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Fertilité

Échecs de FIV : quelles solutions quand on n'a jamais été enceinte ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Après plusieurs échecs de FIV (fécondation in vitro), la première étape est de revoir le dossier complet avec l'équipe, ou de demander un second avis, pour rechercher une cause corrigible (utérus, trompes, endométriose, sperme, protocole). Selon l'âge et la réserve ovarienne, les options sont une nouvelle tentative adaptée, le don d'ovocytes ou de spermatozoïdes, l'accueil d'embryon, l'adoption, ou l'arrêt de la PMA. Il n'y a pas de bonne réponse unique : la décision appartient au couple, bien informé.

Quelles sont les causes d'un échec de FIV ?

Un échec de FIV est fréquent et ne signifie pas qu'il est impossible d'avoir un enfant. Même avec un embryon de bonne qualité, l'implantation n'est jamais certaine. Les causes d'échec relèvent principalement de trois domaines :

  • l'embryon : c'est la cause la plus fréquente. La proportion d'embryons porteurs d'anomalies chromosomiques augmente avec l'âge de la femme, ce qui explique la baisse des résultats après 38-40 ans ;
  • la réponse ovarienne : peu d'ovocytes obtenus, souvent en lien avec une réserve ovarienne diminuée ;
  • l'utérus et le pelvis : polype, fibrome déformant la cavité, synéchies, trompe dilatée (hydrosalpinx) dont le liquide gêne l'implantation, adénomyose ou endométriose.

Le facteur masculin et le protocole de stimulation peuvent aussi jouer. Souvent, aucune cause précise n'est retrouvée.

Comment se déroule habituellement le parcours avant la FIV ?

Le parcours d'assistance médicale à la procréation (AMP) progresse en général par étapes, selon la cause de l'infertilité et l'âge :

  1. le bilan du couple, qui oriente vers la technique adaptée (voir le bilan d'infertilité) ;
  2. les inséminations intra-utérines, souvent proposées en premier en cas d'infertilité inexpliquée ou d'altération modérée du sperme. Le sperme du conjoint (IAC) ou d'un donneur (IAD) est déposé dans l'utérus au moment de l'ovulation ;
  3. la FIV, après échec des inséminations, ou d'emblée en cas de trompes bouchées, d'altération sévère du sperme, d'endométriose sévère ou d'âge plus avancé ;
  4. l'ICSI, variante de la FIV où un spermatozoïde est injecté dans chaque ovocyte, en cas d'altération importante du sperme ou d'échec de fécondation lors d'une FIV classique.

Une « tentative » de FIV comprend la ponction et tous les transferts d'embryons, frais puis congelés, qui en sont issus. Il est donc utile de faire le point avec l'équipe après chaque tentative complète, plutôt qu'après chaque transfert, pour juger des résultats.

Il est aussi important de distinguer un échec de grossesse (test négatif) d'une fausse couche après un test positif : ces deux situations n'ont pas la même signification ni les mêmes explorations.

Qu'appelle-t-on échec répété d'implantation ?

L'ESHRE a publié en 2023 des recommandations sur l'échec répété d'implantation. Elle le définit comme la situation où le transfert d'embryons considérés comme viables n'a pas abouti à un test de grossesse positif suffisamment souvent, chez une patiente donnée, pour justifier des examens ou des traitements complémentaires. Elle propose un seuil : lorsque les chances cumulées d'implantation attendues pour le nombre de transferts déjà réalisés dépassent 60 % sans succès, des explorations sont discutées.

Cette définition tient compte de l'âge et de la qualité des embryons : il n'y a pas de « nombre magique » d'échecs valable pour tous.

Quels examens refaire après plusieurs échecs ?

Revoir le dossier en consultation dédiée, ou demander l'avis d'une autre équipe, permet de vérifier que rien n'a été oublié. Selon le contexte, peuvent être discutés :

DomaineExamens possiblesCe qu'on peut corriger
Cavité utérineÉchographie 3D, hystérosonographie, hystéroscopiePolype de plus de 10 mm, fibrome déformant la cavité, synéchies
Trompes et pelvisÉchographie, IRM pelvienne, parfois cœlioscopieHydrosalpinx (traité avant une nouvelle FIV), endométriose
Facteur masculinNouveau spermogramme, avis andrologiqueChoix de l'ICSI, traitement d'une cause masculine
Santé généraleThyroïde, glycémie, selon les antécédentsTraitement d'une maladie associée, poids, tabac
GénétiqueCaryotype des deux partenaires si indiquéConseil génétique, diagnostic préimplantatoire

Le protocole de stimulation peut aussi être adapté. En revanche, l'ESHRE (2023) rappelle que de nombreux examens et traitements « complémentaires » proposés en cas d'échec (dits « add-ons » : certains bilans immunologiques, traitements immunitaires, grattage de l'endomètre…) n'ont pas fait la preuve d'un bénéfice sur les naissances et ne doivent pas être prescrits en routine.

