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Gynécologie

Endométriose : traitements hormonaux et antidouleurs

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Le traitement de l'endométriose douloureuse repose d'abord sur des médicaments, qui mettent les lésions au repos en supprimant ou en réduisant les règles. Selon les recommandations françaises CNGOF-HAS, la pilule œstroprogestative (de préférence en continu en cas de règles douloureuses) et le stérilet hormonal au lévonorgestrel 52 mg sont les traitements de première intention. Une revue Cochrane de 2025 portant sur 33 essais et 5 059 patientes confirme que les progestatifs oraux réduisent probablement la douleur globale par rapport au placebo.

Pourquoi un traitement hormonal de l'endométriose ?

Les lésions d'endométriose réagissent aux hormones du cycle, en particulier aux œstrogènes. À chaque cycle, elles s'inflamment et saignent, ce qui entretient la douleur. Les traitements hormonaux visent à :

  • supprimer ou espacer les règles ;
  • diminuer la stimulation des lésions par les œstrogènes ;
  • réduire l'inflammation et donc la douleur.

Ces traitements soulagent mais ne font pas disparaître la maladie : les symptômes peuvent réapparaître à l'arrêt. Ils sont donc conçus pour être pris sur le long terme, aussi longtemps qu'ils sont efficaces et bien tolérés. Contraceptifs ou bloquant l'ovulation, ils ne conviennent pas en cas de désir d'enfant.

Un traitement peut être débuté sur des arguments cliniques et d'imagerie, sans attendre une confirmation chirurgicale.

Quels sont les traitements de première intention ?

La pilule œstroprogestative

La pilule combinée (œstrogène + progestatif) est l'un des deux traitements de première intention. En cas de règles douloureuses, les recommandations françaises conseillent de la prendre en continu, c'est-à-dire sans arrêt entre les plaquettes, pour supprimer les règles. Des saignements irréguliers peuvent survenir les premiers mois ; ils diminuent souvent avec le temps.

Ses contre-indications sont celles de toute contraception œstroprogestative : antécédent de phlébite ou d'embolie, migraine avec aura, tabagisme après 35 ans, certaines maladies cardiovasculaires. Elles sont recherchées avant la prescription.

Le stérilet hormonal au lévonorgestrel 52 mg

Le dispositif intra-utérin (DIU) au lévonorgestrel délivre un progestatif directement dans l'utérus pendant plusieurs années. Il réduit l'abondance et la douleur des règles. Il est utile en cas d'adénomyose associée ou de contre-indication aux œstrogènes. Les recommandations françaises le placent au même niveau que la pilule, avant comme après une chirurgie.

Quels sont les traitements de deuxième intention ?

En cas d'efficacité insuffisante, d'effets indésirables ou de contre-indication, d'autres traitements sont proposés.

TraitementMode de priseEffets indésirables possiblesPoints clés
Désogestrel (micropilule progestative)Comprimé quotidien en continuSaignements irréguliers, acné, prise de poidsUtilisable en cas de contre-indication aux œstrogènes
Implant à l'étonogestrelBâtonnet sous la peau du bras, 3 ansSaignements irréguliersContraceptif, sans prise quotidienne
Diénogest 2 mgComprimé quotidien en continuSaignements irréguliers, humeur, maux de têteProgestatif évalué spécifiquement dans l'endométriose
Agonistes de la GnRH + add-backInjection mensuelle ou trimestrielleBouffées de chaleur, sécheresse vaginale, perte osseuseMénopause artificielle réversible ; add-back obligatoire au-delà de quelques mois

Les progestatifs

Les progestatifs mettent la muqueuse et les lésions au repos. La revue Cochrane de 2025 conclut que les progestatifs oraux réduisent probablement la douleur globale et les règles douloureuses par rapport au placebo, et améliorent la qualité de vie. Par rapport à la pilule ou aux agonistes de la GnRH, les différences d'efficacité sont faibles ou incertaines ; le choix se fait surtout sur la tolérance.

Les agonistes de la GnRH avec add-back

Ces médicaments mettent les ovaires au repos et créent un état de ménopause temporaire et réversible. Ils sont efficaces sur la douleur mais entraînent des bouffées de chaleur, une sécheresse vaginale et une perte de densité osseuse. Les recommandations françaises imposent de les associer à une « add-back thérapie » contenant un œstrogène, qui limite la perte osseuse et améliore la qualité de vie, introduite avant le troisième mois.

La revue Cochrane de 2023 sur ces traitements (72 études) retrouve une diminution possible de la douleur par rapport au placebo, mais avec un niveau de preuve faible, et confirme la perte osseuse. Ils ne sont pas recommandés en première intention chez l'adolescente, en raison du risque pour la masse osseuse en construction.

Les antagonistes de la GnRH par voie orale

Des molécules plus récentes, prises par voie orale, bloquent directement l'axe hormonal. Associées à un add-back, certaines ont été autorisées en Europe pour l'endométriose. Leur place précise dans la stratégie française reste à définir ; elles peuvent être discutées en cas d'échec des traitements habituels.

