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Grossesse

Troubles psychiques pendant la grossesse et le post-partum

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

La dépression post-partum et les autres troubles psychiques de la période périnatale (pendant la grossesse et dans l'année qui suit la naissance) sont fréquents, et ils se soignent. Le baby-blues, transitoire, dure quelques jours ; une tristesse ou une anxiété qui persistent au-delà de deux semaines doivent faire penser à une dépression et conduire à consulter. La psychose puerpérale, rare, est une urgence. En France, le suicide est la première cause de décès maternel dans l'année suivant la naissance : en cas d'idées noires, appelez le 3114.

Pourquoi la santé mentale compte-t-elle pendant la grossesse ?

La grossesse et l'arrivée d'un enfant bouleversent le corps, le sommeil, le couple et l'identité. Ces changements peuvent révéler ou aggraver une fragilité psychique. Selon une synthèse publiée dans The Lancet, les troubles psychiques font partie des complications les plus fréquentes de la grossesse et du post-partum, avec des conséquences possibles pour la mère, l'enfant et la famille.

En France, l'Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles 2016-2018 montre que le suicide et les autres causes psychiatriques sont la première cause de décès maternel jusqu'à un an après l'accouchement (17 % de ces décès). Repérer et traiter ces troubles fait donc partie du suivi de grossesse, au même titre que la tension ou les échographies, jusqu'à votre accouchement à Paris et au-delà.

L'entretien prénatal précoce, proposé à toutes les femmes enceintes, et l'entretien postnatal précoce, réalisé entre la 4e et la 8e semaine après la naissance, sont des moments privilégiés pour en parler.

Quels sont les facteurs de risque ?

  • antécédents personnels de dépression, de trouble anxieux, de trouble bipolaire ou de psychose ;
  • épisode dépressif lors d'une grossesse ou d'un post-partum précédent ;
  • antécédents psychiatriques dans la famille, en particulier de trouble bipolaire ou de psychose du post-partum ;
  • arrêt brutal d'un traitement psychiatrique à l'annonce de la grossesse ;
  • histoire obstétricale difficile : fausse couche, perte fœtale, prématurité, accouchement traumatique ;
  • isolement, précarité, conflit dans le couple, deuil récent ;
  • violences conjugales, actuelles ou passées.

Si vous prenez un traitement psychiatrique, ne l'arrêtez pas seule en découvrant votre grossesse. Plusieurs médicaments peuvent être poursuivis ; la décision se prend avec votre psychiatre et votre obstétricien, en pesant les risques de la maladie et ceux du traitement. Notre article sur les médicaments pendant la grossesse détaille ces principes.

Comment distinguer baby-blues, dépression post-partum et psychose puerpérale ?

Le tableau ci-dessous résume les principales situations. Il aide à se repérer, mais seul un professionnel peut poser un diagnostic.

SituationQuand ?Signes principauxQue faire ?
Baby-bluesEntre le 3e et le 10e jour, dure quelques joursLarmes faciles, hypersensibilité, irritabilité, sentiment d'être dépasséeRepos, soutien de l'entourage ; consulter si cela dure plus de deux semaines
Dépression prénatalePendant la grossesseTristesse, perte d'intérêt, fatigue, culpabilité, troubles du sommeil non liés à la grossesseConsulter : soutien psychologique, parfois traitement
Dépression du post-partumDans les semaines ou les mois suivant la naissance, jusqu'à un anTristesse persistante, perte de plaisir, sentiment d'être une mauvaise mère, anxiété majeure, idées noiresConsulter rapidement ; psychothérapie, traitement si besoin, parfois hospitalisation mère-bébé
Psychose du post-partumBrutalement, le plus souvent dans les premières semainesConfusion, insomnie totale, agitation ou euphorie, idées délirantes autour de l'enfant, comportement inhabituelUrgence : 15 ou urgences psychiatriques

Les troubles anxieux (crises d'angoisse, inquiétude envahissante, pensées obsédantes de faire du mal au bébé, que la mère vit comme horribles et qu'elle ne met pas en acte) et le stress post-traumatique après un accouchement difficile sont aussi fréquents. Ils méritent d'être pris en charge.

La psychose du post-partum en pratique

Elle est rare : un premier épisode survient après environ 0,25 à 0,6 naissance sur 1 000. Elle débute souvent brutalement, parfois en quelques heures, chez une femme qui semblait aller bien. Le risque est plus élevé en cas de trouble bipolaire personnel ou d'antécédent familial de psychose du post-partum. Une cause médicale (infection, trouble de la thyroïde, problème neurologique) est toujours recherchée. Le traitement repose sur une hospitalisation, idéalement en unité mère-bébé, et des médicaments adaptés. L'épisode guérit le plus souvent, mais un suivi est nécessaire : après une psychose du post-partum isolée, le risque de récidive lors d'une grossesse suivante est d'environ un tiers, et une prévention peut être organisée.

