Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Chirurgie et examens

Aspiration-curetage utérin : déroulement, suites et risques

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'aspiration utérine (aspiration endo-utérine), souvent appelée curetage, consiste à vider le contenu de l'utérus par les voies naturelles à l'aide d'une fine canule, le plus souvent après une fausse couche du premier trimestre. C'est un geste court, réalisé en ambulatoire, sous anesthésie générale ou locale. Il fait partie des options recommandées, avec le traitement par médicament et, dans certains cas, l'attente d'une expulsion naturelle.

Qu'est-ce qu'une aspiration utérine (aspiration-curetage) ?

L'aspiration endo-utérine permet d'évacuer le contenu de l'utérus en passant par le vagin et le col, sans incision. Une canule fine, reliée à un système d'aspiration, est introduite dans l'utérus après une légère dilatation du col. Le terme « curetage » est souvent employé dans le langage courant ; en pratique, l'aspiration a remplacé le curetage à la curette, qui n'est plus utilisé qu'en complément, si nécessaire.

Ce geste fait partie des interventions présentées sur la page Chirurgie gynécologique. Il est réalisé en établissement de santé, dans des conditions d'asepsie stricte.

Vivre une fausse couche est souvent une épreuve. Ce que vous ressentez est légitime ; n'hésitez pas à en parler à l'équipe, qui peut vous orienter vers un accompagnement si vous le souhaitez.

Dans quels cas est-elle proposée ?

Les principales indications au premier trimestre sont :

  • la grossesse arrêtée : œuf sans embryon ou embryon sans activité cardiaque ;
  • la fausse couche incomplète, lorsque des tissus restent dans l'utérus ;
  • l'interruption volontaire de grossesse par méthode instrumentale (voir l'article IVG : procédures et méthodes) ;
  • plus rarement, des débris persistants après un accouchement ou une fausse couche, ou une grossesse molaire.

Le diagnostic de grossesse arrêtée suit des critères échographiques précis ; les recommandations françaises prévoient, en cas de doute, une échographie de contrôle à 7 ou 14 jours avant de conclure. Pour en savoir plus : fausses couches et pertes de grossesse.

Quelles sont les alternatives à l'aspiration ?

OptionPrincipePour qui
Attente (expectative)Laisser l'expulsion se faire naturellement, avec surveillanceFausse couche incomplète, en l'absence de saignement abondant ou d'infection
Traitement médicamenteuxMédicament (misoprostol) qui provoque la contraction de l'utérus et l'expulsionGrossesse arrêtée, selon le terme et votre préférence
AspirationÉvacuation instrumentale en ambulatoireGrossesse arrêtée ou fausse couche incomplète ; saignements importants ; préférence pour un geste rapide

Les recommandations françaises du CNGOF placent l'aspiration et le misoprostol parmi les traitements recommandés de la grossesse arrêtée, et l'aspiration ou l'attente pour la fausse couche incomplète. Le choix se fait avec vous, selon votre situation médicale, vos saignements, vos préférences et votre organisation.

Comment se préparer à l'intervention ?

  • Consultation préalable : confirmation du diagnostic et de la localisation de la grossesse dans l'utérus par échographie (une grossesse extra-utérine relève d'une autre prise en charge), information sur la technique, l'anesthésie, les risques et la surveillance.
  • Consultation d'anesthésie si une anesthésie générale ou locorégionale est prévue.
  • Groupe sanguin et Rhésus : il est vérifié. Avant 12 SA, en cas de fausse couche, de grossesse arrêtée ou d'IVG, le CNGOF recommande depuis 2024 de ne pas injecter d'immunoglobulines anti-D (recommandation faible, niveau de preuve très faible). Certaines équipes appliquent encore l'injection systématique après une IVG, conformément à la fiche HAS de 2021 ; votre médecin vous indiquera la conduite retenue (voir IVG). À partir de 12 SA, l'injection est faite dans les 72 heures chez les femmes Rhésus négatif.
  • Préparation du col : un médicament peut être prescrit quelques heures avant pour assouplir le col.
  • Jeûne selon les consignes de l'anesthésiste ; prévoir un accompagnant pour le retour.
  • Organisation : l’intervention a lieu en ambulatoire à l'Hôpital privé Geoffroy Saint-Hilaire (Paris 5e), la Clinique de la Muette (Paris 16e) ou la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine) ; les modalités d’admission et la durée de présence vous sont précisées lors de la consultation.

Comment se déroule l'aspiration ?

  1. Anesthésie : générale, ou locale au niveau du col, ou locorégionale, selon le contexte et votre souhait.
  2. Dilatation du col progressive à l'aide de bougies fines, facilitée par la préparation médicamenteuse.
  3. Aspiration du contenu de l'utérus avec une canule adaptée au terme de la grossesse.
  4. Vérification que l'utérus est vide, parfois complétée par un contrôle échographique ou un passage doux de curette.

Le geste lui-même dure quelques minutes. Les tissus sont adressés au laboratoire pour analyse, ce qui permet notamment d'écarter une grossesse molaire. Vous rentrez en général chez vous le jour même.

Quelles sont les suites et les risques ?

