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Grossesse

Cytomégalovirus (CMV) et grossesse : risques, dépistage, prévention

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20278 min de lecture

En bref

Le cytomégalovirus (CMV) pendant la grossesse est l'infection transmise de la mère au bébé la plus fréquente (infection congénitale à CMV). Depuis le 17 juin 2025, la HAS recommande un dépistage systématique par prise de sang chez toutes les femmes enceintes dont le statut est inconnu ou négatif, à faire avant 14 SA. La plupart des enfants infectés vont bien, mais certains gardent des séquelles, surtout une surdité, en particulier lorsque la mère est infectée au premier trimestre. Des gestes d'hygiène simples au contact des jeunes enfants réduisent le risque de contamination.

Qu'est-ce que le cytomégalovirus ?

Le cytomégalovirus est un virus de la famille des herpès, très répandu. Il se transmet par la salive, les urines, les larmes et les sécrétions génitales. Les jeunes enfants, en particulier ceux qui vont à la crèche, en excrètent souvent pendant des mois sans être malades : ils sont la principale source de contamination des femmes enceintes.

Après une première infection, le virus reste latent dans l'organisme toute la vie, comme celui des boutons de fièvre. Une partie des femmes a donc déjà rencontré le virus avant la grossesse ; les autres peuvent faire une primo-infection pendant la grossesse. Cette infection fait partie des sujets abordés dès le début du suivi, présenté sur notre page Accouchement à Paris.

D'après le consensus européen ECCI de 2024, environ 0,64 % des nouveau-nés dans le monde sont infectés à la naissance, et 17 à 20 % d'entre eux auront des séquelles durables. En France, selon la HAS, environ 0,4 % des nouveau-nés sont infectés ; c'est la première cause de handicap congénital d'origine infectieuse.

Quels sont les symptômes chez la femme enceinte ?

Dans la grande majorité des cas, l'infection passe totalement inaperçue. Parfois, elle donne un tableau proche d'une grippe : fatigue, fièvre modérée prolongée, courbatures, maux de tête, ganglions. Une prise de sang peut montrer une légère atteinte du foie.

Ces signes ne permettent pas de faire le diagnostic. Celui-ci repose sur la sérologie : apparition d'anticorps IgG chez une femme qui en était dépourvue (séroconversion), ou présence d'IgM avec des IgG de faible avidité, ce qui oriente vers une infection récente. Une fièvre pendant la grossesse justifie toujours un avis médical ; voir fièvre pendant la grossesse.

Quel est le risque pour le bébé ?

Lors d'une primo-infection maternelle, le virus traverse le placenta dans environ 30 à 40 % des cas. Le risque de transmission augmente au fil de la grossesse, mais la gravité dépend surtout du moment de l'infection : les séquelles concernent essentiellement les infections survenues dans les deux mois précédant la conception ou au premier trimestre ; au-delà de 14 SA, le risque de séquelles est quasi nul selon la HAS.

Évolution chez l'enfant infectéCe que cela signifie
Pas de symptôme ni de séquelleLa majorité des enfants infectés ; une surveillance de l'audition reste utile pendant l'enfance
Surdité isoléeParfois présente dès la naissance, parfois d'apparition retardée ou progressive dans les premières années
Atteinte sévère visible avant la naissanceRetard de croissance, petite tête (microcéphalie), calcifications ou anomalies du cerveau à l'échographie, avec un risque de séquelles neurologiques

Une réinfection ou une réactivation chez une femme déjà immunisée peut aussi transmettre le virus, mais les formes graves sont beaucoup plus rares.

Faut-il faire une sérologie CMV pendant la grossesse ?

Oui. Le 17 juin 2025, la HAS a recommandé un dépistage systématique du CMV chez toutes les femmes enceintes dont le statut est inconnu ou négatif, pour 3 ans avant réévaluation. Ses modalités ont été précisées le 4 août 2026 :

  • si une grossesse est envisagée, la prise de sang (IgG et IgM) se fait avant la conception, y compris en parcours de PMA ;
  • si elle est négative, elle est refaite dès le début de la grossesse puis toutes les 4 semaines pendant le premier trimestre, la dernière entre 13+0 et 14+0 SA ;
  • si elle n'a pas été faite avant la grossesse, elle doit l'être le plus tôt possible et avant 14 SA ; après 14 SA, le dépistage n'est plus pertinent ;
  • une femme déjà immunisée (IgG positives, IgM négatives) n'a pas besoin de surveillance particulière ;
  • en cas d'infection récente découverte avant la grossesse, celle-ci est reportée de 2 mois.

La sérologie est aussi prescrite en cas de symptômes évocateurs ou lorsque l'échographie montre des signes compatibles avec une infection du fœtus. Parlez-en dès le projet de grossesse ou lors de votre première consultation.

Comment est prise en charge une infection à CMV pendant la grossesse ?

  • Valaciclovir : un essai randomisé publié en 2020 a montré qu'un antiviral, le valaciclovir à forte dose, réduit le passage du virus au fœtus après une primo-infection périconceptionnelle ou du premier trimestre (amniocentèse positive chez 11 % des femmes traitées contre 30 % sous placebo). En cas de primo-infection dans les 2 mois avant la grossesse ou au premier trimestre, la HAS recommande une consultation dédiée, en lien avec un centre de diagnostic prénatal, et un traitement par valaciclovir débuté le plus tôt possible. Ce traitement est prescrit hors autorisation de mise sur le marché, dans un cadre de prescription compassionnelle de l'ANSM en cours de rédaction. Pendant le traitement, il faut bien s'hydrater et répartir les prises sur 24 heures.
  • Amniocentèse : la recherche du virus dans le liquide amniotique est proposée le plus tôt possible à partir de 18 SA selon la HAS. Si elle est négative, le valaciclovir est arrêté ; si elle est positive, le suivi se poursuit en centre de diagnostic prénatal. Elle indique si le fœtus est infecté, sans prédire à elle seule la gravité.
  • Échographies rapprochées, parfois complétées par une IRM cérébrale du fœtus, pour rechercher des lésions.
  • À la naissance : recherche du virus dans la salive ou les urines du bébé dans les premiers jours, examen de l'audition, suivi spécialisé.

