Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Ménopause

Bouffées de chaleur : que faire si l'on craint les hormones ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Le traitement hormonal reste le plus efficace contre les bouffées de chaleur (symptômes vasomoteurs) ; avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant la ménopause, sans contre-indication, son rapport bénéfice-risque est favorable. Il mérite donc d'être discuté avant d'être écarté. Si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas en prendre, plusieurs options ont prouvé leur efficacité : certains antidépresseurs à faible dose, la gabapentine, le fézolinétant, l'hypnose et les thérapies cognitivo-comportementales. La bêta-alanine, la plupart des plantes et l'homéopathie n'ont pas fait mieux qu'un placebo.

Pourquoi a-t-on des bouffées de chaleur à la ménopause ?

La baisse des œstrogènes dérègle le centre de la thermorégulation situé dans le cerveau (hypothalamus). Celui-ci réagit à de petites variations de température comme à une surchauffe : les vaisseaux de la peau se dilatent, le visage et le haut du corps rougissent, une sueur apparaît, parfois suivie de frissons. La nuit, ces épisodes provoquent des sueurs nocturnes et des réveils.

Les bouffées de chaleur sont le symptôme le plus fréquent de la ménopause. Elles durent souvent plusieurs années. Leur intensité varie beaucoup d'une femme à l'autre : certaines ne sont pas gênées, d'autres voient leur sommeil, leur travail et leur humeur fortement perturbés.

Elles peuvent aussi être provoquées par un traitement anti-hormonal après un cancer du sein. Ce contexte particulier, qui exclut les hormones, est suivi en lien avec l'équipe de cancérologie gynécologique.

Faut-il vraiment avoir peur du traitement hormonal ?

Les craintes viennent largement d'études américaines du début des années 2000, qui utilisaient des hormones différentes de celles prescrites en France, chez des femmes souvent plus âgées. Aujourd'hui, les sociétés savantes s'accordent sur plusieurs points :

  • le traitement hormonal est le traitement le plus efficace des bouffées de chaleur ;
  • chez une femme de moins de 60 ans ou ménopausée depuis moins de 10 ans, sans contre-indication, son rapport bénéfice-risque est favorable pour traiter des symptômes gênants ;
  • les risques varient selon le type d'hormone, la dose, la durée et la voie d'administration ; l'estradiol par voie cutanée (gel, patch) est associé à un risque de phlébite plus faible que la voie orale ;
  • le risque de cancer du sein existe ; il dépend notamment du progestatif associé et de la durée du traitement.

Le traitement hormonal reste en revanche contre-indiqué après un cancer du sein et dans certaines maladies cardiovasculaires. Tous les détails sont dans notre article traitement hormonal de la ménopause : est-ce vraiment nécessaire ?. Si, après information, vous préférez éviter les hormones, ce choix est légitime et d'autres solutions existent.

Quels traitements non hormonaux ont fait leurs preuves ?

Les recommandations françaises (CNGOF et GEMVi, 2021) et nord-américaines (NAMS, 2023) se fondent sur des essais contre placebo. Voici ce qu'elles retiennent :

OptionEfficacité sur les bouffées de chaleurPoints d'attention
Traitement hormonalLa plus élevéeContre-indications à vérifier ; suivi annuel
Antidépresseurs à faible dose (paroxétine, citalopram, escitalopram, venlafaxine, desvenlafaxine)Prouvée contre placebo, inférieure au THSNausées, troubles du sommeil ; sous tamoxifène, la paroxétine et la fluoxétine sont à éviter (interaction)
Gabapentine, prégabalineProuvée pour la gabapentine ; prégabaline efficace selon le CNGOF mais non recommandée par la NAMSSomnolence, vertiges ; intéressante pour les sueurs nocturnes
FézolinétantProuvée (recommandé par la NAMS, niveau I)Agit sur le centre de la thermorégulation ; délivré sur ordonnance ; bilan hépatique avant et pendant le traitement ; non remboursé en France (fiche Veoza, base de données publique des médicaments)
OxybutynineRetenue par la NAMSBouche sèche ; prudence chez la femme âgée (effets sur la mémoire)
ClonidineEffet modeste selon le CNGOF ; non recommandée par la NAMSFatigue, baisse de tension
Hypnose clinique, thérapie cognitivo-comportementaleBénéfice démontré sur la fréquence ou la gêneSans médicament ; nécessite plusieurs séances
Perte de poidsPossible amélioration en cas de surpoidsBénéfices généraux pour la santé

Les antidépresseurs et la gabapentine sont utilisés ici hors de leur indication principale, sans lien avec une dépression ou une épilepsie. Le choix se fait en consultation, selon vos antécédents et vos autres traitements.

Quelles solutions n'ont pas montré d'efficacité ?

Plusieurs produits très utilisés n'ont pas fait mieux qu'un placebo dans les essais. Les recommandations françaises citent notamment :

  • la bêta-alanine (par exemple Abufène) ;
  • l'homéopathie ;
  • la vitamine E, les oméga-3, l'huile d'onagre ;
  • la plupart des plantes et phytoestrogènes : trèfle rouge, actée à grappes noires (cimicifuga), etc. La NAMS ne recommande pas non plus les compléments alimentaires, le soja ni les extraits de soja.

