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Fertilité

Réserve ovarienne : définition, bilan (AMH, CFA) et impact sur la fertilité

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

La réserve ovarienne désigne le nombre d'ovocytes encore présents dans les ovaires ; elle diminue avec l'âge et s'estime par le dosage de l'AMH (hormone antimüllérienne) et le compte des follicules antraux (CFA) à l'échographie. Ces marqueurs prédisent bien la réponse à une stimulation en FIV, mais ils ne prédisent pas, à eux seuls, les chances de grossesse naturelle. Ils s'interprètent toujours avec l'âge et le contexte du couple.

Qu'est-ce que la réserve ovarienne ?

La réserve ovarienne correspond au stock d'ovocytes (les cellules qui donneront un ovule) contenus dans les ovaires à un moment donné. Ces ovocytes sont logés dans de minuscules follicules dits primordiaux.

Ce stock se constitue avant la naissance, pendant la vie fœtale. Ensuite, il ne fait que diminuer : chaque mois, un groupe de follicules est recruté, un seul arrive en général à l'ovulation, les autres disparaissent. La baisse est lente au début de la vie adulte, puis s'accélère après 35 ans environ, jusqu'à la ménopause. Contrairement à l'homme, qui produit des spermatozoïdes en continu, la femme ne fabrique pas de nouveaux ovocytes.

Certaines situations peuvent réduire la réserve plus tôt que prévu : chirurgie des ovaires (notamment pour un endométriome, voir notre page endométriose), chimiothérapie ou radiothérapie, tabac, antécédents familiaux de ménopause précoce, certaines causes génétiques ou auto-immunes.

Comment évalue-t-on la réserve ovarienne ?

La réserve ovarienne ne se mesure pas directement. On l'estime par des marqueurs hormonaux et échographiques, idéalement associés.

ExamenQuand le faire ?Ce qu'il indiqueLimites
AMH (hormone anti-müllérienne), prise de sangÀ n'importe quel moment du cycleReflète le nombre de petits follicules en croissance ; baisse souvent avant la FSHAbaissée sous contraception hormonale ; variations entre laboratoires et techniques
Compte des follicules antraux (CFA), échographie endovaginaleEn début de cycleNombre de petits follicules visibles dans les deux ovaires ; bien corrélé à l'AMHDépend de l'échographiste et de l'appareil
FSH et œstradiol, prise de sangEntre le 2e et le 4e jour du cycleUne FSH élevée, surtout avec un œstradiol déjà haut, évoque une réserve diminuéeVarie d'un cycle à l'autre ; se modifie tardivement

Les recommandations françaises du CNGOF (2022) placent le compte des follicules antraux, lors de l'échographie pelvienne du bilan, et le dosage de l'AMH avant une prise en charge en assistance médicale à la procréation (AMP) parmi les examens de première intention.

Une AMH basse veut-elle dire que je ne pourrai pas être enceinte ?

Non. Les marqueurs de réserve ovarienne renseignent sur la quantité d'ovocytes, pas sur leur qualité. Or c'est surtout la qualité des ovocytes, liée à l'âge, qui détermine les chances de grossesse.

Une étude prospective publiée dans le JAMA en 2017 a suivi 750 femmes de 30 à 44 ans sans antécédent d'infertilité. Après prise en compte de l'âge, les femmes ayant une AMH basse (inférieure à 0,7 ng/mL) n'avaient pas moins de chances de concevoir en 12 cycles que celles ayant une AMH normale (84 % contre 75 %, différence non significative). Il en allait de même pour une FSH élevée.

Ces marqueurs prédisent le nombre d'ovocytes obtenus après stimulation (ESHRE, 2025), mais pas la fertilité naturelle : les auteurs de cette étude concluent qu'ils ne doivent pas servir de « test de fertilité » chez une femme qui n'a pas de difficulté à concevoir.

Une femme jeune avec une AMH basse garde donc en général de bonnes chances de grossesse naturelle. À l'inverse, une AMH normale à 42 ans ne compense pas la baisse de qualité ovocytaire liée à l'âge.

À quoi sert le bilan de réserve ovarienne en PMA ?

Dans un parcours de PMA, le bilan de réserve ovarienne est surtout utile pour :

  • prévoir la réponse à la stimulation : une réserve basse laisse prévoir peu d'ovocytes, une réserve très élevée expose davantage au syndrome d'hyperstimulation ovarienne ;
  • choisir le protocole et les doses de traitement, comme le recommande l'ESHRE (Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie) dans sa recommandation sur la stimulation ovarienne, mise à jour en 2025 ;
  • informer le couple sur le nombre d'ovocytes attendu et, avec l'âge, sur le pronostic ;
  • ne pas perdre de temps : une réserve basse pour l'âge peut justifier d'orienter plus vite vers un centre d'AMP (voir le bilan d'infertilité du couple).