Quelles solutions envisager ?

Une nouvelle tentative adaptée

Lorsque l'âge et la réserve ovarienne le permettent et qu'une piste d'amélioration a été trouvée, une nouvelle FIV peut être proposée. Le transfert des embryons congelés restants fait partie de la même tentative et ne nécessite pas de nouvelle stimulation (voir les étapes de la FIV).

Le don de gamètes

Lorsque la qualité ou le nombre des ovocytes est en cause, le don d'ovocytes modifie nettement le pronostic, car les chances dépendent alors surtout de l'âge de la donneuse. Un don de spermatozoïdes peut être proposé en cas de cause masculine sévère. En France, le don est anonyme et gratuit ; depuis la loi de bioéthique de 2021, les personnes nées d'un don peuvent, à leur majorité, accéder à l'identité du donneur si elles le demandent. Les délais d'attente peuvent être longs. Le Dr Kadoch peut vous orienter vers un centre d'assistance médicale à la procréation adapté.

L'accueil d'embryon

Des couples ayant achevé leur projet parental peuvent donner leurs embryons congelés à un couple ou à une femme non mariée. Le consentement à l'accueil de l'embryon est donné au préalable devant notaire.

L'adoption

Pour adopter, il faut d'abord obtenir un agrément délivré par le conseil départemental, après une évaluation sociale et psychologique. L'adoption peut concerner un enfant né en France, pupille de l'État, ou un enfant né à l'étranger ; depuis la loi du 21 février 2022, l'adoption internationale passe obligatoirement par un organisme habilité. Les démarches sont longues et le nombre d'enfants adoptables est limité.

Une grossesse spontanée

Si aucune cause définitive n'a été trouvée (trompes non obstruées, ovulation présente, spermatozoïdes présents), une grossesse spontanée reste possible, même après des échecs de FIV. Cette probabilité est souvent faible et doit être évaluée honnêtement avec le médecin, selon l'âge.

Quand et comment décider d'arrêter la PMA ?

La décision d'arrêter est l'une des plus difficiles du parcours. Elle repose sur plusieurs éléments, à discuter ensemble :

  • l'âge de la femme, principal facteur de pronostic, et les limites d'âge de prise en charge par l'Assurance maladie ;
  • la réponse aux stimulations et la qualité des embryons obtenus ;
  • le nombre de tentatives déjà réalisées et leur résultat ;
  • le vécu du couple : fatigue, souffrance psychologique, impact sur la vie professionnelle, sociale et intime.

Arrêter n'est pas un échec personnel. Certains couples choisissent une autre voie (don, adoption), d'autres construisent une vie sans enfant. Une pause de quelques mois peut aussi aider à prendre du recul avant de décider.

Où trouver du soutien ?

Les échecs répétés exposent à l'anxiété, à la tristesse, parfois à la dépression, et peuvent fragiliser le couple. N'hésitez pas à demander un accompagnement psychologique, proposé dans la plupart des centres d'AMP. Les associations de patients permettent aussi d'échanger avec des couples qui vivent la même situation.

Si vous traversez une détresse importante ou avez des idées noires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24.

Questions fréquentes

Combien de FIV sont remboursées en France ?

L'Assurance maladie prend en charge un nombre limité de tentatives de FIV, sous condition d'âge de la femme. Le transfert des embryons congelés issus d'une même ponction fait partie de la même tentative ; votre centre vous précisera votre situation.

Un bilan immunologique est-il utile après plusieurs échecs ?

Les recommandations de l'ESHRE ne le conseillent pas en routine, car les traitements immunologiques n'ont pas montré qu'ils augmentaient les naissances. Il peut se discuter dans des situations particulières, avec l'équipe.

Changer de centre augmente-t-il les chances ?

Pas systématiquement, mais un second avis peut repérer un élément non exploré ou proposer un protocole différent. C'est une démarche légitime et fréquente.

L'endométriose explique-t-elle les échecs de FIV ?

Elle peut réduire la réserve ovarienne et, selon sa forme, gêner l'implantation. Sa prise en charge, parfois chirurgicale, se discute au cas par cas avant une nouvelle tentative.

Peut-on recourir au don d'ovocytes à l'étranger ?

Certains couples le font, avec des règles juridiques et des conditions différentes de la France. Il est conseillé d'en parler avec votre gynécologue avant toute démarche, pour le suivi médical de la grossesse et la prise en charge.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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