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Grossesse

Fausses couches et mort fœtale in utero : comprendre et être accompagnée

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20278 min de lecture

En bref

Une fausse couche (avortement spontané) est la perte d'une grossesse avant 22 SA : précoce avant 14 SA, tardive entre 14 et 22 SA ; à partir de 22 SA, on parle de mort fœtale in utero. La fausse couche précoce est fréquente et le plus souvent due au hasard ; les pertes plus tardives justifient un bilan pour en rechercher la cause. Dans tous les cas, un accompagnement médical et psychologique est proposé aux parents, qui ne sont pas responsables de cette perte.

Quelles sont les différentes pertes de grossesse ?

Perdre une grossesse est une épreuve, quel que soit le terme. Les informations sur le suivi de grossesse et la naissance se trouvent sur la page Accouchement à Paris.

Type de perteTermeCe que cela recouvre
Grossesse biochimiqueTout début de grossesseTest positif puis rapidement négatif, sans grossesse visible à l'échographie
Fausse couche précoceAvant 14 SAArrêt de la grossesse : embryon sans activité cardiaque, sac sans embryon (« œuf clair ») ou expulsion spontanée
Fausse couche tardiveEntre 14 et 22 SAExpulsion spontanée ou arrêt de la grossesse, souvent après une ouverture du col ou une rupture de la poche des eaux
Mort fœtale in uteroÀ partir de 22 SAArrêt de l'activité cardiaque du bébé avant la naissance

Les limites peuvent varier légèrement selon les sociétés savantes et les pays. Le seuil de 22 SA, ou un poids de 500 grammes, correspond au critère de viabilité de l'Organisation mondiale de la santé. En France, il ne conditionne plus l'acte d'enfant sans vie, établi sur un certificat médical d'accouchement depuis 2008.

Pourquoi une fausse couche ou une mort fœtale survient-elle ?

Fausse couche précoce

Elle concerne environ 15 % des grossesses reconnues. Dans la majorité des cas, elle est due à une anomalie chromosomique de l'embryon survenue par hasard lors de la conception. Le risque augmente avec l'âge maternel. Le stress, le travail, le sport modéré ou les rapports sexuels n'en sont pas la cause. Les premiers signes et la conduite à tenir sont détaillés dans l'article saignements au premier trimestre.

Fausse couche tardive

Les causes les plus fréquentes sont une infection (qui peut remonter du vagin vers l'utérus ou venir du sang, comme la listériose), une insuffisance du col qui s'ouvre sans contraction, une malformation de l'utérus, ou plus rarement une anomalie du fœtus.

Mort fœtale in utero

Les principales causes retrouvées sont les anomalies du placenta (insuffisance placentaire, hématome rétroplacentaire), les complications maternelles (pré-éclampsie, diabète, maladies auto-immunes, cholestase gravidique sévère), les infections, les anomalies du cordon et les anomalies fœtales. Le tabac, l'obésité et l'âge maternel élevé augmentent le risque. Malgré un bilan complet, une partie des décès reste sans explication.

Comment se passe la prise en charge médicale ?

Après une fausse couche précoce

Selon la situation et votre choix : attente de l'expulsion naturelle, traitement médicamenteux ou aspiration. Avant 12 SA, le CNGOF recommande depuis 2024 de ne pas injecter d'immunoglobulines anti-D, même si vous êtes Rhésus négatif. Le suivi est décrit dans l'article surveillance après une fausse couche.

Après une fausse couche tardive ou une mort fœtale in utero

Le diagnostic est confirmé par une échographie. L'équipe vous laisse le temps nécessaire, sauf urgence médicale (infection, hémorragie, pré-éclampsie sévère). Le plus souvent, la naissance a lieu par voie basse, après un déclenchement par médicaments, avec une prise en charge de la douleur, souvent par péridurale. La césarienne n'est proposée que dans des situations particulières, car elle ne facilite pas le vécu et expose les grossesses suivantes à des risques.

Si vous êtes Rhésus négatif, une injection d'immunoglobulines anti-D est faite dans les 72 heures. Un traitement est aussi prévu pour limiter la montée de lait si vous le souhaitez.

Quel bilan est proposé pour comprendre la perte ?

Après des fausses couches précoces à répétition

Après une fausse couche isolée, aucun bilan n'est nécessaire. En France, un bilan est classiquement proposé après trois fausses couches précoces consécutives ; les recommandations européennes de l'ESHRE (2022) proposent de l'envisager dès deux pertes de grossesse. Il comprend notamment :

  • la recherche d'un syndrome des antiphospholipides (anticorps dans le sang) ;
  • un bilan thyroïdien ;
  • une évaluation de la cavité utérine, de préférence par échographie 3D, ou par hystérosonographie ou hystéroscopie ;
  • l'étude des chromosomes du tissu de la grossesse lorsque c'est possible ; le caryotype des deux parents n'est proposé que dans certaines situations.

La recherche systématique de thrombophilies héréditaires n'est plus recommandée. Dans environ la moitié des cas, aucune cause n'est trouvée, et les chances de naissance lors d'une grossesse suivante restent bonnes.

Après une fausse couche tardive ou une mort fœtale in utero

Le bilan est guidé par le contexte : prélèvements à la recherche d'une infection, bilan sanguin (pré-éclampsie, diabète, coagulation, anticorps, passage de sang fœtal dans la circulation maternelle par le test de Kleihauer), sérologies ciblées (parvovirus B19, CMV, toxoplasmose).

