Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Chirurgie et examens

Hystérectomie ou traitement conservateur : quelles options ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Il existe des alternatives à l'hystérectomie (ablation de l'utérus) pour la plupart des maladies bénignes de l'utérus : médicaments, DIU au lévonorgestrel, résection hystéroscopique, ablation de l'endomètre, myomectomie, embolisation. Les recommandations françaises demandent d'informer chaque patiente des bénéfices et des risques de toutes ces options ; l'hystérectomie reste le seul traitement qui supprime définitivement les saignements et le risque de récidive des fibromes. Lorsqu'elle est retenue, la voie vaginale ou cœlioscopique est préférée à l'ouverture de l'abdomen : selon une revue Cochrane de 63 essais (6 811 femmes), la reprise des activités est plus rapide d'environ 11 à 13 jours.

Pourquoi se poser la question ?

L'hystérectomie reste une intervention fréquente pour des maladies bénignes : fibromes, adénomyose, règles très abondantes sans cause identifiée. C'est une chirurgie majeure, irréversible, qui met fin à toute possibilité de grossesse.

Les progrès des traitements médicaux, de l'hystéroscopie et de la radiologie interventionnelle permettent souvent de soulager les symptômes en conservant l'utérus. Le choix dépend de la cause des symptômes, de l'âge, du projet de grossesse et de ce que la patiente souhaite privilégier : efficacité définitive, récupération rapide, conservation de l'utérus.

Quelles sont les situations concernées ?

Les trois principales causes bénignes qui conduisent à envisager une hystérectomie sont :

  • les fibromes utérins symptomatiques (saignements, compression, douleurs) ;
  • l'adénomyose, infiltration de l'endomètre dans le muscle utérin, responsable de règles abondantes et douloureuses ;
  • les saignements utérins abondants sans lésion identifiée (dits « fonctionnels » ou idiopathiques).

Les recommandations du CNGOF de 2022 sur la prise en charge des saignements utérins anormaux traitent séparément chacune de ces situations, ainsi que les polypes et l'hyperplasie de l'endomètre. Un bilan précis (échographie, parfois hystéroscopie ou IRM, biopsie de l'endomètre selon l'âge) est indispensable avant toute décision, car le choix du traitement dépend de la cause.

Quelles sont les alternatives à l'hystérectomie ?

OptionPrincipeIndications principalesFertilité préservéeLimites
Traitement médical (acide tranexamique, progestatifs, relugolix associé, agonistes GnRH)Réduit les saignementsFibromes, adénomyose, saignements fonctionnelsOui (à l'arrêt)Effet suspensif ; effets indésirables selon la molécule
DIU au lévonorgestrelHormone libérée dans l'utérus, amincit l'endomètreSaignements fonctionnels, adénomyose, petits fibromes ne déformant pas la cavitéOui (à l'arrêt)Saignements irréguliers les premiers mois ; risque d'expulsion si cavité déformée
Résection hystéroscopiqueRetrait par les voies naturelles d'un fibrome sous-muqueux ou d'un polypeFibromes FIGO 0 à 2, polypesOuiNécessite parfois 2 temps ; récidive possible
Ablation (destruction) de l'endomètreDestruction de la muqueuse utérine par hystéroscopie ou par un dispositif dédiéSaignements abondants, femmes sans projet de grossesseNon : grossesse ensuite contre-indiquéeMoins efficace en cas de gros utérus ou d'adénomyose étendue ; récidive possible
MyomectomieRetrait chirurgical des fibromesFibromes symptomatiques, désir de conserver l'utérusOuiSaignement opératoire ; récidive possible ; cicatrice utérine
Embolisation des artères utérinesObstruction des artères des fibromes par voie radiologiqueFibromes symptomatiques, femmes sans projet de grossesseIncertaineDouleur initiale ; réintervention plus fréquente qu'après chirurgie
HystérectomieAblation de l'utérusÉchec ou refus des alternatives, symptômes sévères, pas de désir de grossesseNonChirurgie majeure, irréversible

Quelle option selon la cause ?

Fibromes

  • Fibrome sous-muqueux (FIGO 0 à 2) : la résection hystéroscopique est le traitement de première intention, quel que soit l'âge.
  • Fibromes interstitiels ou sous-séreux symptomatiques : traitement médical en première intention, puis myomectomie ou embolisation si nécessaire.
  • Chez la femme proche de la ménopause : les recommandations françaises de 2012 indiquent que, après information sur les alternatives et les risques, l'hystérectomie est le traitement le plus efficace des fibromes symptomatiques, avec un taux de satisfaction élevé. Mais l'arrivée prochaine de la ménopause, qui fait diminuer les fibromes, peut aussi justifier un traitement médical d'attente.

Adénomyose

Le DIU au lévonorgestrel et les traitements hormonaux sont proposés en première intention. L'ablation de l'endomètre est moins efficace lorsque l'adénomyose est profonde. L'hystérectomie reste le traitement définitif lorsque les symptômes persistent et qu'il n'y a plus de projet de grossesse.

