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Grossesse

Grossesse gémellaire : types de jumeaux, risques et suivi

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Une grossesse gémellaire est une grossesse à risque plus élevé que celle d'un seul bébé, surtout de prématurité, de prééclampsie et de retard de croissance. Le point clé est la chorionicité, c'est-à-dire le nombre de placentas, déterminée à l'échographie du premier trimestre : elle fixe le rythme des échographies et la date conseillée d'accouchement. L'accouchement par voie basse est recommandé quand le premier jumeau se présente la tête en bas à partir de 32 SA.

Faux jumeaux, vrais jumeaux : quelle différence ?

Une grossesse gémellaire correspond au développement de deux fœtus dans l'utérus. En France, les naissances gémellaires représentent environ 1,6 % des naissances (CNGOF, 2026). Elles sont plus fréquentes après une aide médicale à la procréation et quand l'âge maternel augmente. Leur suivi et leur accouchement relèvent d'une organisation spécifique, détaillée sur notre page Accouchement à Paris.

Les jumeaux dizygotes (« faux jumeaux »)

Ils naissent de deux ovules fécondés par deux spermatozoïdes. Ils ont des patrimoines génétiques différents, comme des frères et sœurs, et peuvent être de sexes différents. Chacun a son propre placenta et sa propre poche : la grossesse est dite bichoriale biamniotique. Les deux placentas peuvent se toucher et sembler n'en faire qu'un, sans échange de sang entre les fœtus.

Les jumeaux monozygotes (« vrais jumeaux »)

Ils naissent d'un seul œuf qui se divise en deux. Ils ont le même patrimoine génétique et sont de même sexe. Le moment de la division détermine le nombre de placentas et de poches, ce qui conditionne les risques.

Qu'est-ce que la chorionicité et à quoi sert-elle ?

Le chorion est la membrane qui forme le placenta. Parler de chorionicité, c'est dire si les jumeaux partagent ou non un placenta. Elle détermine les risques et le rythme du suivi. Elle se lit de façon fiable à l'échographie du premier trimestre, idéalement avant 14 semaines d'aménorrhée (SA), selon la Société internationale d'échographie obstétricale (ISUOG, 2025).

Type de grossessePlacenta et pochesOrigineNiveau de risque
Bichoriale biamniotiqueDeux placentas, deux pochesTous les faux jumeaux ; vrais jumeaux si division dans les 3 premiers joursLe plus faible des grossesses gémellaires
Monochoriale biamniotiqueUn placenta partagé, deux pochesVrais jumeaux, division entre le 4e et le 8e jour environ (forme la plus fréquente chez les monozygotes)Intermédiaire : risque de syndrome transfuseur-transfusé
Monochoriale monoamniotiqueUn placenta, une seule pocheVrais jumeaux, division entre le 8e et le 13e jour environ ; rareÉlevé : enroulement des cordons possible
Jumeaux conjointsFœtus partiellement unisDivision incomplète au-delà du 13e jour ; exceptionnelleTrès élevé, prise en charge en centre spécialisé

Quand les jumeaux partagent un placenta, des vaisseaux relient leurs deux circulations. C'est la source des complications propres aux grossesses monochoriales.

Quels sont les risques d'une grossesse gémellaire ?

Les principaux risques sont les suivants :

  • Accouchement prématuré : c'est la complication la plus fréquente. Le col de l'utérus est surveillé, mais le cerclage préventif n'est pas recommandé chez les femmes enceintes de jumeaux (CNGOF, 2016). Voir notre article sur la prématurité.
  • Hypertension et prééclampsie : le risque est augmenté ; la tension et les urines sont contrôlées à chaque consultation. En savoir plus sur l'hypertension et la prééclampsie.
  • Retard de croissance d'un ou des deux fœtus, et écart de poids entre les jumeaux.
  • Malformations, un peu plus fréquentes, en particulier chez les jumeaux monozygotes.
  • Diabète gestationnel, anémie, hémorragie de la délivrance : plus fréquents qu'avec un seul bébé.

Les complications propres aux grossesses monochoriales

Le syndrome transfuseur-transfusé survient quand le sang passe de façon déséquilibrée d'un jumeau à l'autre à travers le placenta commun : l'un manque de liquide amniotique, l'autre en a trop. Dans les formes sévères avant 26 SA, la coagulation au laser des vaisseaux communicants par fœtoscopie améliore la survie par rapport aux ponctions répétées de liquide amniotique (ISUOG, 2025). D'autres complications existent : retard de croissance sélectif d'un seul jumeau, séquence anémie-polyglobulie. Elles justifient une surveillance échographique rapprochée.

Comment se déroule le suivi d'une grossesse gémellaire ?

Le suivi repose sur les consultations mensuelles habituelles, décrites dans notre article sur le suivi d'une grossesse normale, avec des échographies plus fréquentes adaptées au type de grossesse.

