Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Fertilité

Endométrite chronique : lien avec les échecs d'implantation

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20276 min de lecture

En bref

L'endométrite chronique est une inflammation persistante et discrète de la muqueuse de l'utérus (endomètre), le plus souvent sans symptôme, définie au microscope par la présence de plasmocytes dans l'endomètre. Une méta-analyse de 39 études publiée en 2026 retrouve, chez les femmes en FIV, un taux de grossesse clinique plus faible (54 % contre 60 %) et un taux de fausse couche plus élevé (16 % contre 12 %) en cas d'endométrite chronique, mais avec un niveau de preuve jugé faible à très faible. Il n'est pas établi que le traitement antibiotique augmente le nombre de naissances, et un dépistage systématique avant une première FIV n'est pas recommandé.

Qu'est-ce que l'endométrite chronique ?

L'endomètre est la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus et accueille l'embryon. L'endométrite chronique correspond à une inflammation de bas grade de cette muqueuse, qui dure dans le temps.

Elle se distingue nettement de l'endométrite aiguë, infection franche qui survient par exemple après un accouchement, une fausse couche ou un geste endo-utérin, et qui se manifeste par de la fièvre, des douleurs et des pertes anormales. L'endométrite chronique, elle, est le plus souvent silencieuse : elle ne donne ni fièvre ni douleur et n'est découverte qu'à l'occasion d'examens réalisés dans un bilan d'infertilité.

Son origine serait principalement bactérienne, avec des germes variés (germes intestinaux, streptocoques, mycoplasmes, etc.), mais les mécanismes restent incomplètement compris. Des hypothèses portant sur le microbiote intestinal ou vaginal sont étudiées, sans application pratique à ce jour.

Quel lien avec les échecs d'implantation ?

On parle d'échecs répétés d'implantation lorsque plusieurs transferts d'embryons de bonne qualité n'aboutissent pas à une grossesse. Les causes sont multiples : qualité des embryons (souvent liée à l'âge), anomalies de la cavité utérine, facteurs immunologiques ou inconnus.

L'endométrite chronique a été proposée comme l'une des causes possibles, car une inflammation de l'endomètre pourrait perturber l'accueil de l'embryon. Les données disponibles montrent une association, pas une relation de cause à effet démontrée :

Résultat (femmes en FIV)Avec endométrite chroniqueSans endométrite chroniqueInterprétation
Grossesse clinique54,3 %60,1 %Différence statistiquement significative
Fausse couche16,4 %11,9 %Différence statistiquement significative
Naissance vivante ou grossesse évolutive44,0 %50,6 %Tendance, non significative

Source : méta-analyse de 39 études (Mihoci et al., 2026). Niveau de preuve GRADE faible à très faible pour tous les critères.

Ces chiffres signifient que la différence existe en moyenne, mais qu'une majorité de femmes ayant une endométrite chronique obtiennent tout de même une grossesse. Ils ne permettent pas d'affirmer que l'endométrite est responsable des échecs observés chez une femme donnée.

Comment fait-on le diagnostic ?

Il n'existe pas aujourd'hui de définition universelle de l'endométrite chronique, ce qui explique en partie les écarts entre les études.

MéthodeCe qu'elle apporteLimites
Biopsie d'endomètre avec analyse au microscopeExamen de base : recherche de plasmocytes dans la muqueusePrélèvement en consultation, parfois inconfortable
Immunomarquage CD138Coloration qui rend les plasmocytes plus faciles à repérerSeuil de positivité variable selon les laboratoires
HystéroscopiePeut montrer des signes évocateurs : micropolypes, muqueuse œdématiée, rougeurs localiséesSensibilité très variable (22 à 86 % selon les études) ; ne suffit pas seule au diagnostic
Cultures bactériennes, tests du microbioteRecherche de germesIntérêt clinique non établi en routine

La méta-analyse de 2026 conclut que l'hystéroscopie doit être considérée comme un complément de la biopsie, et non comme un test diagnostique à elle seule.

En pratique, la biopsie se fait au cabinet, à l'aide d'une fine canule introduite dans l'utérus, sans anesthésie, en quelques minutes ; le moment du cycle vous est précisé lors de la consultation. Le résultat dépend de l'expérience du laboratoire d'anatomopathologie et de la technique utilisée.

Qui devrait être testée ?

Les auteurs de la méta-analyse la plus récente estiment qu'un dépistage systématique avant une première FIV ne peut pas être recommandé au vu des données actuelles. Une recherche ciblée peut se discuter chez des femmes sélectionnées ; les recommandations de bonne pratique de l'ESHRE (Société européenne de reproduction humaine, 2023) indiquent qu'elle peut être envisagée en cas d'échecs répétés d'implantation, avec un traitement antibiotique si le diagnostic est confirmé :

  • échecs répétés d'implantation après transfert d'embryons de bonne qualité ;
  • fausses couches à répétition sans cause retrouvée ;
  • infertilité inexpliquée après un bilan complet ;
  • aspect évocateur découvert lors d'une hystéroscopie réalisée pour une autre raison.

