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Accouchement et post-partum

Allaitement maternel : bienfaits, complications et prise en charge

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'allaitement maternel protège le bébé contre de nombreuses infections et diminue chez la mère le risque de cancer du sein. Le CNGOF recommande un allaitement exclusif d'au moins 4 à 6 mois quand il est souhaité. Les difficultés les plus fréquentes (crevasses, engorgement, mastite) se traitent le plus souvent sans arrêter d'allaiter, et le choix de ne pas allaiter doit être respecté.

Quels sont les bienfaits de l'allaitement maternel ?

Le lait maternel s'adapte aux besoins du bébé au fil des semaines et des tétées. Il apporte des anticorps et d'autres facteurs de défense que le lait infantile ne contient pas. Ce sujet fait partie de la préparation à la naissance présentée sur la page Accouchement à Paris.

Les recommandations du CNGOF sur le post-partum (2015) et une grande synthèse publiée dans The Lancet en 2016 décrivent les bénéfices suivants :

Pour quiBénéfices démontrés
Le bébéMoins d'infections digestives, respiratoires et d'otites ; moindre risque de surpoids dans l'enfance ; scores d'intelligence un peu plus élevés.
La mèreMoindre risque de cancer du sein ; naissances plus espacées ; protection possible contre le cancer de l'ovaire et le diabète de type 2.

Le CNGOF recommande un allaitement exclusif et prolongé, d'au moins 4 à 6 mois, pour les femmes qui le souhaitent. Tout allaitement, même court ou partiel, garde un intérêt.

Comment bien démarrer l'allaitement à la maternité ?

Allaitement en position assise — Assise, le dos soutenu, la mère installe le nouveau-né sur un coussin d'allaitement, ventre contre ventre, bouche face au mamelon.
Post-partumAllaitement en position assiseAssise, le dos soutenu, la mère installe le nouveau-né sur un coussin d'allaitement, ventre contre ventre, bouche face au mamelon.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch
Allaitement en position allongée — Allongée sur le côté, la mère et l'enfant se font face : position reposante, utile après une césarienne ou la nuit.
Post-partumAllaitement en position allongéeAllongée sur le côté, la mère et l'enfant se font face : position reposante, utile après une césarienne ou la nuit.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

En l'absence de contre-indication, la première tétée est proposée dans l'heure qui suit la naissance, lors du peau à peau. L'allaitement se fait ensuite à la demande, c'est-à-dire chaque fois que le bébé montre des signes d'éveil : il tourne la tête, ouvre la bouche, porte ses mains à la bouche. Il n'est pas nécessaire d'attendre qu'il pleure.

Les premiers jours, le sein produit le colostrum, un lait épais, jaune et très riche, en petite quantité. La montée de lait survient en général entre le 2e et le 4e jour. Les seins deviennent alors plus lourds et plus tendus. Une légère élévation de température peut l'accompagner, mais une vraie fièvre doit faire rechercher une autre cause.

Les points clés d'une bonne mise au sein

  • le bébé est face à vous, ventre contre ventre, la tête dans l'axe du corps ;
  • sa bouche est grande ouverte et prend une large partie de l'aréole, pas seulement le mamelon ;
  • son menton touche le sein et ses lèvres sont retroussées ;
  • vous êtes installée confortablement, le dos et les bras soutenus.

Les sages-femmes et les auxiliaires de puériculture de la maternité vous accompagnent pour les premières tétées. En cas de difficulté, la maternité peut vous orienter vers un professionnel de l'allaitement.

Quelles complications peuvent survenir chez la mère ?

La plupart des difficultés de l'allaitement viennent d'un problème de position ou de drainage du sein. Elles se corrigent souvent en quelques jours.

Crevasses

Ce sont des fissures douloureuses du mamelon, presque toujours liées à une mauvaise prise du sein. La priorité est de corriger la position du bébé.

Engorgement

Les seins sont durs, tendus et douloureux, souvent au moment de la montée de lait. Les tétées fréquentes et efficaces sont le traitement principal. Vous pouvez aussi exprimer un peu de lait pour assouplir l'aréole avant la tétée, et appliquer du froid entre les tétées pour soulager.

