Toxoplasmose et grossesse : prévention, dépistage et traitement
Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20278 min de lecture
En bref
La toxoplasmose pendant la grossesse n'est dangereuse qu'en cas de première contamination (primo-infection), car le parasite peut alors atteindre le bébé ; chez l'adulte, l'infection est le plus souvent bénigne. En France, environ 70 % des femmes enceintes ne sont pas immunisées, selon le groupe d'experts du CNGOF (2020). Si votre sérologie est négative, des règles simples d'hygiène et de cuisson réduisent le risque, et une prise de sang mensuelle permet de dépister et de traiter tôt une éventuelle contamination.
Qu'est-ce que la toxoplasmose et pourquoi est-elle surveillée pendant la grossesse ?
La toxoplasmose est due à un parasite, Toxoplasma gondii. Chez l'adulte en bonne santé, elle passe le plus souvent inaperçue ou ressemble à une petite grippe avec quelques ganglions. Une fois infectée, on reste protégée à vie.
Le risque concerne les femmes qui n'ont jamais rencontré le parasite et qui le contractent pour la première fois pendant la grossesse : on parle de primo-infection. Le parasite peut alors traverser le placenta et infecter le fœtus (toxoplasmose congénitale). C'est pourquoi la sérologie fait partie du bilan de début de grossesse décrit dans notre page Accouchement à Paris et lors de la première consultation de grossesse.
En France, selon le groupe d'experts du CNGOF, environ 70 % des femmes enceintes ne sont pas immunisées, et 0,2 à 0,25 % font une primo-infection pendant leur grossesse.
Comment se contamine-t-on ?
en mangeant de la viande crue ou peu cuite contenant des kystes du parasite ;
en avalant des œufs du parasite présents dans la terre : légumes, fruits ou herbes aromatiques mal lavés, mains souillées après le jardinage ;
par contact avec les excréments de chats qui chassent ou mangent de la viande crue (litière, bac à sable, jardin).
Quels sont les risques pour le bébé selon le terme ?
Le risque dépend fortement du moment de la contamination. Deux phénomènes évoluent en sens inverse :
la transmission au fœtus est rare en début de grossesse et devient fréquente en fin de grossesse ;
la gravité des atteintes est au contraire plus importante quand la contamination est précoce.
Moment de la contamination maternelle
Risque de transmission au fœtus
Gravité possible
Avant 12 SA
Moins de 10 %
Atteintes potentiellement sévères (cerveau, yeux) si le fœtus est infecté
Vers 19 SA
Environ 20 %
Risque d'atteinte intermédiaire
Vers 28 SA
Environ 50 %
Formes le plus souvent sans symptôme à la naissance
En fin de grossesse
Jusqu'à 70 % environ
Atteintes surtout oculaires, parfois tardives
Ces chiffres proviennent de la cohorte lyonnaise de femmes dépistées et traitées. Tous termes confondus, le risque moyen de transmission est de 25 à 29 %. Lorsque le fœtus est infecté, l'enfant naît vivant dans 95 % des cas ; 90 % des enfants infectés n'ont aucun symptôme et 10 % ont une forme symptomatique, sévère dans un tiers de ces cas.
Les atteintes possibles sont surtout neurologiques (calcifications, dilatation des ventricules cérébraux) et oculaires (choriorétinite, une inflammation de la rétine qui peut apparaître des années après la naissance). C'est pourquoi un enfant infecté est suivi par un pédiatre et un ophtalmologiste pendant plusieurs années.
Comment savoir si je suis immunisée contre la toxoplasmose ?
Une prise de sang (sérologie) recherche deux types d'anticorps : les IgG, témoins d'une infection ancienne, et les IgM, qui orientent vers une infection récente. Elle est obligatoire au premier trimestre si votre immunité n'est pas déjà documentée par un résultat écrit.
IgG positives, IgM négatives : vous êtes immunisée. Aucune précaution particulière ni contrôle n'est nécessaire.
IgG et IgM négatives : vous n'êtes pas protégée. Les mesures de prévention s'appliquent et une sérologie est refaite chaque mois jusqu'à l'accouchement.
IgM positives : il peut s'agir d'une infection récente ou d'anticorps qui persistent depuis longtemps. Le laboratoire réalise un test d'avidité des IgG et compare avec un prélèvement antérieur si vous en avez un. Un avis spécialisé est demandé en cas de doute.
Conservez vos anciens résultats : une sérologie faite avant la grossesse aide beaucoup à dater une infection. Si vous envisagez une grossesse, une sérologie préconceptionnelle est utile.
Quelles précautions prendre au quotidien si je ne suis pas immunisée ?
Les mesures d'hygiène sont simples, mais le groupe d'experts du CNGOF souligne qu'elles sont souvent mal appliquées. Elles sont pourtant la base de la prévention.
Dans l'assiette
Mangez la viande bien cuite à cœur (bœuf, agneau, porc, cheval, gibier, volaille) : pas de tartare, carpaccio, viande saignante ou rosée.
Évitez les charcuteries crues, fumées ou séchées (jambon cru, saucisson, chorizo, viande des Grisons).
Lavez soigneusement à l'eau les légumes, fruits et herbes aromatiques, surtout s'ils sont terreux ou consommés crus. Au restaurant, évitez les crudités et les herbes fraîches dont vous ne connaissez pas le lavage.
Évitez le lait de chèvre cru et les huîtres ou coquillages crus.
