Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Ménopause

Incontinence urinaire d'effort après la ménopause : causes et solutions

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Les fuites urinaires à l'effort après la ménopause (incontinence urinaire d'effort) surviennent lors de la toux, du rire, du sport ou du port de charges ; elles deviennent plus fréquentes avec l'âge. La rééducation du périnée est le premier traitement : selon une revue Cochrane de 2018, 74 % des femmes qui la suivent se disent guéries ou améliorées, contre 11 % sans traitement. En cas d'échec, une bandelette sous-urétrale peut être proposée, après un bilan et une information complète sur ses risques.

Qu'est-ce que l'incontinence urinaire d'effort ?

L'incontinence urinaire d'effort (IUE) est une fuite d'urine involontaire au moment d'un effort qui augmente la pression dans le ventre : tousser, éternuer, rire, courir, sauter, porter une charge, monter un escalier. Elle est due à un défaut de fermeture de l'urètre (le canal qui évacue l'urine) et à un soutien insuffisant de celui-ci par le plancher pelvien.

Elle se distingue de l'incontinence par urgenturie, liée à une vessie hyperactive : envie soudaine et pressante, avec fuite avant d'atteindre les toilettes. Les deux formes s'associent souvent après la ménopause (incontinence mixte), et leurs traitements diffèrent. Ces fuites ne sont pas une fatalité liée à l'âge : elles se traitent.

Pourquoi les fuites urinaires augmentent-elles après la ménopause ?

Plusieurs facteurs s'additionnent au fil des années :

  • Accouchements, surtout par voie basse avec gros bébé ou extraction instrumentale : ils peuvent distendre les muscles et les ligaments du périnée (voir fuites urinaires après l'accouchement).
  • Carence en œstrogènes : la muqueuse de l'urètre et du vagin s'amincit, les tissus de soutien perdent en tonicité.
  • Vieillissement musculaire du plancher pelvien.
  • Hyperpression abdominale chronique : surpoids, constipation avec efforts de poussée, toux chronique (tabac, bronchite chronique), port répété de charges lourdes, sports à impact.
  • Antécédents chirurgicaux pelviens.

Une descente d'organes (prolapsus) peut s'y associer et doit être recherchée, car elle modifie le choix du traitement.

Quel bilan avant de traiter ?

Débitmétrie — La patiente urine sur une chaise percée reliée à un capteur : la courbe de débit évalue la qualité de la vidange vésicale.
Pelvi-périnéologieDébitmétrieLa patiente urine sur une chaise percée reliée à un capteur : la courbe de débit évalue la qualité de la vidange vésicale.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch
  • Interrogatoire : circonstances des fuites, fréquence, gêne ressentie, envies pressantes, nombre de protections, accouchements, chirurgies, médicaments.
  • Calendrier mictionnel sur trois jours : heures et volumes des mictions, fuites et leurs circonstances, boissons.
  • Examen gynécologique et périnéal : test à la toux vessie pleine, évaluation de la force des muscles, recherche d'un prolapsus et d'une sécheresse vaginale.
  • Analyse d'urine (bandelette, éventuellement ECBU) pour écarter une infection ou du sang dans les urines.
  • Mesure du résidu d'urine après miction, par échographie, si besoin.
  • Bilan urodynamique : utile avant une chirurgie, en cas d'incontinence mixte, d'échec d'un traitement antérieur ou de troubles de la vidange.
  • Cystoscopie seulement dans des situations particulières (sang dans les urines, antécédent de chirurgie, suspicion de lésion de vessie).

Quels traitements sans chirurgie ?

La rééducation périnéale, toujours en premier

La rééducation des muscles du plancher pelvien, menée par un kinésithérapeute ou une sage-femme formés, est le traitement de première intention. Selon la revue Cochrane de 2018, les femmes atteintes d'IUE qui suivent cette rééducation déclarent une guérison plus souvent que celles sans traitement (56 % contre 6 % en fin de traitement), et 74 % se disent guéries ou améliorées (contre 11 %). Le résultat dépend de la régularité des exercices à domicile, à poursuivre dans la durée.

Les mesures d'hygiène de vie

  • Perte de poids en cas de surpoids.
  • Traitement de la constipation et de la toux chronique ; arrêt du tabac.
  • Apprendre à contracter le périnée avant un effort (toux, port de charge).
  • Boire normalement, sans restreindre ni forcer les apports.

Les œstrogènes vaginaux

Après la ménopause, les œstrogènes appliqués dans le vagin peuvent améliorer les symptômes, selon les recommandations françaises de l'Association française d'urologie (2025). Ils traitent aussi la sécheresse vaginale souvent associée.

Les médicaments de la vessie hyperactive

Ils agissent sur les envies pressantes et l'incontinence par urgenturie, pas sur les fuites d'effort pures. Leur prescription tient compte des effets indésirables (bouche sèche, constipation, effets sur la mémoire chez les personnes âgées pour certains d'entre eux).

Les dispositifs vaginaux

Un pessaire ou un dispositif intravaginal spécifique peut soutenir l'urètre pendant le sport, par exemple.

