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Gynécologie

Règles abondantes et saignements entre les règles : causes et traitements

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Des règles abondantes (ménorragies) au point de gêner la vie quotidienne, des règles qui durent plus de 8 jours ou des saignements entre les règles ne sont pas normaux et justifient une consultation. Il faut d'abord éliminer une grossesse, puis rechercher une cause : polype, adénomyose, fibrome, trouble de l'ovulation, trouble de la coagulation, médicament ou, plus rarement, lésion précancéreuse ou cancer. Une échographie pelvienne et une prise de sang suffisent souvent à orienter le traitement.

Quand parle-t-on de règles abondantes ?

Selon la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO), des règles normales reviennent tous les 24 à 38 jours et durent au maximum 8 jours. L'abondance est jugée par la femme elle-même : les règles sont considérées comme trop abondantes lorsqu'elles retentissent sur votre qualité de vie, physique, sociale ou professionnelle.

Quelques signes concrets doivent alerter : changer de protection toutes les heures ou presque, devoir se lever la nuit, porter une double protection, émettre des caillots, ou éviter de sortir pendant les règles. Les fibromes utérins font partie des causes fréquentes, mais ne sont pas les seules.

On parle de saignements intermenstruels (anciennement métrorragies) lorsque du sang apparaît entre deux règles, de façon spontanée ou après un rapport sexuel.

Quelles sont les causes possibles ?

Chez une femme qui n'est pas enceinte, les causes sont regroupées dans la classification FIGO dite PALM-COEIN. Les quatre premières lettres désignent des anomalies visibles à l'imagerie ou à l'examen des tissus, les cinq suivantes des causes non structurelles.

Polype du col de l'utérus — Polype du col (1) et son ablation à sa base (2) : une cause bénigne de saignements entre les règles ou après les rapports.
GynécologiePolype du col de l'utérusPolype du col (1) et son ablation à sa base (2) : une cause bénigne de saignements entre les règles ou après les rapports.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch
LettreCauseCe qu'il faut savoir
PPolype de l'endomètreSouvent responsable de saignements entre les règles ou après les rapports
AAdénomyoseRègles abondantes et douloureuses, utérus augmenté de volume
LLéiomyome (fibrome)Les fibromes qui déforment la cavité utérine sont les plus hémorragiques
MMalignité et hyperplasieHyperplasie de l'endomètre, cancer de l'endomètre ou du col ; à rechercher surtout selon l'âge et les facteurs de risque
CCoagulopathieTrouble de la coagulation (par exemple maladie de Willebrand), évoqué surtout si les règles sont abondantes depuis les premières règles
OOvulation (dysfonctionnement)Cycles irréguliers, fréquents à l'adolescence, en périménopause et dans le syndrome des ovaires polykystiques
EEndomètreAnomalie locale de l'endomètre, parfois une endométrite (inflammation ou infection)
IIatrogèneAnticoagulants, stérilet au cuivre, saignements sous pilule ou implant, traitement hormonal de la ménopause
NNon classéCauses rares, comme une cicatrice de césarienne (isthmocèle)

Les causes varient selon l'âge

  • À l'adolescence : les cycles sans ovulation sont fréquents dans les premières années. Des règles très abondantes dès les premières règles doivent toutefois faire rechercher un trouble de la coagulation.
  • Entre 20 et 40 ans : polypes, fibromes, adénomyose et saignements liés à la contraception dominent.
  • En périménopause : les cycles deviennent irréguliers, mais un saignement anormal à cet âge justifie de vérifier l'endomètre, car le risque d'hyperplasie augmente.

Plusieurs causes peuvent coexister. Un petit fibrome découvert à l'échographie n'explique pas forcément, à lui seul, les saignements.

Et si j'étais enceinte ?

Devant tout saignement inhabituel chez une femme en âge d'avoir des enfants, la première étape est d'éliminer une grossesse, même sous contraception. Un test de grossesse (dosage de bêta-hCG) est réalisé au moindre doute.

Un saignement en début de grossesse peut correspondre à une grossesse normale, à une fausse couche ou à une grossesse extra-utérine, qui est une urgence.

Quels examens pour trouver la cause ?

  • L'entretien : durée et abondance des règles, date des dernières règles, contraception, médicaments, antécédents familiaux de saignements, retentissement (fatigue, essoufflement).
  • L'examen gynécologique, avec examen du col au spéculum. Le frottis est vérifié ou réalisé s'il n'est pas à jour, mais il ne suffit pas à expliquer un saignement.
  • La prise de sang : numération formule sanguine pour rechercher une anémie, ferritine pour évaluer les réserves en fer, bêta-hCG, et bilan de coagulation si l'histoire le suggère.
  • L'échographie pelvienne, par voie abdominale et endovaginale : c'est l'examen d'imagerie de première intention selon le CNGOF. Elle recherche fibrome, polype, adénomyose et épaississement de l'endomètre.
  • L'hystérosonographie ou l'hystéroscopie diagnostique, si une anomalie de la cavité utérine est suspectée.
  • La biopsie de l'endomètre, selon l'âge, les facteurs de risque de cancer de l'endomètre (surpoids, diabète, cycles sans ovulation, traitement par tamoxifène) et l'aspect à l'échographie.