ÉtapeGrossesse bichorialeGrossesse monochoriale
Premier trimestre (11-14 SA)Datation, chorionicité, mesure de la clarté nucaleIdem, avec repérage précoce des signes d'alerte
Rythme des échographiesEnviron toutes les 4 semaines à partir de 20 SA (ISUOG)Toutes les 2 semaines à partir de 16 SA (ISUOG)
Ce qui est surveilléCroissance des deux fœtus, col, placentasCroissance, quantité de liquide de chaque poche, Doppler pour dépister transfusion et anémie
OrientationMaternité adaptée au niveau de risqueLien avec un centre de médecine fœtale si complication

Le dépistage de la trisomie 21 est possible pour les jumeaux, par la clarté nucale et les marqueurs sanguins, et par l'analyse de l'ADN fœtal libre dans le sang maternel (DPNI) (ISUOG, 2025). Le calendrier des consultations et des échographies est établi au cabinet selon le type de grossesse gémellaire, en lien avec la maternité d'accouchement (Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse).

Quand et comment accouche-t-on de jumeaux ?

Présentation transversale dorso-antérieure — Fœtus en travers, dos tourné vers l'avant : l'accouchement par voie basse n'est pas possible en l'état.
ObstétriquePrésentation transversale dorso-antérieureFœtus en travers, dos tourné vers l'avant : l'accouchement par voie basse n'est pas possible en l'état.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

Les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF, 2026) fixent des repères pour les grossesses sans complication :

  • Bichoriale biamniotique : accouchement programmé entre 37 SA et 38 SA + 6 jours.
  • Monochoriale biamniotique : entre 36 SA et 37 SA + 6 jours.
  • Monochoriale monoamniotique : entre 33 SA et 34 SA + 6 jours ; les données sont insuffisantes pour recommander la voie basse ou la césarienne, la décision est prise au cas par cas.

Quand le premier jumeau se présente la tête en bas et que la grossesse a atteint 32 SA, l'accouchement par voie basse est recommandé, avec un niveau de preuve élevé. S'il se présente par le siège, voie basse et césarienne peuvent être discutées ; la voie basse est privilégiée si toutes les conditions sont réunies. L'écart de poids entre les jumeaux ne doit pas, à lui seul, faire choisir la césarienne. La décision tient compte de vos antécédents, comme un utérus cicatriciel.

Le jour de l'accouchement, une équipe complète est présente : obstétricien, sage-femme, anesthésiste et pédiatre. Une péridurale est en général proposée : elle permet d'intervenir rapidement pour le second jumeau, par une version interne ou une grande extraction par le siège (CNGOF, 2026).

Quand consulter en urgence à la maternité ?

Rendez-vous sans attendre aux urgences de votre maternité, ou appelez le 15 (SAMU) en cas de malaise ou de saignement abondant, si vous ressentez :

  • des contractions régulières ou douloureuses avant 37 SA, ou une sensation de pression dans le bas-ventre ;
  • une perte de liquide clair, même en petite quantité ;
  • des saignements vaginaux ;
  • des maux de tête intenses, des troubles de la vue, une douleur en haut du ventre ou un gonflement brutal du visage et des mains, qui évoquent une prééclampsie ;
  • une augmentation rapide du volume du ventre, un essoufflement ou une tension abdominale inhabituelle, surtout en cas de grossesse monochoriale ;
  • une diminution nette des mouvements des bébés ;
  • de la fièvre.

Comment vivre une grossesse gémellaire au quotidien ?

La fatigue est souvent plus marquée. Un arrêt de travail ou un aménagement du poste peut être proposé selon votre situation. L'alimentation doit couvrir des besoins accrus, sans régime restrictif. Une préparation à la naissance adaptée aux jumeaux vous aide à anticiper l'accouchement, l'allaitement de deux bébés et le retour à la maison. Vous pouvez demander un accompagnement psychologique si l'annonce ou une complication vous inquiète.

Questions fréquentes

Peut-on savoir à l'échographie si ce sont de vrais ou de faux jumeaux ?

L'échographie montre surtout le nombre de placentas. Des jumeaux avec un seul placenta sont, sauf exception rarissime, de vrais jumeaux. Avec deux placentas et des sexes identiques, seul un test génétique permet de trancher.

Une grossesse gémellaire impose-t-elle une césarienne ?

Non. Lorsque le premier jumeau se présente la tête en bas à partir de 32 SA, la voie basse est recommandée. La césarienne est discutée selon la présentation, le type de grossesse et vos antécédents.

À partir de quand faut-il arrêter de travailler ?

Le congé maternité est allongé pour une grossesse multiple. Un arrêt plus précoce peut être prescrit selon la fatigue, le col et le type d'emploi : parlez-en à chaque consultation.

Le dépistage de la trisomie 21 est-il fiable pour des jumeaux ?

Le dépistage combiné du premier trimestre et le DPNI sont réalisables chez les jumeaux (ISUOG, 2025). Un résultat à risque doit être confirmé par un prélèvement invasif.

Références

  • Sibiude J, et al. Delivery of twin pregnancies: Guidelines from the College of French Gynecologists and Obstetricians. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2026. doi:10.1016/j.gofs.2026.01.005 — PMID 41544768
  • Khalil A, et al. ISUOG Practice Guidelines (updated): role of ultrasound in twin pregnancy. Ultrasound Obstet Gynecol, 2025. doi:10.1002/uog.29166 — PMID 39815396
  • Sentilhes L, et al. Prevention of spontaneous preterm birth: Guidelines for clinical practice from the French College of Gynaecologists and Obstetricians (CNGOF). Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol, 2016. doi:10.1016/j.ejogrb.2016.12.035 — PMID 28068594

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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