La prise en charge est coordonnée par un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. Dans les formes les plus sévères, une interruption médicale de grossesse peut être discutée avec le couple, qui reste libre de sa décision.

Comment se protéger du cytomégalovirus pendant la grossesse ?

Il n'existe pas de vaccin. La HAS recommande d'informer toutes les femmes des mesures d'hygiène dès le projet de grossesse, quel que soit leur statut sérologique, car une première infection ne protège pas d'une réinfection. Ces gestes concernent surtout le contact avec les enfants de moins de trois ans :

  • se laver les mains au savon après chaque change, toilette, mouchage ou contact avec la salive, les jouets ou la tétine ;
  • ne pas partager les couverts, le verre, la brosse à dents ou la nourriture de l'enfant, ni finir son assiette ;
  • ne pas sucer sa tétine ou sa cuillère ;
  • éviter les baisers sur la bouche et préférer le front ou les cheveux ;
  • nettoyer régulièrement les jouets et surfaces en contact avec la salive ;
  • utiliser des mouchoirs jetables et les jeter aussitôt.

Les professionnelles de la petite enfance (crèche, école maternelle, assistante maternelle) sont plus exposées : signalez votre grossesse au médecin du travail pour adapter votre poste si nécessaire.

Quand consulter en urgence à la maternité ?

Une fièvre prolongée ou un syndrome grippal pendant la grossesse justifie un avis médical rapide, en particulier au premier trimestre.

Certains signes ne doivent pas attendre le prochain rendez-vous. Rendez-vous directement aux urgences de votre maternité (ouvertes jour et nuit), celle où vous êtes inscrite (Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse), si vous présentez :

  • des saignements vaginaux, même peu abondants ;
  • une perte de liquide clair ou teinté par le vagin ;
  • des contractions régulières ou douloureuses avant 37 SA ;
  • une diminution ou une absence des mouvements du bébé (à partir du moment où vous les sentez habituellement) ;
  • une fièvre à 38 °C ou plus, des frissons, des brûlures urinaires avec douleur dans le dos ;
  • des maux de tête intenses, des troubles de la vue, une douleur sous les côtes à droite ou au creux de l'estomac, un gonflement brutal du visage ou des mains ;
  • une douleur abdominale forte ou permanente, une chute ou un choc sur le ventre ;
  • des démangeaisons intenses des paumes et des plantes des pieds, surtout la nuit.

En cas de malaise, de saignement abondant ou de douleur très intense, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Questions fréquentes

Je travaille en crèche : dois-je arrêter de travailler ?

Pas forcément. Signalez votre grossesse au médecin du travail : il peut adapter votre poste (par exemple éviter les changes). Une sérologie en début de grossesse aide à évaluer votre situation, et les gestes d'hygiène restent essentiels.

Si je suis déjà immunisée, mon bébé est-il protégé ?

Le risque est beaucoup plus faible mais pas nul, car une réinfection ou une réactivation est possible. Les gestes d'hygiène restent conseillés à toutes les femmes enceintes en contact avec de jeunes enfants.

Puis-je allaiter si j'ai eu le CMV pendant la grossesse ?

Chez un bébé né à terme, l'allaitement est possible. Chez un grand prématuré, l'équipe de néonatologie peut proposer des précautions particulières sur le lait maternel.

Le valaciclovir peut-il être pris par toutes les femmes enceintes ?

Non. Il n'est proposé qu'en cas de primo-infection prouvée dans les 2 mois avant la grossesse ou au premier trimestre, sur avis spécialisé, avec une bonne hydratation et des prises réparties sur la journée. Il n'est pas utilisé en prévention chez les femmes non infectées.

Comment attrape-t-on le cytomégalovirus pendant la grossesse ?

Surtout par la salive et les urines des enfants de moins de trois ans, qui excrètent souvent le virus pendant des mois sans être malades. Le lavage des mains après chaque change ou contact avec la salive et le fait de ne pas partager couverts et tétine réduisent le risque.

Références

  • Haute Autorité de santé. La HAS précise les modalités de prise en charge de la femme enceinte à la suite du dépistage du CMV (recommandation de bonne pratique « Dépistage du cytomégalovirus au 1er trimestre de la grossesse : prise en charge et suivi »). Communiqué, 4 août 2026 ; recommandation de dépistage systématique du 17 juin 2025. has-sante.fr
  • Leruez-Ville M, et al. Consensus recommendation for prenatal, neonatal and postnatal management of congenital cytomegalovirus infection from the European congenital infection initiative (ECCI). Lancet Reg Health Eur, 2024. doi:10.1016/j.lanepe.2024.100892 — PMID 38590940
  • Shahar-Nissan K, et al. Valaciclovir to prevent vertical transmission of cytomegalovirus after maternal primary infection during pregnancy: a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet, 2020. doi:10.1016/S0140-6736(20)31868-7 — PMID 32919517

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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