Les suites habituelles

  • des saignements modérés, comparables à des règles, pendant quelques jours ;
  • des douleurs de type règles, soulagées par des antalgiques simples ;
  • une reprise rapide des activités quotidiennes ; arrêt de travail : en général quelques jours, à titre indicatif jusqu'à 7 à 10 jours selon l'activité ;
  • une consultation de contrôle environ 2 à 3 semaines après, pour vérifier l'arrêt des saignements et l'absence d'infection, avec une échographie si besoin ;
  • le retour des règles en général dans les semaines qui suivent. La contraception, si vous le souhaitez, peut débuter immédiatement.

À la maison, les premiers jours

  • Utilisez des serviettes plutôt que des tampons tant que les saignements persistent ; les douches sont possibles, les bains sont à éviter quelques jours.
  • Prenez les antalgiques prescrits et reposez-vous selon votre fatigue ; il n'y a pas de restriction particulière de l'activité au-delà de ce que vous ressentez.
  • Notez l'évolution des saignements : ils doivent diminuer progressivement.
  • Si une analyse des tissus a été faite, son résultat vous sera communiqué à la consultation de contrôle.

Si vous souhaitez une nouvelle grossesse, les recommandations françaises indiquent qu'il n'est pas nécessaire de différer la conception après une fausse couche précoce.

Les risques documentés

  • Immédiats : liés à l'anesthésie ; malaise vagal ; lésion du col ; perforation de l'utérus, rare, qui peut nécessiter une surveillance ou une cœlioscopie.
  • Précoces : saignements abondants ou prolongés ; rétention de débris nécessitant parfois un nouveau geste ; infection de l'utérus ou des trompes ; plus rarement, phlébite.
  • Tardifs : synéchies, c'est-à-dire des adhérences dans l'utérus, qui peuvent entraîner des règles très peu abondantes ou des difficultés à concevoir. Une méta-analyse a retrouvé des adhérences, le plus souvent légères, chez environ une femme sur cinq examinée par hystéroscopie après une fausse couche, avec un risque plus élevé après des curetages répétés. En cas de règles nettement diminuées ou absentes ensuite, une hystéroscopie permet de les rechercher et de les traiter.
  • Retentissement psychologique : tristesse, culpabilité, anxiété sont fréquentes après une perte de grossesse. Un accompagnement peut être proposé.

Quand consulter en urgence ?

Contactez sans attendre le service où vous avez été prise en charge, ou les urgences gynécologiques, en cas de :

  • saignements très abondants, qui imbibent plusieurs protections en peu de temps, ou avec de gros caillots ;
  • douleurs fortes qui persistent ou augmentent malgré les antalgiques ;
  • fièvre au-delà de 38 °C, frissons ;
  • pertes malodorantes ;
  • malaise, vertiges, essoufflement.

En cas de malaise ou de saignement massif, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Pour toute question sur l'IVG, la contraception ou la sexualité : numéro vert national 0 800 08 11 11 (anonyme et gratuit). En cas de détresse psychique, le 3114 répond 24 h/24.

Questions fréquentes

L'aspiration-curetage empêche-t-elle d'avoir des enfants ?

Non, dans la grande majorité des cas. Le risque principal pour la fertilité est la formation d'adhérences dans l'utérus, surtout après des gestes répétés ; elles se recherchent et se traitent par hystéroscopie si les règles diminuent nettement.

Quand peut-on reprendre les rapports sexuels ?

Il est généralement conseillé d'attendre la fin des saignements pour limiter le risque d'infection. Votre médecin vous précisera le délai adapté à votre situation.

Quand les règles reviennent-elles ?

Elles reviennent habituellement dans les quatre à six semaines. Des règles absentes ou beaucoup moins abondantes qu'avant doivent être signalées.

Faut-il attendre avant une nouvelle grossesse ?

Les recommandations françaises indiquent qu'il n'est pas nécessaire de différer une nouvelle grossesse après une fausse couche précoce. Il est toutefois important de vous sentir prête sur le plan émotionnel.

Je suis Rhésus négatif : faut-il une injection ?

Avant 12 SA, le CNGOF recommande depuis 2024 de ne pas injecter d'anti-D après une fausse couche, une grossesse arrêtée ou une IVG ; certaines équipes l'injectent encore après une IVG, selon la fiche HAS de 2021. À partir de 12 SA, l'injection est faite dans les 72 heures. Votre médecin vous indiquera la conduite retenue.

Combien de temps saigne-t-on après une aspiration ?

En général, des saignements modérés, comparables à des règles, durent quelques jours et diminuent progressivement. Des saignements qui redeviennent abondants, ou qui s'accompagnent de fièvre ou de douleurs croissantes, doivent faire consulter.

Références

  • Huchon C, et al. Pregnancy loss: French clinical practice guidelines. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol, 2016. doi:10.1016/j.ejogrb.2016.02.015 — PMID 27039249
  • Vigoureux S, et al. Prevention of Rh D alloimmunization in the first trimester of the pregnancy: French College of Obstetricians and Gynecologists guidelines for clinical practice. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2024. doi:10.1016/j.gofs.2024.02.026 — PMID 38417789
  • Hooker AB, et al. Systematic review and meta-analysis of intrauterine adhesions after miscarriage: prevalence, risk factors and long-term reproductive outcome. Hum Reprod Update, 2014. doi:10.1093/humupd/dmt045 — PMID 24082042

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.