Certains phytoestrogènes comme la génistéine pourraient réduire un peu la fréquence des bouffées, mais leur composition varie selon les produits. Surtout, tous les phytoestrogènes sont contre-indiqués après un cancer du sein. « Naturel » ne veut pas dire sans risque : certaines plantes ont des effets sur le foie ou interagissent avec des médicaments. Signalez toujours à votre médecin les compléments que vous prenez.

Quels gestes au quotidien peuvent aider ?

Ces mesures n'ont pas démontré d'effet propre sur la fréquence des bouffées de chaleur, mais elles améliorent le confort et la santé globale :

  • s'habiller en couches que l'on retire facilement, privilégier les fibres naturelles ;
  • garder une chambre fraîche, un ventilateur à portée de main ;
  • repérer ses déclencheurs personnels : boissons chaudes, alcool, plats épicés, chaleur, stress ;
  • limiter l'alcool, qui accentue les bouffées chez certaines femmes et augmente le risque de cancer du sein ;
  • arrêter le tabac ;
  • pratiquer une activité physique régulière, bénéfique pour le sommeil, l'humeur, le cœur et les os, même si elle ne réduit pas directement les bouffées.

Et après un cancer du sein ?

Les bouffées de chaleur sont souvent plus intenses après un cancer du sein, en particulier sous tamoxifène ou inhibiteur de l'aromatase. Les hormones et les phytoestrogènes sont contre-indiqués. Les options non hormonales prouvées (antidépresseurs compatibles, gabapentine, hypnose, thérapies cognitivo-comportementales) sont alors à privilégier. Sous tamoxifène, certains antidépresseurs qui en diminuent l'efficacité (paroxétine, fluoxétine) doivent être évités. La décision se prend avec votre oncologue ; voir aussi notre article sur le suivi après un cancer du sein.

Comment se déroule la consultation pour des bouffées de chaleur ?

La consultation sert à mesurer la gêne réelle et à choisir un traitement adapté à votre situation, pas à imposer des hormones. Le médecin fait le point sur :

  • la fréquence et l'intensité des bouffées, les réveils nocturnes, la fatigue, l'humeur, les douleurs articulaires, la sécheresse vaginale ;
  • vos antécédents personnels et familiaux : cancer du sein ou de l'endomètre, phlébite ou embolie pulmonaire, maladie cardiovasculaire, migraine ;
  • vos traitements en cours et les compléments que vous prenez ;
  • vos craintes et vos préférences.

Tenir un relevé des bouffées pendant une à deux semaines (nombre par jour, réveils la nuit) aide à décider et à juger ensuite de l'effet du traitement. Un traitement non hormonal est habituellement réévalué après quelques semaines ; s'il est insuffisant, une autre option peut être essayée.

Quand consulter ?

Consultez si les bouffées de chaleur perturbent votre sommeil, votre travail ou votre humeur : un traitement efficace existe dans la plupart des cas. Consultez aussi si elles surviennent dans un contexte inhabituel, car d'autres causes sont possibles : maladie de la thyroïde, médicaments, infection, plus rarement autre maladie hormonale. Des sueurs nocturnes avec fièvre, amaigrissement inexpliqué ou fatigue intense doivent faire consulter rapidement. Une douleur thoracique, des palpitations avec malaise ou un essoufflement brutal justifient d'appeler le 15 ou le 112.

Questions fréquentes

L'Abufène est-il efficace contre les bouffées de chaleur ?

La bêta-alanine (Abufène) est bien tolérée, mais les recommandations françaises la classent parmi les traitements qui n'ont pas montré d'efficacité supérieure au placebo sur les bouffées de chaleur.

Combien de temps durent les bouffées de chaleur ?

Elles durent souvent plusieurs années et peuvent persister plus longtemps chez certaines femmes. Leur durée est imprévisible, d'où l'intérêt d'un traitement si elles sont gênantes.

La sauge ou le soja peuvent-ils remplacer les hormones ?

Non. Les plantes et les compléments à base de soja n'ont pas démontré d'efficacité suffisante dans les essais contrôlés et ne sont pas recommandés. Les phytoestrogènes sont contre-indiqués après un cancer du sein.

Peut-on associer plusieurs traitements non hormonaux ?

C'est possible, par exemple une thérapie cognitivo-comportementale ou l'hypnose avec un médicament. L'association de plusieurs médicaments doit être validée par le médecin en raison des interactions.

Quel est le traitement le plus efficace contre les bouffées de chaleur ?

Le traitement hormonal de la ménopause. Lorsqu'il est contre-indiqué ou non souhaité, les options non hormonales qui ont fait leurs preuves contre placebo sont certains antidépresseurs à faible dose, la gabapentine, le fézolinétant, l'hypnose clinique et la thérapie cognitivo-comportementale.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.