Les deux examens les plus informatifs sont l'examen du placenta et l'examen fœtopathologique (autopsie). L'autopsie n'est réalisée qu'avec l'accord écrit des parents. Elle se fait avec respect, et le corps peut ensuite être vu et accompagné. Une analyse génétique peut aussi être proposée.

Comment vivre ce deuil et être accompagnée ?

La perte d'une grossesse est souvent vécue comme la perte d'un enfant, même très précocement. Sidération, tristesse, colère, culpabilité ou sentiment d'injustice sont des réactions fréquentes. Après une fausse couche, des symptômes de stress post-traumatique, d'anxiété ou de dépression touchent une part importante des femmes et persistent parfois au-delà de neuf mois.

  • Un accompagnement par une sage-femme, un psychologue ou un psychiatre peut vous être proposé, à vous et à votre partenaire, pendant l'hospitalisation et après.
  • Après une perte tardive, certains parents souhaitent voir leur bébé, le tenir, lui donner un prénom, garder une photo ou une empreinte. Rien n'est obligatoire : vos choix seront respectés, et vous pouvez prendre le temps d'y réfléchir.
  • Les frères et sœurs peuvent être bouleversés ; des mots simples et adaptés à leur âge les aident. L'équipe peut vous conseiller.
  • Des associations de parents endeuillés proposent écoute et groupes de parole ; l'équipe peut vous orienter vers une association adaptée.

En cas de détresse importante, d'idées noires ou de pensées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24.

Quelles démarches administratives après une perte de grossesse ?

  • Acte d'enfant sans vie : lorsqu'un accouchement a eu lieu, la maternité peut établir un certificat permettant, si vous le souhaitez, de déclarer l'enfant à l'état civil. Depuis 2021, un prénom et un nom de famille peuvent y figurer. L'inscription sur le livret de famille est possible.
  • Obsèques : vous pouvez organiser des obsèques (inhumation ou crémation) ou confier le corps à l'établissement, qui en assure la prise en charge. Le délai de décision et les modalités pratiques vous seront expliqués par l'équipe de la maternité.
  • Congés : après la naissance d'un enfant sans vie à partir de 22 SA ou d'un poids d'au moins 500 g, le congé maternité est maintenu. Le second parent a droit au congé de paternité et d'accueil de l'enfant (25 jours, dont 4 obligatoires après les 3 jours de congé de naissance ; 32 jours en cas de naissances multiples), à condition qu'un acte d'enfant sans vie ait été établi. En dessous de ce seuil, ou sans acte, il n'y a pas de congé de paternité ; un arrêt de travail peut être prescrit (service-public.gouv.fr). Depuis le 1er janvier 2024, l'arrêt de travail prescrit après une fausse couche survenue avant 22 SA est indemnisé dès le premier jour, sans délai de carence.

N'hésitez pas à demander l'aide de l'assistante sociale de la maternité.

Et pour une prochaine grossesse ? Quand consulter en urgence ?

Une consultation à distance, souvent quelques semaines après la perte, permet de revoir les résultats du bilan, de répondre à vos questions et de préparer une éventuelle nouvelle grossesse. Les recommandations françaises ne conseillent pas de différer une nouvelle grossesse après une fausse couche précoce ; après une perte tardive, le moment se décide avec vous, selon votre récupération physique et psychique. Selon la cause retrouvée, un suivi renforcé, un traitement (aspirine, héparine, cerclage du col) ou des échographies plus fréquentes peuvent être proposés.

Après la perte, consultez en urgence si :

  • vous avez une fièvre de 38 °C ou plus, des frissons, des pertes malodorantes ;
  • vous saignez abondamment ou avez des malaises ;
  • vous ressentez des douleurs qui augmentent.

Lors d'une grossesse suivante, rendez-vous aux urgences de la maternité si :

  • vous percevez une diminution ou un changement des mouvements du bébé ;
  • vous avez des saignements, une perte de liquide, des contractions ;
  • vous avez des maux de tête violents, des troubles de la vue ou des démangeaisons intenses des mains et des pieds.

En cas de malaise, d'hémorragie ou de détresse, appelez le 15 ou le 112. Vous pouvez aussi vous rendre aux urgences de la maternité où vous êtes suivie (Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse).

Questions fréquentes

Est-ce de ma faute si j'ai fait une fausse couche ?

Non. La plupart des fausses couches précoces sont dues à une anomalie chromosomique survenue par hasard, et ni le stress, ni le travail, ni l'activité physique habituelle, ni les rapports sexuels n'en sont responsables.

À partir de combien de fausses couches faut-il faire un bilan ?

En France, un bilan est classiquement proposé après trois fausses couches précoces consécutives, et les recommandations européennes l'envisagent dès deux. Une fausse couche tardive ou une mort fœtale in utero justifie un bilan dès le premier épisode.

Peut-on refaire une mort fœtale in utero lors de la grossesse suivante ?

Le risque est un peu plus élevé qu'en population générale, mais la grande majorité des grossesses suivantes aboutissent à la naissance d'un enfant vivant. Un suivi adapté à la cause retrouvée est mis en place.

L'autopsie de mon bébé est-elle obligatoire ?

Non, l'examen fœtopathologique n'est réalisé qu'avec l'accord écrit des parents. Il apporte souvent des informations utiles pour comprendre la perte et préparer une grossesse future.

Comment savoir si je fais une fausse couche ?

Des saignements, avec ou sans douleurs du bas-ventre, sont les signes les plus fréquents, mais ils ne signifient pas toujours une fausse couche. Seule une échographie, parfois associée à un dosage de l'hormone hCG, permet de confirmer le diagnostic. Voir saignements au premier trimestre.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.