Quels traitements sont possibles ?

Le traitement dépend de la cause, de l'abondance des saignements, de votre âge, de votre souhait de grossesse et de vos contre-indications. Les recommandations du CNGOF de 2022 détaillent les options selon chaque situation.

Traitements médicaux

  • Stérilet hormonal au lévonorgestrel : il réduit fortement le flux et assure une contraception. Il peut remplacer un stérilet au cuivre responsable de règles abondantes.
  • Acide tranexamique : pris uniquement pendant les règles, il diminue les pertes sans effet contraceptif. Il est contre-indiqué en cas d'antécédent de thrombose.
  • Pilule œstroprogestative ou progestatifs : ils régularisent le cycle et réduisent le flux, sous réserve des contre-indications (tabac après 35 ans, antécédent de thrombose, migraine avec aura, notamment).
  • Anti-inflammatoires pendant les règles, en l'absence de contre-indication.
  • Fer en cas d'anémie ou de carence, par voie orale ou par perfusion selon la situation.

Traitements chirurgicaux et radiologiques

  • Hystéroscopie opératoire : ablation d'un polype ou d'un fibrome situé dans la cavité, sans cicatrice sur le ventre.
  • Myomectomie par cœlioscopie ou par voie abdominale : retrait des fibromes en conservant l'utérus.
  • Destruction de l'endomètre (endométrectomie) : pour les femmes qui n'envisagent plus de grossesse.
  • Embolisation des artères utérines : technique de radiologie interventionnelle pour certains fibromes. Elle n'est en général pas proposée en première intention en cas de projet de grossesse.
  • Hystérectomie : ablation de l'utérus, discutée lorsque les autres traitements ont échoué ou ne conviennent pas.

Une lésion précancéreuse ou un cancer relève d'une prise en charge spécifique, décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire.

Quand consulter en urgence ?

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, en cas de :

  • saignement très abondant qui traverse une protection en moins d'une heure, plusieurs heures de suite ;
  • malaise, vertiges, pâleur importante, essoufflement ou cœur qui bat vite ;
  • douleur intense du bas-ventre, surtout si une grossesse est possible ;
  • saignement avec fièvre ;
  • saignement pendant une grossesse connue : contactez les urgences de votre maternité.

Consultez rapidement, sans urgence vitale, en cas de saignement après les rapports, de saignement après la ménopause, ou de fatigue inhabituelle pouvant traduire une anémie. Voir aussi notre article sur les saignements après la ménopause.

Comment vivre au quotidien avec des règles abondantes ?

En attendant le bilan, notez pendant deux ou trois cycles la durée des règles, le nombre de protections utilisées et la présence de caillots. Ce calendrier aide au diagnostic.

La carence en fer est fréquente et souvent méconnue. Elle provoque fatigue, essoufflement, chute de cheveux et baisse de concentration. Elle se corrige, mais elle récidive si la cause des saignements n'est pas traitée.

Le bilan, notamment l'échographie, peut être réalisé au cabinet. Le délai moyen de rendez-vous est d'une semaine à 10 jours, sauf périodes de congés (sur Doctolib ou au 01 43 79 59 79).

Questions fréquentes

Combien de protections par jour, c'est trop ?

Il n'existe pas de chiffre universel. Changer de protection presque toutes les heures, se lever la nuit ou porter une double protection sont des signes de règles trop abondantes qui justifient une consultation.

Des saignements entre les règles sont-ils toujours graves ?

Non, ils sont souvent bénins (polype, saignements sous contraception, troubles de l'ovulation). Ils doivent toutefois être explorés, car ils peuvent aussi révéler une lésion du col ou de l'endomètre.

Un fibrome provoque-t-il toujours des règles abondantes ?

Non. Beaucoup de fibromes ne donnent aucun symptôme. Ceux qui déforment la cavité de l'utérus sont les plus souvent responsables de saignements.

Le stérilet au cuivre peut-il augmenter les règles ?

Oui, il peut rendre les règles plus longues et plus abondantes. Si cela vous gêne, d'autres contraceptions, dont le stérilet hormonal, peuvent être discutées.

Références

  • Brun JL, et al. Prise en charge des saignements utérins anormaux : recommandations pour la pratique clinique du CNGOF. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2022. doi:10.1016/j.gofs.2022.02.078 — PMID 35248756
  • Munro MG, et al. The two FIGO systems for normal and abnormal uterine bleeding symptoms and classification of causes of abnormal uterine bleeding in the reproductive years: 2018 revisions. International Journal of Gynaecology and Obstetrics, 2018. doi:10.1002/ijgo.12666 — PMID 30198563
  • Bofill Rodriguez M, et al. Progestogen-releasing intrauterine systems for heavy menstrual bleeding. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020. doi:10.1002/14651858.CD002126.pub4 — PMID 32529637

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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