Mastite (anciennement « lymphangite »)

Une zone du sein devient rouge, chaude et douloureuse, souvent avec de la fièvre et des courbatures. Les recommandations de l'Academy of Breastfeeding Medicine (2022) décrivent ces atteintes comme un spectre allant de la simple inflammation à l'infection. La mastite se traite d'abord par la poursuite de l'allaitement ou du drainage du sein (tétées, tire-lait si besoin), sans chercher à « vider » le sein de façon excessive, par le paracétamol et éventuellement l'ibuprofène, compatible avec l'allaitement, et par le froid local. Un antibiotique est prescrit en l'absence d'amélioration après 24 à 48 heures, ou d'emblée si les symptômes durent depuis plus de 48 heures, si l'état général est nettement altéré ou si une crevasse est infectée. N'arrêtez pas brutalement l'allaitement : cela augmente le risque d'abcès.

Abcès du sein

C'est une collection de pus dans le sein, complication rare d'une mastite. Il se manifeste par une boule douloureuse persistante. Le diagnostic est confirmé par échographie, et le traitement repose sur une ponction ou un drainage associé à des antibiotiques. L'allaitement peut souvent être poursuivi sur l'autre sein.

Pour un tableau détaillé de ces douleurs, consultez l'article douleur du sein pendant l'allaitement.

Quelles précautions pour le bébé allaité ?

  • Vitamines : une supplémentation en vitamine K et en vitamine D est prescrite aux nourrissons allaités, selon les recommandations pédiatriques en vigueur. Votre pédiatre ou la maternité vous indiquera le schéma.
  • Ictère (jaunisse) : il est fréquent dans les premiers jours et plus souvent prolongé chez le bébé allaité. Il est surveillé à la maternité et ne justifie qu'exceptionnellement l'arrêt de l'allaitement.
  • Médicaments : la plupart sont compatibles avec l'allaitement, mais pas tous. Avant toute prise, y compris en automédication ou pour un produit à base de plantes, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
  • Alcool et tabac : l'alcool passe dans le lait et doit être évité. Le tabac est déconseillé ; si vous fumez, mieux vaut allaiter que donner du lait infantile, et un accompagnement à l'arrêt peut vous être proposé.

De rares situations contre-indiquent l'allaitement, comme certaines infections maternelles ou certains traitements. Elles sont discutées pendant la grossesse.

Et si vous ne souhaitez pas allaiter ?

Ce choix vous appartient et doit être respecté. Signalez-le à l'équipe dès votre arrivée en salle de naissance, pour que le bébé reçoive du lait infantile dès la première tétée.

Le CNGOF indique que les médicaments destinés à bloquer la montée de lait ne doivent pas être prescrits de façon systématique. La bromocriptine est contre-indiquée en raison d'effets indésirables graves. Si vous souhaitez malgré tout un traitement après information, la cabergoline ou le lisuride peuvent être utilisés. Sans médicament, la montée de lait cède en quelques jours : soutien-gorge bien ajusté, froid local, antalgiques, et éviter de stimuler les seins.

Quand consulter rapidement ?

Prenez contact avec votre sage-femme, votre médecin ou la maternité dans les 24 heures si :

  • vous avez une fièvre à 38,5 °C ou plus, des frissons ou des courbatures ;
  • une zone du sein est rouge, chaude et douloureuse, et ne s'améliore pas en 24 heures ;
  • vous sentez une boule douloureuse qui persiste ;
  • les crevasses saignent, s'infectent ou ne cicatrisent pas ;
  • votre bébé mouille peu ses couches, semble somnolent ou prend mal du poids.

En cas de malaise, de forte fièvre avec altération de l'état général, ou si votre bébé est très somnolent ou difficile à réveiller, rendez-vous aux urgences ou appelez le 15. Si vous traversez une période de tristesse, d'épuisement ou d'anxiété importante, parlez-en ; le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond 24 h sur 24 en cas de détresse psychique.

Questions fréquentes

Peut-on allaiter après une césarienne ?

Oui. La mise au sein peut débuter dès la salle de réveil si votre état le permet, et les antalgiques donnés après une césarienne sont compatibles avec l'allaitement.

Faut-il arrêter d'allaiter en cas de mastite ?

Non. Poursuivre l'allaitement fait partie du traitement et le lait reste sans danger pour le bébé ; un arrêt brutal augmente au contraire le risque d'abcès. Un antibiotique compatible est prescrit si nécessaire.

La taille des seins influence-t-elle la production de lait ?

Non. La production dépend surtout de la fréquence et de l'efficacité des tétées, pas du volume des seins.

L'allaitement est-il une contraception ?

Seulement dans des conditions strictes : allaitement exclusif jour et nuit, bébé de moins de 6 mois et absence de retour des règles. Parlez de contraception à la maternité ou lors de la consultation postnatale.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.