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Gynécologie

Vaginisme : comprendre et traiter

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Le vaginisme est une contraction involontaire des muscles qui entourent l'entrée du vagin, qui rend la pénétration difficile, douloureuse ou impossible (rapport sexuel, tampon, examen gynécologique). Ce n'est ni un défaut anatomique ni une question de volonté : le corps réagit par un réflexe de protection, souvent entretenu par la peur de la douleur. Une méta-analyse publiée en 2018 dans le Journal of Sexual Medicine rapporte que, dans les études observationnelles, environ 8 femmes traitées sur 10 parviennent à un rapport avec pénétration, quel que soit le traitement utilisé.

Qu'est-ce que le vaginisme ?

Le vaginisme désigne une contraction réflexe et involontaire des muscles du plancher pelvien situés autour de l'entrée du vagin. Elle survient lorsqu'une pénétration est tentée ou même seulement anticipée. La femme ne la commande pas : elle peut désirer le rapport et ne pas parvenir à « relâcher ».

Les classifications médicales récentes regroupent le vaginisme et les douleurs de pénétration sous le terme de « trouble lié à la douleur génito-pelvienne et à la pénétration ». Dans la pratique, le mot vaginisme reste le plus utilisé.

On distingue :

  • le vaginisme primaire, présent depuis toujours : aucune pénétration n'a jamais été possible ;
  • le vaginisme secondaire, qui apparaît après une période où les rapports étaient possibles, souvent après un épisode douloureux (infection, accouchement, chirurgie, sécheresse).

Le vaginisme peut aussi être total (aucune pénétration possible, même un doigt ou un tampon) ou situationnel (rapport impossible, mais tampon ou examen possibles, ou l'inverse).

Quels sont les signes du vaginisme ?

  • impossibilité ou grande difficulté à introduire un tampon, un doigt, un spéculum ou le pénis ;
  • sensation de « mur » ou de blocage à l'entrée du vagin ;
  • douleur à type de brûlure ou de déchirure lors de la tentative ;
  • appréhension, anxiété, voire évitement de toute situation pouvant mener à une pénétration ;
  • dans certains cas, réflexe de recul du bassin, serrement des cuisses, retenue de la respiration.

Le désir et le plaisir lors des caresses peuvent être tout à fait présents. Beaucoup de couples ont une vie sexuelle épanouie sans pénétration, mais consultent lors d'un projet de grossesse ou parce que la situation devient une source de souffrance.

Quelles en sont les causes ?

Le vaginisme résulte le plus souvent de plusieurs facteurs qui s'entretiennent les uns les autres. Un cercle s'installe : peur de la douleur, contraction, douleur réelle, peur renforcée.

Type de facteurExemples
PsychologiquesAnxiété, peur de la douleur ou de « se déchirer », image négative du sexe féminin, méconnaissance de son anatomie
Éducatifs et culturelsÉducation stricte autour de la sexualité, tabous, peur du saignement ou de la « première fois »
Expériences antérieuresExamen gynécologique douloureux, premier rapport traumatique, violences sexuelles
PhysiquesInfections ou mycoses répétées, sécheresse vaginale, vestibulodynie (douleur de l'entrée du vagin), cicatrice d'accouchement, endométriose
RelationnelsDifficultés de couple, pression autour de la conception

Une méta-analyse publiée en 2021 dans le Journal of Sexual Medicine a retrouvé une association entre vaginisme et antécédents d'abus sexuels ou émotionnels. Cette association, modérée, ne signifie pas que toute femme qui souffre de vaginisme a vécu des violences. La question mérite d'être posée avec tact.

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic repose avant tout sur l'écoute. La consultation permet de raconter son histoire, de décrire précisément ce qui se passe et d'exprimer ses craintes.

L'examen gynécologique n'est jamais imposé. Il est réalisé seulement lorsque la patiente s'y sent prête, parfois lors d'une consultation ultérieure, et peut se limiter à une observation de la vulve. Il sert à :

  • éliminer une cause physique (infection, malformation rare comme un hymen épais ou cloisonné, lésion cutanée) ;
  • repérer une zone douloureuse de l'entrée du vagin ;
  • montrer à la patiente, à l'aide d'un miroir si elle le souhaite, son anatomie et la contraction musculaire.

Il n'existe pas d'examen sanguin ni d'imagerie pour diagnostiquer le vaginisme. Une échographie est prescrite seulement si un autre problème est suspecté.

Comment soigner le vaginisme ?

Le traitement est adapté à chaque femme et souvent associé. Il est rarement chirurgical.