Cette recherche s'inscrit dans un bilan plus large, qui comprend notamment l'évaluation de la cavité utérine (polypes, synéchies, cloison, fibromes) et de la réserve ovarienne.

Comment traite-t-on l'endométrite chronique ?

Le traitement repose sur une antibiothérapie par voie orale, avec des molécules actives sur un large éventail de germes ; le schéma (molécules et durée) vous est précisé lors de la consultation. Les protocoles varient d'une étude à l'autre et aucun n'a été validé par un essai de grande taille.

Une biopsie de contrôle est souvent proposée après le traitement pour vérifier la disparition de l'inflammation. En cas de persistance, un second traitement peut être discuté.

Le traitement améliore-t-il les chances de grossesse ?

C'est la question centrale, et la réponse reste incertaine.

Une méta-analyse publiée dans Fertility and Sterility en 2018, portant sur des femmes ayant des échecs répétés d'implantation, a montré que :

  • les femmes simplement traitées par antibiotiques, sans vérification de la guérison, n'avaient pas de résultats supérieurs à ceux des femmes non traitées ;
  • les femmes dont la guérison était confirmée par une biopsie de contrôle avaient des taux de grossesse évolutive ou de naissance nettement plus élevés que celles dont l'endométrite persistait ;
  • les femmes guéries obtenaient des résultats comparables à ceux des femmes sans endométrite.

La méta-analyse de 2026 retrouve le même constat : les femmes dont l'endométrite a disparu ont des résultats plus favorables que celles chez qui elle persiste.

Ces résultats sont encourageants mais doivent être interprétés avec prudence :

  • ils proviennent presque uniquement d'études d'observation, et non d'essais randomisés ;
  • les femmes chez qui l'inflammation disparaît pourraient différer des autres pour d'autres raisons ;
  • les définitions, les seuils de plasmocytes et les antibiotiques utilisés varient beaucoup d'une étude à l'autre.

En résumé, il n'est pas démontré que dépister et traiter l'endométrite chronique augmente le nombre de naissances. Des essais randomisés sont attendus.

Quels sont les inconvénients d'un traitement inutile ?

Prescrire des antibiotiques n'est pas anodin :

  • effets indésirables digestifs, mycoses vaginales, réactions allergiques ;
  • contribution à la résistance bactérienne aux antibiotiques ;
  • risque de retarder la recherche d'autres causes d'échec, parfois plus déterminantes.

C'est pourquoi la démarche privilégie une recherche ciblée, un diagnostic histologique et une information claire sur l'incertitude.

Questions fréquentes

Peut-on avoir une endométrite chronique sans aucun symptôme ?

Oui, c'est même la situation la plus fréquente. Certaines femmes signalent de petits saignements entre les règles ou une gêne pelvienne, mais ces signes ne sont pas spécifiques.

L'endométrite chronique est-elle une infection sexuellement transmissible ?

Non, pas en règle générale. Les germes retrouvés sont variés et ne relèvent pas, pour la plupart, des infections sexuellement transmissibles. Une recherche de chlamydia peut néanmoins faire partie du bilan d'infertilité.

Faut-il traiter le conjoint ?

Aucune donnée ne justifie de traiter le conjoint de façon systématique dans l'endométrite chronique.

Combien de temps après le traitement peut-on faire un transfert d'embryon ?

Le transfert est généralement envisagé après le contrôle de la guérison. Le calendrier est défini avec l'équipe d'assistance médicale à la procréation.

L'endométrite chronique peut-elle revenir ?

Une persistance ou une réapparition est possible. C'est l'une des raisons pour lesquelles une biopsie de contrôle est souvent proposée.

Références

  • Mihoci AM, et al. Chronic endometritis in women undergoing in vitro fertilization: Diagnostic roles of hysteroscopy and endometrial biopsy and associations with reproductive outcomes - A systematic review and meta-analysis. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol, 2026. doi:10.1016/j.ejogrb.2026.115417 — PMID 42753562
  • Vitagliano A, et al. Effects of chronic endometritis therapy on in vitro fertilization outcome in women with repeated implantation failure: a systematic review and meta-analysis. Fertil Steril, 2018. doi:10.1016/j.fertnstert.2018.03.017 — PMID 29908776
  • ESHRE Working Group on Recurrent Implantation Failure; Cimadomo D, et al. ESHRE good practice recommendations on recurrent implantation failure. Hum Reprod Open, 2023. doi:10.1093/hropen/hoad023 — PMID 37332387

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.