En cuisine
Lavez-vous les mains au savon avant de cuisiner, après avoir touché de la viande crue, des légumes terreux ou de la terre.
Nettoyez couteaux, planches et plan de travail après la préparation de viande crue ; si possible, utilisez des planches distinctes pour le cru et le cuit.
Avec les chats et au jardin
Confiez le changement de litière à quelqu'un d'autre. À défaut, portez des gants et changez-la chaque jour.
Évitez de caresser les chats inconnus ou errants.
Portez des gants pour jardiner et lavez-vous les mains ensuite.
La primo-infection est le plus souvent silencieuse : seule la sérologie permet de la détecter. Le contrôle mensuel des femmes non immunisées, pratiqué en France depuis 1992, a deux objectifs :
dater précisément la contamination, ce qui permet d'estimer le risque pour le bébé ;
commencer le traitement le plus vite possible, idéalement dans les trois semaines qui suivent la séroconversion.
Dans la cohorte de Lyon, l'introduction du dépistage mensuel s'est accompagnée d'une baisse du taux de transmission et de moins de symptômes chez les enfants infectés à 3 ans. En 2020, le groupe d'experts mandaté par le CNGOF a recommandé de maintenir ce programme. Un dernier contrôle est habituellement fait quelques semaines après l'accouchement, pour détecter une contamination survenue en toute fin de grossesse.
Que se passe-t-il en cas de contamination pendant la grossesse ?
Traitement préventif immédiat chez la mère pour limiter le passage du parasite : la spiramycine est utilisée avant 14 SA ; au-delà, l'association pyriméthamine-sulfadiazine (avec acide folinique) tend à être plus efficace d'après l'essai randomisé français TOXOGEST. Le choix et la surveillance du traitement (prise de sang pour la tolérance) relèvent de votre médecin.
Amniocentèse : la recherche du parasite par PCR dans le liquide amniotique est réalisée à distance de la contamination et pas avant 18 SA. Elle permet de savoir si le fœtus est infecté.
Échographies rapprochées, en général mensuelles, à la recherche de signes cérébraux ou d'autres anomalies.
À la naissance : examens du nouveau-né (sang du cordon, fond d'œil, imagerie si besoin) et suivi ophtalmologique prolongé si l'enfant est infecté.
Si le fœtus est infecté, le traitement est adapté. Dans les rares formes graves avec atteintes cérébrales sévères, une interruption médicale de grossesse peut être discutée avec le couple, sans jamais être imposée.
Quand consulter en urgence à la maternité ?
La toxoplasmose elle-même ne nécessite pas de passage aux urgences. Signalez simplement à votre médecin une fièvre avec ganglions ou un résultat de sérologie qui change. En revanche, comme pour toute grossesse, certains signes imposent de vous rendre directement aux urgences de votre maternité, ouvertes jour et nuit (celle où vous êtes inscrite : Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse) :
des saignements vaginaux, même peu abondants ;
une perte de liquide clair ou teinté par le vagin ;
des contractions régulières ou douloureuses avant 37 SA ;
une diminution ou une absence des mouvements du bébé (à partir du moment où vous les sentez habituellement) ;
une fièvre à 38 °C ou plus, des frissons, des brûlures urinaires avec douleur dans le dos ;
des maux de tête intenses, des troubles de la vue, une douleur sous les côtes à droite ou au creux de l'estomac, un gonflement brutal du visage ou des mains ;
une douleur abdominale forte ou permanente, une chute ou un choc sur le ventre ;
des démangeaisons intenses des paumes et des plantes des pieds, surtout la nuit.
En cas de malaise, de saignement abondant ou de douleur très intense, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Questions fréquentes
J'ai un chat, dois-je m'en séparer pendant la grossesse ?
Non. Un chat d'appartement nourri avec des aliments industriels présente peu de risque. Il suffit de confier la litière à quelqu'un d'autre ou de la changer chaque jour avec des gants, puis de vous laver les mains.
Puis-je manger de la viande congelée ou du jambon cuit ?
Le jambon cuit et les viandes bien cuites à cœur sont autorisés. La congélation réduit le risque mais ne remplace pas une cuisson complète : la règle reste la viande bien cuite.
Si je suis immunisée, dois-je refaire la sérologie à chaque grossesse ?
Non. Une immunité documentée par un résultat écrit (IgG positives) est définitive : ni contrôle mensuel ni précautions particulières contre la toxoplasmose ne sont nécessaires.
Le traitement en cas de contamination est-il dangereux pour le bébé ?
Les traitements utilisés sont prescrits pendant la grossesse et surveillés par prise de sang. Le bénéfice attendu, réduire la transmission et la gravité des atteintes, est jugé supérieur aux risques. Votre médecin vous expliquera le traitement adapté à votre terme.
Picone O, et al. Toxoplasmosis screening during pregnancy in France: Opinion of an expert panel for the CNGOF. Journal of Gynecology Obstetrics and Human Reproduction, 2020. doi:10.1016/j.jogoh.2020.101814 — PMID 32428782
Wallon M, et al. Congenital toxoplasma infection: monthly prenatal screening decreases transmission rate and improves clinical outcome at age 3 years. Clinical Infectious Diseases, 2013. doi:10.1093/cid/cit032 — PMID 23362291
Mandelbrot L, et al. Prenatal therapy with pyrimethamine + sulfadiazine vs spiramycin to reduce placental transmission of toxoplasmosis: a multicenter, randomized trial. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2018. doi:10.1016/j.ajog.2018.05.031 — PMID 29870736
Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice
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