Quels antidouleurs utiliser ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène…) sont souvent utilisés pendant les règles. Ils peuvent soulager les règles douloureuses mais ne traitent pas la maladie, et leur efficacité spécifique dans l'endométriose est mal démontrée. Ils doivent être pris de façon raisonnée, en raison de risques digestifs et rénaux. Pendant la grossesse, ils sont contre-indiqués à partir du 6e mois, même en prise unique ou en gel, et ne se prennent avant que sur prescription médicale (voir médicaments et grossesse).

Le paracétamol peut être associé. Les antalgiques opioïdes ne sont pas un traitement de fond de l'endométriose : leur usage prolongé expose à une dépendance et à une sensibilisation à la douleur.

Que faire quand la douleur persiste malgré le traitement ?

La douleur de l'endométriose ne dépend pas seulement des lésions. Avec le temps, le système nerveux peut devenir plus sensible (on parle de sensibilisation), et des douleurs musculaires du périnée, du dos ou de la vessie peuvent s'ajouter. Les recommandations françaises indiquent que la douleur chronique justifie une évaluation pluridisciplinaire. Une orientation vers une consultation spécialisée dans la prise en charge de la douleur peut alors être proposée.

Selon la situation, peuvent être proposés :

  • une réévaluation du diagnostic par échographie de deuxième intention ou IRM ;
  • un changement de traitement hormonal ;
  • une prise en charge en centre de la douleur ;
  • de la kinésithérapie pelvienne, notamment en cas de contracture des muscles du périnée ;
  • des approches complémentaires (yoga, relaxation, ostéopathie), qui peuvent améliorer la qualité de vie sans agir sur les lésions ;
  • une chirurgie, discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire (voir Chirurgie de l'endométriose).

Quelle est la place du traitement après une chirurgie ?

Après une intervention pour endométriose, et en l'absence de projet de grossesse immédiat, les recommandations françaises recommandent un traitement hormonal pour réduire le risque de récidive des douleurs : pilule œstroprogestative ou stérilet au lévonorgestrel 52 mg en première intention. Après la chirurgie d'un endométriome, la pilule est recommandée pour réduire le risque de récidive du kyste ; les agonistes de la GnRH ne sont pas recommandés dans ce seul but.

À l'inverse, un traitement hormonal avant une chirurgie n'est pas recommandé dans le seul but de faciliter l'intervention ou de réduire les complications.

Comment se déroule le suivi ?

Une consultation de réévaluation est utile quelques mois après le début d'un traitement pour juger de son efficacité et de sa tolérance.

Il n'est pas nécessaire de refaire une imagerie de façon systématique si les symptômes sont contrôlés. Une nouvelle imagerie se discute en cas de reprise des douleurs, d'apparition de symptômes digestifs ou urinaires, ou de suivi d'un endométriome.

Quand consulter en urgence ?

Consultez rapidement ou appelez le 15 / 112 en cas de :

  • douleur abdominale brutale et intense ;
  • douleur d'un mollet, essoufflement ou douleur dans la poitrine sous pilule œstroprogestative (risque de phlébite ou d'embolie) ;
  • saignements très abondants avec malaise ;
  • fièvre avec douleurs pelviennes, en particulier après la pose d'un stérilet.

Questions fréquentes

Faut-il prendre le traitement toute la vie ?

Le traitement est poursuivi tant qu'il est efficace, bien toléré et qu'il n'existe pas de projet de grossesse. Les symptômes diminuent en général après la ménopause. Le traitement peut être interrompu ou modifié à tout moment, en concertation avec votre gynécologue.

Ne pas avoir ses règles pendant des années est-il dangereux ?

Non. L'absence de règles sous pilule en continu, progestatif ou stérilet hormonal est un effet attendu du traitement et n'a pas de conséquence pour la santé. La fertilité revient après l'arrêt des traitements contraceptifs.

Les traitements hormonaux font-ils grossir ?

Certaines patientes rapportent une prise de poids, notamment sous progestatifs, mais elle est variable et souvent modérée. En cas d'effet indésirable gênant, un autre traitement peut être essayé.

Un régime alimentaire peut-il traiter l'endométriose ?

Aucun régime n'a démontré qu'il faisait régresser l'endométriose. Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière peuvent améliorer le bien-être général et certains symptômes digestifs.

Le traitement médical évite-t-il la chirurgie ?

Souvent : lorsque les douleurs sont contrôlées par un traitement hormonal, une chirurgie n'est pas nécessaire. La chirurgie est discutée en cas d'échec, d'intolérance, d'infertilité ou d'atteinte d'un organe.

Peut-on guérir de l'endométriose ?

Les traitements médicaux soulagent les douleurs mais ne font pas disparaître la maladie : les symptômes peuvent revenir à leur arrêt. Ils sont donc poursuivis tant qu'ils sont efficaces et bien tolérés, et les symptômes diminuent en général après la ménopause.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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