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Chirurgie et examens

Myomectomie ou embolisation d'un fibrome : comment choisir ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'embolisation d'un fibrome (embolisation des artères utérines, qui obstrue les vaisseaux nourrissant le fibrome) et la myomectomie (retrait chirurgical du fibrome) sont les deux principaux traitements conservateurs des fibromes symptomatiques lorsque l'on souhaite garder son utérus. Dans l'essai randomisé britannique FEMME (254 femmes, New England Journal of Medicine, 2020), la qualité de vie liée aux fibromes à 2 ans était plus élevée après myomectomie (score de 84,6 contre 80,0 sur 100). L'embolisation offre en revanche une récupération plus rapide et moins de transfusions, au prix d'un risque plus élevé de nouvelle intervention : selon Cochrane, si 7 % des femmes opérées ont besoin d'une nouvelle intervention dans les 2 ans, ce taux est estimé entre 15 et 32 % après embolisation.

En quoi consistent ces deux traitements ?

La myomectomie est une intervention chirurgicale qui retire le ou les fibromes en conservant l'utérus. Elle se fait par hystéroscopie (fibromes dans la cavité), par cœlioscopie ou par laparotomie selon la position et la taille des fibromes. Elle est réalisée par un chirurgien gynécologue, sous anesthésie générale le plus souvent.

L'embolisation des artères utérines est réalisée par un radiologue interventionnel. Sous anesthésie locale et sédation, un fin cathéter est introduit dans l'artère fémorale (au pli de l'aine) ou radiale (au poignet) et guidé jusqu'aux artères utérines. De minuscules particules y sont injectées pour bloquer l'apport de sang aux fibromes, qui se nécrosent et diminuent progressivement de volume. Il n'y a pas d'incision ni de cicatrice sur l'utérus.

Que montre l'essai FEMME ?

L'essai FEMME, mené dans 29 hôpitaux britanniques, est le plus grand essai randomisé comparant directement les deux traitements chez des femmes ayant des fibromes symptomatiques et ne souhaitant pas d'hystérectomie.

Ses principaux résultats à 2 ans :

  • qualité de vie liée aux fibromes (questionnaire UFS-QOL, de 0 à 100) : 84,6 après myomectomie contre 80,0 après embolisation, soit une différence ajustée de 6,5 à 8 points en faveur de la myomectomie ;
  • complications de l'ensemble des procédures initiales : 29 % dans le groupe myomectomie et 24 % dans le groupe embolisation.

Cet essai incluait des myomectomies par laparotomie, cœlioscopie et hystéroscopie, ce qui reflète la pratique réelle.

Que disent les méta-analyses ?

La revue Cochrane de Gupta et coll. (7 essais, 793 femmes) a comparé l'embolisation à la chirurgie (hystérectomie ou myomectomie) :

  • satisfaction comparable à 2 ans et à 5 ans ;
  • pas de différence démontrée sur les complications majeures ;
  • davantage de complications mineures après embolisation ;
  • moins de transfusions, une procédure plus courte, une hospitalisation plus brève et une reprise plus rapide des activités après embolisation ;
  • un risque nettement plus élevé de nouvelle intervention chirurgicale après embolisation : si 7 % des femmes opérées ont besoin d'une réintervention à 2 ans, ce chiffre est estimé entre 15 % et 32 % après embolisation.

Une méta-analyse publiée dans l'AJOG en 2024 (6 essais randomisés comparant embolisation et myomectomie) retrouve un risque de réintervention environ trois fois plus faible après myomectomie, sans différence sur les complications graves. Lorsque l'analyse se limite aux essais où le groupe chirurgie ne comprenait que des myomectomies, la qualité de vie est plus élevée après myomectomie. Les auteurs jugent les données sur la grossesse après embolisation très incertaines.

Comment les deux options se comparent-elles en pratique ?

CritèreMyomectomieEmbolisation des artères utérines
Qui la réaliseChirurgien gynécologueRadiologue interventionnel
AnesthésieGénérale le plus souventLocale avec sédation
CicatriceSelon la voie : aucune (hystéroscopie), petites incisions (cœlioscopie), incision abdominale (laparotomie)Point de ponction à l'aine ou au poignet
HospitalisationDe l'ambulatoire (voie hystéroscopique) à 3 à 5 jours (laparotomie)Plus courte que pour la chirurgie dans les essais publiés
Douleur aprèsDouleur de cicatrice, décroissanteDouleur pelvienne intense les premières 24 à 48 heures, traitée par antalgiques puissants
Reprise des activitésPlus lente (surtout après laparotomie)Plus rapide
Fibrome retiré et analyséOui, examen au microscopeNon, le fibrome reste en place et diminue
Qualité de vie à 2 ans (FEMME)Plus élevéeUn peu moins élevée
Nouvelle interventionMoins fréquentePlus fréquente (15 à 32 % à 2 ans selon Cochrane)
TransfusionPossible, surtout fibromes multiplesRare
Projet de grossesseOption privilégiéeDonnées limitées ; non recommandée en première intention
Réserve ovariennePeu modifiéePossible diminution, surtout après 45 ans

Quelle option si l'on souhaite une grossesse ?

