérologie de la rubéoleVérifier l'immunité, sauf si deux vaccinations sont documentées
Sérologie de la toxoplasmoseConnaître le statut immunitaire, sauf preuve écrite d'immunité
Dépistage du VIHProposé systématiquement
Hépatite BAnticorps anti-HBs si vaccinée, sinon antigène HBs
Hépatite C, syphilisSelon les facteurs de risque (transfusion, exposition, usage de drogues)
Groupe sanguin (ABO, rhésus complet, Kell)Si la carte de groupe n'est pas complète
VaricelleInterrogatoire sur les antécédents ; sérologie en cas de doute
Cytomégalovirus (CMV)Sérologie désormais recommandée par la HAS avant la conception lorsqu'une grossesse est envisagée : voir l'article CMV et grossesse

D'autres examens peuvent être proposés selon vos antécédents et votre situation.

Quels vaccins mettre à jour avant la grossesse ?

La période préconceptionnelle est le bon moment pour vérifier le carnet de vaccination, car certains vaccins sont contre-indiqués pendant la grossesse.

  • Rubéole (vaccin ROR) : en l'absence d'immunité, après avoir vérifié l'absence de grossesse. Ce vaccin vivant est contre-indiqué pendant la grossesse : une contraception efficace est nécessaire après chaque dose, pendant la durée précisée lors de la vaccination et dans l'article Vaccins et grossesse. Une vaccination faite sans savoir que l'on était enceinte ne justifie pas d'interrompre la grossesse.
  • Varicelle : chez les femmes sans antécédent de varicelle et séronégatives, après un test de grossesse négatif, avec une contraception efficace après chaque dose, pendant la durée précisée lors de la vaccination.
  • Diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche : mise à jour selon le calendrier vaccinal ; le rattrapage contre la coqueluche concerne aussi l'entourage proche du futur bébé.
  • Hépatite B : si la femme n'est pas immunisée.

Les vaccins recommandés pendant la grossesse elle-même (grippe, Covid-19, coqueluche, VRS selon la période) sont détaillés dans l'article Vaccins et grossesse.

Faut-il modifier un traitement en cours ?

Certains médicaments exposent à un risque de malformation ou de complication pour le futur bébé. D'autres, au contraire, ne doivent surtout pas être arrêtés brutalement, car la maladie non traitée est elle-même dangereuse pour la grossesse.

Selon la HAS, toute prescription chez une femme qui envisage une grossesse doit tenir compte du rapport bénéfice/risque, et les traitements au long cours (antiépileptiques, antidiabétiques, antihypertenseurs, anticoagulants, psychotropes) doivent être adaptés en amont, idéalement avec le médecin spécialiste. Le valproate de sodium, par exemple, fait l'objet d'un encadrement strict chez la femme en âge de procréer.

Il est déconseillé d'arrêter seule un traitement à l'annonce d'un projet de grossesse : la bonne démarche est d'en parler au médecin avant l'arrêt de la contraception. L'automédication est à éviter dès que la grossesse est envisagée.

Quels conseils d'hygiène de vie ?

  • Tabac : l'arrêt avant la grossesse est le plus bénéfique ; une aide au sevrage peut être proposée, y compris pour le partenaire.
  • Alcool : aucune consommation n'est sans risque pendant la grossesse ; l'arrêt est conseillé dès le projet.
  • Poids : un surpoids important ou une maigreur peuvent diminuer la fertilité et augmenter certains risques pendant la grossesse ; un accompagnement peut être proposé.
  • Alimentation : prévention de la toxoplasmose et de la listériose si la femme n'est pas immunisée.
  • Activité physique régulière et adaptée.
  • Expositions professionnelles : à signaler au médecin du travail le cas échéant.

Et si la grossesse tarde à venir ?

Chez un couple ayant des rapports réguliers, la grossesse survient le plus souvent au cours de la première année. Selon l'ACOG (Collège américain des gynécologues-obstétriciens), un bilan d'infertilité du couple est proposé en l'absence de grossesse après 12 mois de rapports non protégés avant 35 ans, après 6 mois au-delà de 35 ans, et sans attendre après 40 ans. La consultation préconceptionnelle peut aussi repérer des situations justifiant un avis plus précoce : cycles très irréguliers, endométriose connue, chirurgie pelvienne ou tubaire antérieure.

Les honoraires de la consultation sont de 120 à 150 € (médecin conventionné secteur 2 à honoraires libres, non adhérent à l'OPTAM). Les étudiantes bénéficient du tarif Sécurité sociale, et les patientes bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S, ex-CMU) ou de l'AME sont reçues sans dépassement d'honoraires.

Questions fréquentes

La consultation préconceptionnelle est-elle obligatoire ?

Non, elle n'est pas obligatoire, mais elle est recommandée par la HAS pour toute femme ayant un projet de grossesse. Elle permet de mettre en place des mesures de prévention qui n'ont d'effet que si elles débutent avant la conception.

Le partenaire doit-il venir ?

Sa présence est utile, surtout pour les antécédents familiaux, la vaccination de l'entourage (coqueluche) et l'arrêt du tabac. Elle n'est pas indispensable.

Je suis déjà enceinte sans avoir pris d'acide folique : que faire ?

Il est conseillé de commencer l'acide folique dès que possible, jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée, et d'en parler lors de la première consultation de grossesse. L'absence de supplémentation ne signifie pas que le bébé aura une malformation : le risque de base reste faible.

Faut-il faire un bilan hormonal avant d'essayer d'être enceinte ?

Pas systématiquement. Un dosage hormonal ou une évaluation de la réserve ovarienne ne sont utiles que dans certaines situations (cycles irréguliers, âge, antécédents), à discuter avec le médecin.

Combien de temps après l'arrêt de la pilule peut-on concevoir ?

La fertilité revient en général rapidement après l'arrêt d'une contraception hormonale. Il n'est pas nécessaire d'attendre plusieurs cycles, sauf après certains vaccins vivants (rubéole, varicelle), qui imposent un délai.

Quand commencer l'acide folique ?

Dès le projet de grossesse, idéalement au moins un mois avant la conception, et jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée, selon la HAS. La dose est de 0,4 mg par jour dans le cas général ; une dose plus élevée est prescrite après une grossesse avec anomalie du tube neural.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.