Quand et comment opérer une incontinence urinaire d'effort ?

Bandelette transobturatrice : repères — Repère cutané horizontal au niveau du clitoris pour les points d'entrée de la bandelette transobturatrice (TOT).
Pelvi-périnéologieBandelette transobturatrice : repèresRepère cutané horizontal au niveau du clitoris pour les points d'entrée de la bandelette transobturatrice (TOT).Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

La chirurgie se discute quand les fuites restent gênantes malgré une rééducation bien conduite. L'intervention la plus étudiée est la bandelette sous-urétrale : une fine bande synthétique est placée sous l'urètre par une petite incision vaginale, pour le soutenir à l'effort. Elle passe soit derrière le pubis (voie rétropubienne, type TVT), soit par les plis de l'aine (voie transobturatrice, type TOT). Les détails figurent dans notre article sur la chirurgie de l'incontinence urinaire d'effort.

CritèreVoie rétropubienne (TVT)Voie transobturatrice (TOT)
Guérison ressentie à 1 an71 à 97 % selon les essais62 à 98 % selon les essais
Guérison ressentie au-delà de 5 ans51 à 88 %43 à 92 %
Perforation de vessie4,5 %0,6 %
Douleurs de l'aine1,3 %6,4 %
Exposition de la bandelette dans le vaginenviron 2 %environ 2 %

Source : revue Cochrane 2017 (81 essais, plus de 12 000 femmes). D'autres complications existent : difficultés à vider la vessie, envies pressantes nouvelles, douleurs chroniques, rares mais parfois difficiles à traiter. En France, la pose de bandelettes est encadrée par un arrêté du 23 octobre 2020 : décision prise en concertation pluridisciplinaire, remise d'une fiche d'information et délai de réflexion. À titre indicatif : ambulatoire ou une nuit d'hospitalisation ; arrêt de travail de 1 à 2 semaines ; ni sport ni port de charges pendant 6 semaines, rapports et bains après environ 4 semaines.

D'autres options existent selon les situations : injections de produits de comblement autour de l'urètre, ballons péri-urétraux, sphincter artificiel en cas d'échecs répétés.

Comment vivre au quotidien avec des fuites urinaires ?

En attendant l'effet du traitement, quelques mesures limitent la gêne :

  • préférer des protections conçues pour les urines plutôt que des serviettes hygiéniques, moins absorbantes et plus irritantes ;
  • protéger la peau de la vulve par une toilette douce et, si besoin, une crème barrière ;
  • aller uriner avant une activité physique, sans multiplier les mictions « par précaution », qui réduisent la capacité de la vessie ;
  • choisir des activités à faible impact (natation, vélo, marche) pendant la rééducation, puis reprendre progressivement les sports à impact.

Le suivi permet de juger de l'amélioration sur le calendrier mictionnel et sur la gêne ressentie, puis d'adapter la stratégie si les fuites persistent après plusieurs mois de rééducation.

Quand consulter rapidement ?

Prenez rapidement rendez-vous si les fuites s'accompagnent de :

  • sang dans les urines ;
  • brûlures en urinant, urines troubles ou malodorantes ;
  • sensation de boule dans le vagin ;
  • difficultés à uriner, jet faible, impression de vessie jamais vide ;
  • apparition brutale de fuites avec faiblesse ou engourdissement des jambes ou troubles de la sensibilité du périnée.

Appelez le 15 ou le 112 en cas d'impossibilité totale d'uriner avec douleur du bas-ventre, de fièvre élevée avec douleurs dans le dos, ou de perte brutale de la sensibilité ou de la force des jambes.

Questions fréquentes

La rééducation du périnée est-elle encore utile après 60 ans ?

Oui. Les muscles du plancher pelvien se renforcent à tout âge. Les résultats dépendent surtout de la régularité des exercices, à poursuivre à domicile après les séances.

Faut-il boire moins pour limiter les fuites ?

Non. Restreindre les boissons concentre les urines, irrite la vessie et favorise les infections et la constipation. Il vaut mieux répartir les apports dans la journée et limiter le soir si vous vous levez la nuit.

Les bandelettes sous-urétrales sont-elles interdites ?

Non. Elles ont été retirées dans certains pays pour le prolapsus, mais restent un traitement reconnu de l'incontinence d'effort. En France, leur pose est encadrée depuis 2020 : fiche d'information, délai de réflexion et décision pluridisciplinaire.

Pourquoi ai-je des fuites urinaires quand je tousse ?

La toux augmente brusquement la pression dans le ventre. Si l'urètre est mal soutenu par le plancher pelvien, il ne se ferme pas assez et l'urine s'échappe : c'est l'incontinence urinaire d'effort. Elle se traite d'abord par la rééducation du périnée.

Quelles sont les suites d'une bandelette sous-urétrale ?

À titre indicatif : ambulatoire ou une nuit d'hospitalisation, arrêt de travail de 1 à 2 semaines, ni sport ni port de charges pendant 6 semaines, rapports et bains après environ 4 semaines. Les consignes sont adaptées en consultation ; les honoraires font l'objet d'un devis préalable.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.