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Fertilité

Autoconservation des ovocytes : âge, déroulement, prise en charge

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'autoconservation des ovocytes, c'est-à-dire leur congélation (vitrification), est ouverte depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021 à toute femme, sans raison médicale, à condition que le prélèvement ait lieu à partir de son 29e anniversaire et avant son 37e anniversaire ; les ovocytes peuvent ensuite être utilisés jusqu'à son 45e anniversaire. Les actes médicaux (stimulation, ponction, vitrification) sont pris en charge par l'Assurance maladie, mais pas les frais annuels de conservation. La congélation ne garantit pas une naissance : les chances dépendent surtout de l'âge au moment du prélèvement et du nombre d'ovocytes conservés.

Qu'est-ce que l'autoconservation des ovocytes ?

L'autoconservation consiste à prélever des ovocytes (les cellules reproductrices féminines) après une stimulation hormonale, puis à les congeler pour pouvoir les utiliser plus tard dans le cadre d'une fécondation in vitro.

La technique utilisée est la vitrification : une congélation ultra-rapide qui évite la formation de cristaux de glace dans la cellule. Elle a nettement amélioré la survie des ovocytes après décongélation. Les ovocytes sont ensuite conservés dans l'azote liquide à –196 °C, sans limite de durée sur le plan technique.

On distingue deux situations :

  • la préservation de la fertilité pour raison médicale, avant un traitement qui risque d'abîmer les ovaires (chimiothérapie, chirurgie des ovaires, endométriose sévère) ;
  • l'autoconservation sans raison médicale, souvent appelée « sociétale », pour une femme qui souhaite reporter un projet de grossesse.

Cet article traite principalement de la seconde. La recommandation européenne de l'ESHRE sur la préservation de la fertilité féminine (2020) couvre les deux situations.

Quelles sont les conditions d'âge en France ?

Les âges ont été fixés par décret après la loi de bioéthique de 2021. Ils sont rappelés par l'Agence de la biomédecine et le site officiel sante.fr.

ÉtapeCondition d'âge
Prélèvement des ovocytesÀ partir du 29e anniversaire et jusqu'à la veille du 37e anniversaire
Utilisation des ovocytes (FIV)Jusqu'au 45e anniversaire de la femme
Utilisation en coupleLe conjoint ou la conjointe doit avoir moins de 60 ans

Aucune justification médicale n'est demandée. L'autoconservation est ouverte aux femmes en couple comme aux femmes seules.

À quel âge congeler ses ovocytes ?

La qualité des ovocytes diminue avec l'âge, de façon plus marquée après 35 ans : une proportion croissante d'ovocytes présente des anomalies chromosomiques. Le nombre d'ovocytes recueillis à chaque ponction diminue également.

En pratique, plus la congélation est réalisée tôt dans la fenêtre légale, plus les chances de naissance sont élevées ; elles augmentent aussi avec le nombre d'ovocytes matures conservés. Une estimation personnalisée vous est donnée au centre d'AMP.

Une évaluation de la réserve ovarienne (dosage de l'AMH et comptage des follicules à l'échographie) aide à estimer le nombre d'ovocytes que l'on peut espérer recueillir. Elle ne mesure pas leur qualité. Voir « Réserve ovarienne : définition, bilan (AMH, CFA) et impact sur la fertilité ». L'échographie peut être réalisée au cabinet, et le dosage de l'AMH est prescrit lors de la consultation.

Comment se déroule le parcours ?

1. Les consultations préalables

Le parcours se fait dans un centre d'assistance médicale à la procréation (AMP) autorisé par l'agence régionale de santé. L'autoconservation sans raison médicale y est réservée, sauf dérogation, aux établissements publics ou privés à but non lucratif. La liste est disponible sur le site procreation-medicale.fr de l'Agence de la biomédecine. Le Dr Kadoch peut vous orienter vers un centre adapté à votre situation.

La première consultation comprend une information complète sur la technique, les chances réelles et les risques, un bilan de réserve ovarienne, et un bilan sanguin (sérologies notamment). Un consentement écrit est signé.

2. La stimulation ovarienne

Elle dure en général 10 à 12 jours. La femme réalise elle-même des injections sous-cutanées quotidiennes d'hormones pour faire mûrir plusieurs follicules en même temps. Des échographies et prises de sang permettent d'ajuster les doses. Une dernière injection, dite de déclenchement, prépare la maturation finale des ovocytes.

3. La ponction

Elle a lieu environ 36 heures après le déclenchement, sous anesthésie locale ou générale légère. Les follicules sont aspirés par voie vaginale sous contrôle échographique. Le geste dure une quinzaine de minutes et la sortie a lieu le jour même.

4. La vitrification

Le laboratoire identifie les ovocytes matures, seuls congelés. Leur nombre peut être inférieur au nombre de follicules visibles à l'échographie.