ApprochePrincipeProfessionnel
Information et éducationComprendre son anatomie, le réflexe de contraction et le cercle de la peurGynécologue, sage-femme, sexologue
Sexothérapie, thérapie cognitivo-comportementaleTravailler sur les pensées, l'anxiété et les comportements d'évitement ; inclure le partenaire si souhaitéSexologue, psychologue
Désensibilisation progressiveApprivoiser la pénétration par étapes : doigt, puis dilatateurs de taille croissanteSexologue, kinésithérapeute, sage-femme
Rééducation du plancher pelvienApprendre à percevoir et relâcher les muscles, techniques de respiration, biofeedbackKinésithérapeute ou sage-femme formés
Traitement d'une cause associéeMycose, sécheresse, cicatrice douloureuse, vestibulodynieGynécologue
Toxine botuliqueInjection dans les muscles de l'entrée du vagin pour diminuer la contraction ; option de recours, dont l'évaluation reste limitéeMédecin formé, en complément d'un accompagnement

Selon les besoins, vous pouvez être orientée vers un professionnel adapté : sexologue, kinésithérapeute ou sage-femme formés à la rééducation pelvienne, psychologue.

Que disent les études ?

La revue Cochrane consacrée aux traitements du vaginisme (Melnik, 2012) n'a retenu que cinq essais contrôlés, de qualité moyenne ou faible. Elle ne permet pas de montrer la supériorité d'une méthode sur une autre, notamment de la désensibilisation systématique, mais ne permet pas non plus d'exclure un effet cliniquement utile. Ses auteurs appellent à des conclusions prudentes.

La méta-analyse de Maseroli (2018), qui inclut 43 études observationnelles et 3 essais randomisés, apporte un éclairage complémentaire : tous traitements confondus, environ 79 % des femmes parviennent à un rapport avec pénétration dans les études observationnelles, qui n'avaient pas de groupe de comparaison. Aucune approche ne s'est révélée supérieure aux autres. Les résultats étaient moins bons dans les situations de « mariage non consommé » ancien.

En pratique, le choix du traitement dépend surtout de la personne, de ses préférences et de l'accès aux professionnels.

Les dilatateurs vaginaux

Ils se présentent comme un ensemble de cylindres de tailles croissantes. La femme les utilise elle-même, à son rythme, avec un lubrifiant, en associant exercices de respiration et de relâchement. On ne passe à la taille suivante que lorsque la précédente est introduite sans douleur ni anxiété. Le partenaire peut ensuite être associé.

Faut-il une chirurgie ?

Non, en règle générale. Le vaginisme est un trouble fonctionnel, pas un problème de taille du vagin. Une intervention n'est discutée que si une anomalie anatomique est retrouvée, par exemple un hymen très résistant ou cloisonné, ou une cicatrice douloureuse après accouchement. Même dans ces cas, l'accompagnement reste nécessaire.

Peut-on avoir un enfant en cas de vaginisme ?

Oui. Lorsque le désir d'enfant est pressant, des solutions transitoires existent, comme l'auto-insémination à domicile avec le sperme du conjoint, à discuter avec le médecin. Le suivi de grossesse et l'accouchement sont possibles ; il est utile de prévenir l'équipe pour adapter les examens. Voir aussi notre article sur le bilan d'infertilité du couple.

Combien de temps dure le traitement ?

La durée est très variable : de quelques semaines à plusieurs mois. Elle dépend de l'ancienneté du vaginisme, de la présence d'un traumatisme et de la régularité des exercices. Les progrès ne sont pas toujours linéaires : une étape difficile ne signifie pas un échec.

Questions fréquentes

Le vaginisme est-il « dans la tête » ?

Non, la contraction musculaire est bien réelle et involontaire. Elle est influencée par les émotions, comme beaucoup de réflexes, mais elle ne relève pas de la volonté. C'est pourquoi le traitement associe souvent le corps et le psychisme.

Mon vagin est-il trop petit ?

Presque jamais. Le vagin est un organe souple qui s'adapte ; c'est la contraction des muscles de l'entrée qui bloque la pénétration. L'examen, quand vous serez prête, permet de vous rassurer sur ce point.

Puis-je consulter seule, sans mon partenaire ?

Oui. La première consultation peut se faire seule. Le partenaire peut être associé plus tard, si vous le souhaitez.

Le vaginisme peut-il revenir ?

Une récidive est possible, notamment après un événement douloureux (accouchement, infection). Les techniques apprises restent utiles et l'accompagnement peut être repris.

Quelle différence avec la dyspareunie ?

La dyspareunie désigne une douleur pendant les rapports, avec une pénétration possible. Dans le vaginisme, c'est la pénétration elle-même qui est difficile ou impossible. Les deux peuvent coexister ; voir notre article sur la dyspareunie.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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