Quels sont les signes qui doivent faire consulter ?

Parlez-en rapidement à votre gynécologue, votre sage-femme, votre médecin traitant ou au pédiatre de votre enfant si, pendant plus de deux semaines :

  • vous vous sentez triste, vide ou sans espoir la plupart du temps ;
  • vous n'éprouvez plus de plaisir, y compris avec votre bébé ;
  • vous vous sentez incapable de vous occuper de votre enfant, ou coupable en permanence ;
  • vous avez des crises d'angoisse répétées ou une anxiété envahissante ;
  • vous ne dormez plus, même quand le bébé dort ;
  • vous évitez votre bébé ou au contraire ne pouvez plus le quitter des yeux par peur qu'il lui arrive malheur.

Le conjoint et l'entourage jouent un rôle clé : ce sont souvent eux qui repèrent les premiers un changement. Ils peuvent aussi prendre contact avec un professionnel.

Quelles sont les solutions de prise en charge ?

  • Écoute et soutien : consultation avec une sage-femme, un psychologue ou un psychiatre, entretien postnatal précoce, visites à domicile de la PMI.
  • Psychothérapie : les thérapies cognitivo-comportementales et interpersonnelles ont montré leur efficacité dans la dépression périnatale.
  • Médicaments : certains antidépresseurs et autres traitements sont compatibles avec la grossesse et l'allaitement. Le choix est individuel et relève de la consultation.
  • Unités mère-bébé : elles permettent d'hospitaliser la mère avec son enfant, en temps plein ou en hôpital de jour, pour soigner sans séparer.
  • Psychiatrie périnatale : pour les femmes ayant un trouble bipolaire ou des antécédents de psychose du post-partum, un plan de prévention est préparé dès la grossesse avec le psychiatre et la maternité.

Si besoin, le cabinet vous oriente vers une équipe de psychiatrie périnatale ou un professionnel adapté.

Quand consulter en urgence ?

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences de la maternité ou aux urgences psychiatriques, si vous ou un proche constatez :

  • des idées de suicide, l'envie de disparaître ou de mettre fin à ses jours ;
  • des pensées de faire du mal à l'enfant accompagnées d'une envie de passer à l'acte ;
  • une confusion, des propos incohérents, la conviction que le bébé n'est pas le sien ou qu'il a été échangé ;
  • une agitation, une euphorie inhabituelle, plusieurs nuits sans aucun sommeil ;
  • des hallucinations (voir ou entendre des choses que les autres ne perçoivent pas).

Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour vous comme pour vos proches. Pendant la grossesse, des symptômes physiques associés (saignements, douleurs, diminution des mouvements du bébé) imposent aussi de consulter aux urgences de la maternité.

Comment prendre soin de sa santé mentale au quotidien ?

  • Protéger son sommeil : relais pour les biberons ou les tétées de nuit, siestes quand le bébé dort.
  • Accepter l'aide concrète de l'entourage pour les repas, le ménage ou les aînés.
  • Rompre l'isolement : groupes de parents, associations, PMI.
  • Limiter l'alcool et éviter les autres substances, qui aggravent l'anxiété et la dépression.
  • Ne pas viser la perfection : il est normal de ne pas ressentir immédiatement un amour fusionnel pour son bébé.

Le suivi des suites de couches, détaillé dans notre article sur l'allaitement maternel, est aussi l'occasion d'aborder votre moral.

Questions fréquentes

Le baby-blues est-il une dépression ?

Non. Le baby-blues est fréquent, transitoire et disparaît en quelques jours sans traitement. Si les symptômes persistent au-delà de deux semaines ou s'aggravent, il faut consulter pour rechercher une dépression du post-partum.

Les pères peuvent-ils aussi faire une dépression après une naissance ?

Oui. Les pères et co-parents peuvent présenter une dépression dans l'année qui suit la naissance. Les mêmes signes doivent les amener à consulter leur médecin.

Peut-on allaiter en prenant un antidépresseur ?

Souvent oui : plusieurs antidépresseurs sont compatibles avec l'allaitement. Le choix du traitement tient compte de votre souhait d'allaiter et se décide avec votre médecin.

Les pensées effrayantes de faire du mal à mon bébé signifient-elles que je suis dangereuse ?

Ces pensées intrusives sont fréquentes, notamment en cas d'anxiété, et elles sont vécues avec horreur par la mère. Elles ne signifient pas un passage à l'acte, mais elles méritent d'être dites à un professionnel pour être soulagées.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.