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Grossesse

Problèmes de peau et dermatoses spécifiques de la grossesse

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

La plupart des problèmes de peau pendant la grossesse sont des changements normaux qui disparaissent après l'accouchement : pigmentation, vergetures, petits vaisseaux visibles. Quatre maladies de peau sont propres à la grossesse (dermatoses spécifiques de la grossesse) ; elles ont en commun de provoquer des démangeaisons. Des démangeaisons intenses sans bouton, surtout aux paumes et aux plantes, doivent faire rechercher une cholestase gravidique par une prise de sang, car elle peut avoir des conséquences pour le bébé.

Quels problèmes de peau sont normaux pendant la grossesse ?

Les hormones de la grossesse agissent directement sur la peau, les vaisseaux et les cheveux. Ces modifications sont dites physiologiques : elles ne traduisent pas une maladie. Elles sont abordées au fil du suivi prénatal, jusqu'à votre accouchement à Paris.

  • Pigmentation : ligne brune verticale sur le ventre, aréoles et organes génitaux plus foncés, masque de grossesse (mélasma) sur le visage, favorisé par le soleil.
  • Vergetures : stries d'abord rosées ou violacées, puis blanchâtres, sur le ventre, les seins, les hanches et les cuisses.
  • Vaisseaux : petites étoiles vasculaires, paumes rouges, varices des jambes ou de la vulve, gonflement des jambes en fin de journée.
  • Grains de beauté : ils peuvent foncer légèrement. Un grain de beauté qui change nettement de forme, de taille ou de couleur doit être montré à un dermatologue, comme en dehors de la grossesse.
  • Peau et cheveux : acné, peau plus grasse ou plus sèche, cheveux plus épais pendant la grossesse puis chute après l'accouchement.

Pour limiter le masque de grossesse, une protection solaire haute est conseillée. Aucune crème n'a démontré qu'elle empêchait les vergetures ; une hydratation régulière peut toutefois améliorer le confort.

La grossesse peut-elle modifier une maladie de peau existante ?

Oui. L'eczéma (dermatite atopique) s'aggrave souvent, alors que le psoriasis peut s'améliorer ou s'aggraver. Certaines maladies auto-immunes comme le lupus nécessitent un suivi conjoint entre obstétricien, dermatologue et médecin interniste, idéalement préparé avant la grossesse. Plusieurs traitements de la peau sont contre-indiqués pendant la grossesse, comme les rétinoïdes. Signalez tous vos traitements, y compris les crèmes, et consultez notre article sur les médicaments pendant la grossesse.

Quelles sont les dermatoses spécifiques de la grossesse ?

La classification internationale, proposée par Ambros-Rudolph et coll., distingue quatre maladies propres à la grossesse. Toutes provoquent des démangeaisons, mais leurs signes et leurs risques diffèrent.

DermatoseMoment habituelAspectRisque pour le bébé
Éruption atopique de la grossesseSouvent avant le 3e trimestrePlaques d'eczéma ou petits boutons sur les plis, le visage, les membresAucun risque démontré
Éruption polymorphe de la grossesse (anciennement PUPPP)Fin du 3e trimestre, surtout 1re grossesse ou jumeauxPlaques rouges qui démangent, débutant dans les vergetures du ventre et épargnant le nombrilAucun risque démontré
Pemphigoïde gravidique2e ou 3e trimestre, parfois après l'accouchementPlaques autour du nombril, puis bulles tendues sur le tronc et les membresPrématurité, bébé de petit poids ; lésions transitoires possibles chez le nouveau-né
Cholestase gravidiqueLe plus souvent au 3e trimestrePas de bouton au départ, seulement des marques de grattage ; démangeaisons des paumes et des plantes, pires la nuitPrématurité ; risque de mort fœtale lié au taux d'acides biliaires

Cholestase gravidique : pourquoi faut-il la rechercher ?

La cholestase intrahépatique gravidique est une maladie du foie liée à la grossesse : les acides biliaires s'accumulent dans le sang. Elle se manifeste par des démangeaisons intenses, souvent nocturnes, des paumes et des plantes, puis de tout le corps, sans éruption.

  • Diagnostic : prise de sang avec dosage des acides biliaires et du bilan hépatique (transaminases). Selon le CNGOF (2023), la cholestase est retenue devant des démangeaisons évocatrices avec des acides biliaires totaux supérieurs à 10 µmol/L ou des transaminases (ALAT) supérieures à 2 fois la normale, après avoir écarté les autres causes.
  • Risques : naissance prématurée et, plus rarement, mort fœtale. Une méta-analyse publiée dans The Lancet montre que ce risque est lié au taux d'acides biliaires : il reste proche de celui de la population générale en dessous de 100 µmol/L et augmente nettement au-delà (environ 3,4 % de mort fœtale dans les grossesses uniques).
  • Traitement : l'acide ursodésoxycholique est le traitement de référence (CNGOF 2023, recommandation forte) ; il diminue les démangeaisons ainsi que les taux d'acides biliaires et de transaminases.
  • Surveillance : contrôles réguliers des acides biliaires. Selon le CNGOF (2023), si les acides biliaires atteignent 100 µmol/L ou plus, une naissance est recommandée à partir de 36 SA ; en dessous de 100 µmol/L, un déclenchement peut être envisagé entre 37 et 39 SA.

