Spermogramme : déroulement, valeurs normales (OMS 2021) et résultats
Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture
En bref
Le spermogramme est l'analyse au laboratoire d'un échantillon de sperme, recueilli après 2 à 7 jours d'abstinence ; il mesure le volume, le nombre, la mobilité et la forme des spermatozoïdes. Ses résultats se comparent aux limites inférieures fixées par l'OMS (6e édition, 2021), qui ne sont pas des seuils de fertilité. Un résultat anormal doit être contrôlé sur un second examen, environ trois mois plus tard, avant toute conclusion.
Qu'est-ce qu'un spermogramme et quand le prescrire ?
Le spermogramme est l'examen de base pour explorer la fertilité masculine. Les recommandations françaises du CNGOF (2022) le placent, avec le spermocytogramme (étude de la forme des spermatozoïdes) et la spermoculture (recherche d'infection), parmi les examens de première intention de tout bilan d'infertilité du couple.
lorsqu'un couple n'obtient pas de grossesse après 12 mois d'essais, ou après 6 mois si la femme a 35 ans ou plus ;
avant une technique d'assistance médicale à la procréation ;
avant une conservation de sperme (par exemple avant un traitement anticancéreux) ;
pour vérifier l'absence de spermatozoïdes après une vasectomie.
Explorer l'homme en même temps que la femme évite de retarder le diagnostic : la recherche d'une endométriose ou d'un trouble de l'ovulation chez la femme ne dispense pas du spermogramme.
Comment se préparer et comment se passe le recueil ?
Abstinence : 2 à 7 jours sans éjaculation avant le recueil, comme le recommande le manuel de l'OMS (2021). Le laboratoire note la durée exacte, qui influence le volume et le nombre de spermatozoïdes.
Lieu : de préférence au laboratoire, dans une pièce dédiée. Un recueil à domicile est parfois accepté, si l'échantillon est apporté dans l'heure en étant maintenu à température proche de celle du corps. Les modalités de rendez-vous sont à vérifier auprès du laboratoire choisi.
Méthode : par masturbation, après une miction et un lavage des mains et du gland, dans un flacon stérile fourni. Les préservatifs classiques et les lubrifiants sont à éviter, car ils peuvent altérer les spermatozoïdes.
Recueil complet : il faut signaler toute perte d'une partie de l'éjaculat, en particulier la première fraction, la plus riche en spermatozoïdes.
À signaler : une fièvre dans les trois derniers mois, des médicaments, une exposition à la chaleur ou à des toxiques. La production des spermatozoïdes dure environ trois mois : un épisode fébrile peut fausser le résultat pendant plusieurs semaines.
Un seul résultat anormal ne suffit pas à poser un diagnostic. Les paramètres du sperme varient naturellement d'un recueil à l'autre, selon la durée d'abstinence, l'état de santé récent ou des erreurs de recueil. C'est pourquoi les recommandations demandent de confirmer toute anomalie sur un second examen avant de conclure ou d'engager un traitement.
Quelles sont les valeurs normales du spermogramme ?
La 6e édition du manuel de l'OMS (2021) fournit des limites inférieures. Elles correspondent au 5e percentile des valeurs observées chez des hommes dont la partenaire a obtenu une grossesse en moins d'un an.
Paramètre
Limite inférieure (OMS 2021)
Terme utilisé si la valeur est plus basse
Volume de l'éjaculat
1,4 mL
Hypospermie
Concentration
16 millions par mL
Oligozoospermie
Nombre total de spermatozoïdes
39 millions par éjaculat
Oligozoospermie
Mobilité totale
42 %
Asthénozoospermie
Mobilité progressive
30 %
Asthénozoospermie
Vitalité (spermatozoïdes vivants)
54 %
Nécrozoospermie
Formes typiques (normales)
4 %
Tératozoospermie
L'absence totale de spermatozoïdes s'appelle azoospermie. Le laboratoire étudie aussi le pH, la viscosité, la liquéfaction, la présence de globules blancs et d'agglutinats. La 6e édition a réintroduit la distinction entre mobilité progressive rapide et lente.
Que signifient les termes du compte rendu ?
Le compte rendu du spermogramme utilise un vocabulaire précis. Voici les termes les plus fréquents :
normozoospermie : tous les paramètres principaux sont au-dessus des limites inférieures ;
oligozoospermie : nombre ou concentration de spermatozoïdes bas ;
asthénozoospermie : mobilité insuffisante ;
tératozoospermie : proportion de formes typiques basse, évaluée par le spermocytogramme ;
oligo-asthéno-tératozoospermie (OATS) : association des trois anomalies précédentes ;
cryptozoospermie : spermatozoïdes très rares, retrouvés seulement après centrifugation ;
azoospermie : absence de spermatozoïdes. Elle peut être sécrétoire (les testicules n'en produisent pas ou très peu) ou excrétoire (ils sont produits mais un obstacle bloque leur passage) ;
aspermie : absence d'éjaculat, à distinguer de l'éjaculation rétrograde, où le sperme part vers la vessie ;
leucospermie : excès de globules blancs, qui peut évoquer une inflammation ou une infection, à confirmer par la spermoculture.