Saignements abondants sans cause identifiée

Les traitements médicaux et le DIU au lévonorgestrel sont proposés en premier. L'ablation de l'endomètre est une alternative mini-invasive chez les femmes qui ne souhaitent plus de grossesse. L'hystérectomie n'intervient qu'en cas d'échec.

Quand l'hystérectomie est-elle l'option la plus adaptée ?

L'hystérectomie peut être la solution la plus adaptée lorsque :

  • les traitements conservateurs ont échoué ou ne sont pas tolérés ;
  • les fibromes sont très nombreux ou très volumineux, rendant la myomectomie risquée ;
  • des fibromes et une adénomyose sévère sont associés ;
  • la patiente, sans projet de grossesse, souhaite une solution définitive et ne pas risquer de réintervention ;
  • il existe un doute sur la nature bénigne d'une lésion.

C'est une décision personnelle, prise après information complète sur les alternatives. Aucune option n'est imposée.

Si une hystérectomie est décidée, quelle voie d'abord ?

Installation en position gynécologique — Patiente en position gynécologique sous champs stériles, avant une intervention par voie vaginale.
Chirurgie gynécologiqueInstallation en position gynécologiquePatiente en position gynécologique sous champs stériles, avant une intervention par voie vaginale.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

La revue Cochrane de Pickett et coll. (2023, 63 essais, 6 811 femmes) a comparé les différentes voies d'abord de l'hystérectomie pour maladie bénigne :

VoiePrincipaux résultats
VaginaleReprise des activités plus rapide qu'après voie abdominale (environ 11 jours de moins), hospitalisation plus courte, moins d'infections de paroi
CœlioscopiqueReprise plus rapide qu'après voie abdominale (environ 13 jours de moins), hospitalisation plus courte, moins de transfusions ; un peu plus de plaies de l'uretère
Abdominale (laparotomie)Réservée aux utérus très volumineux ou aux situations où les autres voies ne sont pas possibles

Les auteurs concluent que la voie vaginale doit être préférée lorsqu'elle est techniquement possible, et la cœlioscopie lorsque la voie vaginale ne l'est pas. Les recommandations françaises vont dans le même sens pour les fibromes d'aspect typique à l'imagerie.

Une hystérectomie subtotale (conservation du col de l'utérus) est une alternative à l'hystérectomie totale dans le traitement des fibromes ; le dépistage du cancer du col doit alors être poursuivi.

À titre indicatif, durée d'hospitalisation en général : 2 à 4 jours par voie vaginale ou cœlioscopique, 3 à 6 jours par laparotomie. Arrêt de travail : en général environ 1 mois, adapté en consultation.

Que deviennent les ovaires ?

L'hystérectomie pour maladie bénigne ne retire pas nécessairement les ovaires. Avant la ménopause, leur conservation permet de maintenir la production hormonale naturelle et évite une ménopause brutale. L'ablation des trompes (salpingectomie) peut être proposée dans le même temps ; cette question, comme celle des ovaires, est discutée avant l'intervention (voir hystérectomie : indications et déroulement).

Quand consulter en urgence ?

Que vous soyez sous traitement conservateur ou en attente d'une intervention, consultez rapidement ou appelez le 15 en cas de :

  • saignements très abondants (une protection remplie en moins d'une heure, plusieurs heures de suite) ;
  • malaise, essoufflement, palpitations, signes possibles d'anémie sévère ;
  • douleur pelvienne brutale et intense ;
  • fièvre après une intervention ou une embolisation.

Questions fréquentes

Une hystérectomie provoque-t-elle la ménopause ?

Non, si les ovaires sont conservés. Les règles s'arrêtent, mais les ovaires continuent à produire des hormones jusqu'à l'âge naturel de la ménopause.

L'ablation de l'endomètre est-elle une contraception ?

Non. Une grossesse reste possible, bien que rare, et serait à haut risque. Une contraception reste nécessaire jusqu'à la ménopause.

Le DIU hormonal peut-il éviter une hystérectomie ?

Dans de nombreux cas de saignements abondants ou d'adénomyose, il permet de contrôler suffisamment les symptômes pour éviter une chirurgie. Il est moins adapté lorsqu'un fibrome déforme la cavité utérine.

L'hystérectomie modifie-t-elle la vie sexuelle ?

Chez la plupart des femmes, la sexualité est préservée, voire améliorée lorsque les douleurs et saignements disparaissent. Les inquiétudes à ce sujet méritent d'être abordées en consultation.

Peut-on demander un deuxième avis avant une hystérectomie ?

Oui, c'est légitime pour toute intervention non urgente et irréversible. Il suffit d'apporter les comptes rendus d'imagerie et de consultation.

Combien de temps d'hospitalisation et d'arrêt de travail après une hystérectomie ?

À titre indicatif : par cœlioscopie ou par voie vaginale, en général 2 à 4 jours d'hospitalisation et environ 1 mois d'arrêt de travail, sans port de charges lourdes pendant 6 semaines ; par laparotomie, 3 à 6 jours et 4 à 8 semaines d'arrêt. Les rapports reprennent en général après 4 à 8 semaines. Ces repères sont adaptés en consultation ; les honoraires font l'objet d'un devis préalable.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.