Les démangeaisons disparaissent en quelques jours à quelques semaines après la naissance. La cholestase récidive souvent lors des grossesses suivantes, et la pilule contenant des œstrogènes peut parfois la réactiver. Après l'accouchement, les acides biliaires et les transaminases sont contrôlés : ils doivent être normalisés avant la prescription d'une pilule œstroprogestative.

Comment sont traitées les autres dermatoses ?

Éruption polymorphe et éruption atopique

Elles sont gênantes mais sans danger pour le bébé. Les crèmes à base de corticoïdes et des émollients soulagent le plus souvent ; un antihistaminique compatible avec la grossesse peut être prescrit. L'éruption polymorphe disparaît en quelques semaines après l'accouchement et récidive rarement.

Pemphigoïde gravidique

C'est une maladie auto-immune rare : des anticorps attaquent la jonction entre les couches de la peau et forment des bulles. Le diagnostic repose sur une biopsie de peau avec immunofluorescence. Le traitement associe des corticoïdes en crème et, dans les formes étendues, des corticoïdes par voie générale. Une poussée est fréquente au moment de l'accouchement. La maladie récidive souvent, plus tôt et plus fortement, lors des grossesses suivantes ; la pilule œstroprogestative peut aussi la réactiver. La compatibilité de l'allaitement avec le traitement est discutée au cas par cas. La surveillance de la croissance du bébé est renforcée.

Si nécessaire, le cabinet vous oriente vers un dermatologue.

Comment soulager les démangeaisons au quotidien ?

En attendant la consultation, et en complément du traitement prescrit, quelques mesures simples apaisent la peau :

  • préférer des douches tièdes et courtes, avec un pain ou une huile lavante sans savon ;
  • appliquer un émollient (crème hydratante neutre) une à deux fois par jour, sur peau légèrement humide ;
  • porter des vêtements amples en coton et éviter la laine ou les tissus synthétiques au contact de la peau ;
  • garder les ongles courts et tamponner plutôt que gratter ;
  • maintenir une chambre fraîche la nuit, car la chaleur aggrave le prurit ;
  • éviter d'appliquer des produits parfumés, des huiles essentielles ou des crèmes non prescrites.

Ces conseils ne remplacent pas le bilan : des démangeaisons qui persistent malgré ces mesures doivent être signalées, même sans bouton visible.

Quand consulter en urgence à la maternité ?

Consultez rapidement votre médecin ou votre sage-femme en cas de démangeaisons importantes et persistantes, surtout des paumes et des plantes, ou d'apparition de bulles. Rendez-vous aux urgences de la maternité, ou appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de malaise, si :

  • vous avez une cholestase connue et les mouvements du bébé diminuent ou s'arrêtent ;
  • des démangeaisons s'accompagnent d'une jaunisse (yeux ou peau jaunes), d'urines foncées ou de selles claires ;
  • une éruption s'accompagne de fièvre, de fatigue intense, ou s'étend rapidement avec des bulles ou des zones de peau qui se décollent ;
  • vous avez des démangeaisons avec maux de tête, troubles visuels ou douleur sous les côtes, qui peuvent évoquer une atteinte du foie liée à une prééclampsie ;
  • vous présentez des contractions, des saignements ou une perte de liquide.

Les autres causes de démangeaisons sont détaillées dans notre article démangeaisons pendant la grossesse : quand s'inquiéter.

Questions fréquentes

Les vergetures disparaissent-elles après la grossesse ?

Elles ne disparaissent pas complètement, mais elles s'atténuent et blanchissent avec le temps. Aucune crème n'a prouvé qu'elle les prévenait ; certains traitements dermatologiques peuvent les améliorer après la grossesse et l'allaitement.

Le masque de grossesse est-il définitif ?

Il s'atténue souvent dans les mois qui suivent l'accouchement, mais il peut persister. La protection solaire est la principale prévention ; un dermatologue peut proposer des traitements après la grossesse.

Les démangeaisons du ventre en fin de grossesse sont-elles normales ?

Des démangeaisons légères liées à l'étirement de la peau sont fréquentes. Des démangeaisons intenses, nocturnes, ou touchant les paumes et les plantes justifient une prise de sang pour rechercher une cholestase.

Une dermatose de grossesse peut-elle revenir à la grossesse suivante ?

La cholestase gravidique et la pemphigoïde gravidique récidivent fréquemment. L'éruption polymorphe récidive rarement. Signalez vos antécédents dès le début de la grossesse suivante.

Références

  • Ambros-Rudolph CM, et al. The specific dermatoses of pregnancy revisited and reclassified: results of a retrospective two-center study on 505 pregnant patients. J Am Acad Dermatol, 2006. doi:10.1016/j.jaad.2005.12.012 — PMID 16488288
  • Sentilhes L, et al. [Intrahepatic cholestasis of pregnancy: French College of Obstetricians and Gynecologists guidelines for clinical practice]. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2023. doi:10.1016/j.gofs.2023.09.004 — PMID 37806861
  • Ovadia C, et al. Association of adverse perinatal outcomes of intrahepatic cholestasis of pregnancy with biochemical markers: results of aggregate and individual patient data meta-analyses. Lancet, 2019. doi:10.1016/S0140-6736(18)31877-4 — PMID 30773280

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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