Une seconde stimulation est parfois proposée si le nombre d'ovocytes obtenus est faible.

Quels sont les risques ?

Ils sont rares.

  • Syndrome d'hyperstimulation ovarienne : gonflement du ventre, prise de poids rapide, essoufflement.
  • Complications de la ponction : saignement, infection, exceptionnellement blessure d'un organe voisin.
  • Torsion d'un ovaire stimulé, rare mais urgente.
  • Les risques liés à l'anesthésie.

La stimulation ne provoque pas de ménopause précoce : elle utilise des follicules qui, sans traitement, auraient disparu au cours du cycle.

Quelle prise en charge financière ?

Selon l'Agence de la biomédecine et le site sante.fr :

PostePrise en charge
Consultations, bilans, échographiesAssurance maladie
Médicaments de stimulationAssurance maladie
Ponction et anesthésieAssurance maladie
Vitrification des ovocytesAssurance maladie
Frais annuels de conservationÀ la charge de la patiente

La loi interdit que les frais de conservation soient payés ou compensés par l'employeur ou par une personne dont la femme dépend économiquement.

Les délais d'accès aux centres peuvent être longs : il est utile d'anticiper, surtout à l'approche de 37 ans.

Que deviennent les ovocytes ensuite ?

Chaque année, le centre interroge la femme sur ses intentions. Elle peut :

  • poursuivre la conservation ;
  • utiliser ses ovocytes dans le cadre d'une AMP ;
  • les donner à une autre personne en attente de don d'ovocytes ;
  • les donner à la recherche ;
  • mettre fin à la conservation.

Sans réponse pendant 10 années consécutives, les ovocytes sont détruits. À 45 ans, s'ils n'ont pas été utilisés, il est demandé à la femme de choisir entre don, recherche ou fin de conservation.

Les ovocytes congelés seront-ils vraiment utilisés ?

Les études internationales montrent qu'une minorité de femmes revient utiliser ses ovocytes. Dans une étude publiée en 2025 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology, portant sur l'ensemble des congélations déclarées aux États-Unis, seulement 5,7 % des femmes ayant congelé leurs ovocytes entre 2014 et 2016 étaient revenues les décongeler 5 à 7 ans plus tard. Parmi celles qui les ont utilisés, 78,5 % ont obtenu au moins un embryon et le taux cumulé de naissance était de 28,9 %, en baisse avec l'âge à la congélation.

L'autoconservation est donc une assurance partielle, pas une garantie. Elle ne doit pas faire différer indéfiniment un projet d'enfant possible. Lorsque les ovocytes sont utilisés, ils sont fécondés par FIV avec micro-injection : voir « Fécondation in vitro (FIV) : déroulement, étapes et traitement ».

Et pour une raison médicale ?

Lorsqu'un traitement menace la fertilité (cancer, chirurgie d'un kyste de l'ovaire bilatéral ou récidivant, endométriose ovarienne), la préservation peut être proposée en dehors des bornes d’âge de l’autoconservation, en urgence si nécessaire, et la conservation est alors prise en charge. La recommandation de l'ESHRE détaille les options : congélation d'ovocytes, d'embryons ou de tissu ovarien. Voir « Kyste de l'ovaire bénin : symptômes, diagnostic et prise en charge » et « Endométriose à Paris : diagnostic, traitement médical et chirurgie ».

Quand consulter en urgence ?

Après une ponction, consultez en urgence ou appelez le 15 en cas de douleur abdominale intense, de fièvre, de saignement abondant, de malaise, d'essoufflement ou de ventre qui gonfle rapidement.

Questions fréquentes

Faut-il être en couple pour congeler ses ovocytes ?

Non. L'autoconservation est ouverte à toute femme dans la tranche d'âge légale, en couple ou non, sans justification médicale.

J'ai 37 ans révolus, est-ce encore possible ?

Non, pas dans le cadre de l'autoconservation sans raison médicale en France : le prélèvement doit avoir lieu avant le 37e anniversaire. Compte tenu des délais d'attente, il est conseillé de consulter bien avant cet âge.

Combien d'ovocytes faut-il congeler ?

Il n'y a pas de chiffre garanti : les chances augmentent avec le nombre d'ovocytes matures congelés et diminuent avec l'âge au moment de la congélation. Le centre d'AMP vous donne une estimation personnalisée.

La congélation abîme-t-elle les ovocytes ?

La vitrification permet une survie élevée des ovocytes après réchauffement, mais une partie peut ne pas survivre ou ne pas être fécondée. C'est pour cela que le nombre d'ovocytes conservés compte.

Les enfants nés d'ovocytes congelés ont-ils plus de risques ?

Les données disponibles, rassemblées par l'ESHRE, ne montrent pas d'augmentation du risque de malformation par rapport aux autres FIV. Le recul reste en cours d'accumulation.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.