Le spermocytogramme détaille aussi les anomalies de la tête, de la pièce intermédiaire et du flagelle des spermatozoïdes. La 6e édition du manuel de l'OMS insiste sur l'intérêt de cette analyse détaillée pour comprendre le fonctionnement des organes reproducteurs masculins.
Comment interpréter les résultats ?
Ces limites ne séparent pas les hommes fertiles des hommes infertiles. Les auteurs du manuel de l'OMS le soulignent : une valeur sous la limite n'empêche pas une grossesse, et une valeur au-dessus ne la garantit pas. Les chances de grossesse diminuent progressivement à mesure que les paramètres baissent, surtout lorsque plusieurs sont altérés.
Le spermogramme varie beaucoup d'un examen à l'autre chez un même homme. Selon le CNGOF (2022) :
si le premier spermogramme est normal, il n'est pas nécessaire de le refaire ;
s'il est anormal, il est contrôlé, en général environ trois mois plus tard, pour couvrir un cycle complet de production des spermatozoïdes, et un bilan complémentaire est organisé.
Le résultat se discute toujours en tenant compte de la situation de la partenaire : âge, réserve ovarienne, état des trompes.
Quels examens après un spermogramme anormal ?
Le CNGOF (2022) et l'Association européenne d'urologie (EAU, 2025) recommandent, en cas d'anomalie confirmée :
une consultation d'andrologie (urologue ou andrologue), avec examen clinique ;
une échographie des testicules, à la recherche d'une varicocèle, d'une anomalie ou d'une tumeur ;
un bilan hormonal (FSH, LH, testostérone notamment).
Selon le contexte, peuvent s'y ajouter un caryotype et des analyses génétiques, en particulier en cas d'azoospermie ou d'oligozoospermie sévère. Le test de fragmentation de l'ADN des spermatozoïdes peut se discuter dans certaines situations, mais ses techniques et ses seuils ne sont pas standardisés.
L'EAU recommande aussi d'informer les hommes ayant un spermogramme anormal que cela peut être un marqueur de leur santé générale, justifiant un suivi médical.
Quels facteurs influencent la qualité du sperme et quels traitements ?
Ce qui peut altérer le sperme
tabac, cannabis et autres drogues, consommation d'alcool importante ;
surpoids important ;
chaleur prolongée sur les testicules (sauna, bains chauds, certaines professions) ;
stéroïdes anabolisants et testostérone prise sans indication, qui peuvent faire chuter fortement la production de spermatozoïdes ;
certains médicaments et traitements anticancéreux, infections, fièvre récente.
Les possibilités de prise en charge
correction des facteurs de mode de vie, dont l'effet ne s'évalue qu'après environ trois mois ;
traitement d'une cause identifiée (infection, trouble hormonal, varicocèle dans certaines situations) ;
assistance médicale à la procréation : insémination intra-utérine si l'altération est modérée, FIV, le plus souvent avec ICSI si elle est sévère ;
en cas d'azoospermie, recherche chirurgicale de spermatozoïdes dans le testicule, ou recours à un don de spermatozoïdes.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour avoir les résultats ?
Le délai dépend du laboratoire, en général quelques jours, un peu plus si une spermoculture est réalisée. Les résultats sont à interpréter avec le médecin prescripteur.
Le spermogramme est-il remboursé ?
Oui, il est pris en charge par l'Assurance maladie lorsqu'il est prescrit par un médecin, dans les conditions habituelles de remboursement des examens de biologie.
Un homme qui a déjà eu un enfant doit-il faire un spermogramme ?
Oui, si le couple consulte pour infertilité. La qualité du sperme peut avoir changé depuis, et le bilan doit explorer les deux partenaires.
Les compléments alimentaires améliorent-ils le spermogramme ?
Certains antioxydants sont proposés, mais leur bénéfice sur les naissances n'est pas clairement démontré. Il vaut mieux en parler en consultation avant d'en prendre.
Faut-il refaire le spermogramme dans le même laboratoire ?
C'est préférable, car les techniques et l'expérience varient d'un laboratoire à l'autre. Un laboratoire spécialisé en biologie de la reproduction donne des résultats plus comparables d'un examen à l'autre.
Organisation mondiale de la santé (OMS). WHO laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6th edition. Genève : OMS, 2021. who.int
Sonigo C, et al. First-line management of infertile couple. Guidelines for clinical practice of the French College of Obstetricians and Gynecologists (CNGOF) 2022. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2024. doi:10.1016/j.gofs.2024.01.014 — PMID 38311310
Minhas S, et al. European Association of Urology Guidelines on Male Sexual and Reproductive Health: 2025 Update on Male Infertility. European Urology, 2025. doi:10.1016/j.eururo.2025.02.026 — PMID 40118737
Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice
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