Une femme dite « mauvaise répondeuse » à la stimulation peut néanmoins obtenir une grossesse : le nombre d'ovocytes n'est qu'un des éléments du pronostic.

Quelles sont les limites de ces examens ?

  • Pas de seuil universel : les valeurs « normales » d'AMH, de FSH et de CFA varient selon l'âge, les techniques de dosage et les laboratoires. Un résultat se lit avec les références du laboratoire et au regard de l'âge.
  • Des facteurs modifient les résultats : la pilule ou d'autres contraceptions hormonales abaissent l'AMH ; un syndrome des ovaires polykystiques l'élève.
  • La qualité ovocytaire n'est pas mesurée, pas plus que les chances d'implantation de l'embryon.
  • La fertilité est celle d'un couple : perméabilité des trompes, utérus, qualité du sperme et fréquence des rapports comptent autant.

Que faire si ma réserve ovarienne est basse ?

La conduite à tenir dépend surtout de votre âge et de votre projet :

  • si vous essayez d'avoir un enfant : le bilan du couple est réalisé rapidement et, si la grossesse tarde, une orientation vers un centre d'AMP est discutée sans délai ;
  • si vous n'avez pas de projet immédiat : le résultat peut vous aider à réfléchir au calendrier de votre projet. Une autoconservation d'ovocytes peut être discutée, en sachant que ses chances de succès dépendent fortement de l'âge au moment de la congélation et du nombre d'ovocytes conservés ;
  • avant un traitement toxique pour les ovaires : une consultation de préservation de la fertilité est proposée avant de commencer, idéalement le plus tôt possible.

En FIV, une réserve basse conduit à adapter le protocole. Faute de preuve suffisante, l'ESHRE (2025) ne recommande pas la plupart des traitements complémentaires proposés aux femmes dites mauvaises répondeuses.

Enfin, une réserve basse n'annonce pas forcément une ménopause imminente. Si elle s'accompagne de règles qui s'espacent ou disparaissent avant 40 ans, un bilan spécifique recherche une insuffisance ovarienne prématurée, qui nécessite une prise en charge propre, notamment pour protéger les os et le cœur.

Qui devrait faire évaluer sa réserve ovarienne ?

Ce bilan n'est pas un examen de dépistage à proposer à toutes les femmes. Il est utile :

  • dans le bilan d'une infertilité, après un an d'essais avant 35 ans, ou après six mois à partir de 35 ans (CNGOF 2022) ;
  • avant une FIV ou une autre technique d'AMP ;
  • avant une chirurgie des ovaires, ou après celle-ci, notamment en cas d'endométriose ;
  • avant un traitement potentiellement toxique pour les ovaires (chimiothérapie, radiothérapie pelvienne), pour discuter une préservation de la fertilité ;
  • en cas de cycles qui se raccourcissent ou deviennent irréguliers avant 40 ans, ou d'antécédent familial de ménopause précoce ;
  • lors d'une réflexion sur une autoconservation des ovocytes, ouverte en France depuis la loi de bioéthique de 2021.

Le résultat doit être expliqué en consultation : seul, il risque d'inquiéter à tort ou de rassurer à tort. Pour un bilan de fertilité au cabinet, prenez rendez-vous sur Doctolib ou au 01 43 79 59 79.

Questions fréquentes

Peut-on augmenter sa réserve ovarienne ?

Aucun traitement, complément alimentaire ou régime n'a montré qu'il augmentait le nombre d'ovocytes. On peut en revanche éviter de l'abîmer, notamment en arrêtant le tabac et en discutant de la stratégie avant toute chirurgie ovarienne.

Faut-il arrêter la pilule avant de doser l'AMH ?

Ce n'est pas obligatoire, mais la contraception hormonale peut abaisser l'AMH et le compte des follicules. Le médecin en tient compte et peut proposer un contrôle à distance de l'arrêt si le résultat est bas.

Une AMH élevée est-elle une bonne nouvelle ?

Elle indique un grand nombre de petits follicules, ce qui est fréquent en cas de syndrome des ovaires polykystiques. En FIV, elle impose d'adapter la stimulation pour limiter le risque d'hyperstimulation ovarienne.

L'AMH permet-elle de prévoir l'âge de la ménopause ?

Elle donne une tendance, mais pas une date fiable pour une femme donnée. Elle ne doit pas servir à décider seule d'une contraception ou d'un projet de grossesse.

Le dosage de l'AMH est-il remboursé ?

Le remboursement de l'AMH par l'Assurance maladie est encadré et lié à certaines indications, notamment le bilan avant AMP. Votre médecin ou le laboratoire vous indiquera ce qui s'applique à votre situation.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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