C'est le critère le plus déterminant. La revue Cochrane présente l'embolisation comme une alternative sûre et peu invasive à la chirurgie chez les femmes qui ne souhaitent pas de grossesse.

Lorsqu'un projet de grossesse existe, la myomectomie reste en général préférée :

  • un fibrome qui déforme la cavité (types 0 à 2) se retire par hystéroscopie, sans cicatrice sur le muscle ;
  • pour les autres fibromes symptomatiques, la cœlioscopie ou la laparotomie permettent de retirer le fibrome, au prix d'une cicatrice utérine dont il faudra tenir compte pour l'accouchement.

Des grossesses sont possibles après embolisation, mais les données sont peu nombreuses. Dans la revue Cochrane, une analyse limitée à un petit sous-groupe suggérait moins de naissances après embolisation qu'après myomectomie, avec un niveau de preuve très faible ; la méta-analyse de l'AJOG juge elle aussi ces données très incertaines. L'embolisation peut donc être discutée au cas par cas, après une information complète, lorsque la chirurgie est jugée trop risquée.

Dans quelles situations l'embolisation d'un fibrome est-elle particulièrement intéressante ?

  • Femme sans projet de grossesse qui souhaite éviter une chirurgie et une anesthésie générale ;
  • fibromes multiples, dont l'ablation chirurgicale exposerait à un saignement important ;
  • antécédents de chirurgies abdominales multiples ou contre-indication anesthésique ;
  • souhait de reprendre rapidement ses activités ;
  • refus de transfusion sanguine.

Elle est moins adaptée, voire déconseillée, en cas de fibrome sous-séreux pédiculé (risque de détachement), de fibrome intracavitaire qui peut être retiré simplement par hystéroscopie, d'infection pelvienne évolutive, ou de doute sur la nature bénigne de la tumeur, puisque le fibrome n'est pas analysé.

Comment se prend la décision ?

Le choix repose sur un bilan précis, avec une IRM pelvienne le plus souvent : nombre, taille, type FIGO et vascularisation des fibromes, présence éventuelle d'une adénomyose associée. Il tient compte :

  • du souhait de grossesse et de l'âge ;
  • des symptômes dominants (saignements, compression, douleurs) ;
  • des priorités de la patiente : récupération rapide, éviter une chirurgie, ou réduire le risque de nouvelle intervention ;
  • de l'expérience des équipes disponibles.

La revue Cochrane souligne l'importance de la sélection des patientes et de l'information préalable. La décision est partagée entre la patiente, le gynécologue et le radiologue interventionnel, qui réalise l'embolisation.

Quand consulter en urgence ?

Après l'un ou l'autre traitement, consultez rapidement ou appelez le 15 en cas de :

  • fièvre supérieure à 38,5 °C, surtout avec douleurs pelviennes ou pertes malodorantes (infection d'un fibrome nécrosé après embolisation) ;
  • saignement abondant ;
  • douleur qui s'aggrave au lieu de diminuer ;
  • hématome qui augmente au point de ponction (aine ou poignet) ;
  • malaise, essoufflement, douleur d'un mollet.

Questions fréquentes

L'embolisation fait-elle disparaître complètement le fibrome ?

Non. Le fibrome diminue progressivement de volume au cours des mois suivants, mais reste en place. C'est la réduction des symptômes qui est recherchée.

Peut-on faire une myomectomie après une embolisation qui n'a pas suffi ?

Oui, une chirurgie est possible après un échec d'embolisation. C'est l'une des raisons pour lesquelles les taux de réintervention sont plus élevés après embolisation.

Quel traitement entraîne le moins de complications graves ?

Les études ne montrent pas de différence nette sur les complications majeures. L'embolisation entraîne plus de complications mineures, la myomectomie plus de transfusions.

L'embolisation provoque-t-elle une ménopause ?

Une ménopause précoce est possible, en particulier après 45 ans, car la procédure peut réduire l'apport sanguin aux ovaires. Ce risque fait partie de l'information préalable.

L'embolisation est-elle remboursée ?

L'embolisation des artères utérines est un acte reconnu, pris en charge par l'Assurance maladie dans ses indications. Les modalités précises (dépassements éventuels) sont à vérifier auprès de l'équipe qui la réalise. Pour une myomectomie, un devis est remis avant l'intervention.

Combien de temps d'hospitalisation et d'arrêt de travail après une embolisation ou une myomectomie ?

À titre indicatif : après une embolisation, en général de l'ambulatoire à moins de 3 jours d'hospitalisation, environ 1 semaine d'arrêt et une reprise du sport vers 8 à 10 jours ; après une myomectomie par cœlioscopie, 2 à 3 jours et 2 à 4 semaines d'arrêt ; par laparotomie, 3 à 5 jours et 4 à 6 semaines (6 à 8 pour un métier physique) ; par hystéroscopie, de l'ambulatoire à moins de 3 jours et 2 à 4 jours d'arrêt. Ces repères sont adaptés à votre situation en consultation, et le délai avant une grossesse est discuté lors de la consultation postopératoire.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.