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Accouchement et post-partum

Douleurs abdominales après l'accouchement : causes et conduite à tenir

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20276 min de lecture

En bref

Les douleurs après l'accouchement, au bas-ventre, sont les premiers jours le plus souvent des tranchées (contractions de l'utérus qui reprend sa taille), surtout pendant les tétées. Une douleur intense, qui augmente, ou associée à de la fièvre, des saignements anormaux, des vomissements ou un arrêt des gaz doit faire consulter rapidement. Elle peut révéler une infection, une rétention placentaire, une complication de cicatrice ou une cause digestive.

Quelles douleurs sont normales après un accouchement ?

Après la naissance, l'utérus doit retrouver sa taille d'avant la grossesse. Il se contracte pour cela par vagues : ce sont les tranchées. Elles ressemblent à des douleurs de règles, parfois intenses. Pour l'ensemble des suites de la naissance, consultez la page Accouchement à Paris.

Les tranchées ont plusieurs particularités :

  • elles sont souvent plus marquées après un deuxième ou un troisième enfant qu'après le premier ;
  • elles augmentent pendant les tétées, car la succion libère de l'ocytocine, l'hormone qui fait contracter l'utérus ;
  • elles diminuent nettement en quelques jours ;
  • elles cèdent aux antalgiques simples, compatibles avec l'allaitement, prescrits par votre médecin.

D'autres gênes sont fréquentes : douleur du périnée après une déchirure ou une épisiotomie, douleur de cicatrice après une césarienne, ballonnements et constipation, ou douleurs du bas du dos.

Quelles sont les causes de douleurs anormales après l'accouchement ?

CauseSignes évocateursDélai habituel
Endométrite (infection de l'utérus)Fièvre, utérus sensible, pertes malodorantesPremiers jours à quelques semaines
Rétention placentaireDouleurs, saignements prolongés ou abondantsJours à semaines
Infection urinaire ou rétention d'urineBrûlures, envies fréquentes, douleur lombaire, ou impossibilité d'uriner avec ventre tenduPremiers jours
Complication de cicatrice de césarienneRougeur, écoulement, gonflement, douleur localiséePremiers jours à 2 semaines
Thrombose veineuse pelvienne ou ovarienneDouleur d'un côté, fièvre qui ne cède pas aux antibiotiquesPremiers jours à semaines
Causes digestivesConstipation, occlusion, appendicite, vésicule biliaireVariable
Kyste ou torsion de l'ovaireDouleur brutale d'un côté, nauséesVariable
Nouvelle grossesse ou grossesse extra-utérineDouleur d'un côté, saignements, absence de contraceptionÀ partir de quelques semaines

Quelles particularités après une césarienne ?

Après une césarienne, une douleur de la cicatrice et des muscles du ventre est attendue pendant quelques jours, puis diminue progressivement. Le CNGOF recommande une prise en charge de la douleur par plusieurs antalgiques associés, de préférence par voie orale.

Certains signes doivent alerter :

  • au niveau de la cicatrice : rougeur qui s'étend, chaleur, gonflement, écoulement de liquide ou de pus, ouverture de la plaie. Ils peuvent traduire un hématome, un abcès ou une collection de lymphe (lymphocèle) ;
  • au niveau du ventre : ballonnement important, vomissements, arrêt des gaz et des selles. Ces signes évoquent une occlusion intestinale, rare mais urgente ;
  • une douleur qui augmente au lieu de diminuer, avec fièvre, peut révéler une infection profonde.

Pourquoi faut-il penser à la phlébite ?

Le risque de thrombose veineuse (caillot dans une veine) est plus élevé dans les semaines qui suivent l'accouchement, surtout après une césarienne. C'est pourquoi le CNGOF recommande des bas de contention dès le jour de toute césarienne et pendant au moins 7 jours, associés selon les facteurs de risque à des injections d'anticoagulant.

Une thrombose peut toucher les jambes (douleur du mollet, jambe gonflée, chaude), mais aussi les veines du bassin ou de l'ovaire. Elle se manifeste alors par une douleur du bas-ventre ou du flanc, souvent d'un côté, avec une fièvre qui persiste malgré les antibiotiques. Le diagnostic repose sur l'échographie Doppler ou le scanner. Le traitement associe anticoagulants et, si besoin, antibiotiques.

Un essoufflement brutal ou une douleur dans la poitrine peuvent révéler une embolie pulmonaire : appelez immédiatement le 15.

Quels examens peuvent être réalisés ?

Le bilan dépend de vos symptômes et de l'examen clinique. Il peut comprendre :

  • un examen du ventre, de la cicatrice et un examen gynécologique ;
  • une prise de sang : numération, marqueurs d'inflammation, et parfois dosage de β-hCG ;
  • un examen des urines (ECBU) ;
  • un prélèvement vaginal ;
  • une échographie pelvienne ou abdominale ;
  • parfois un scanner, compatible avec l'allaitement, si une complication digestive ou vasculaire est suspectée.

Comment ces douleurs sont-elles traitées ?

Le traitement dépend de la cause :

  • tranchées et douleurs banales : antalgiques compatibles avec l'allaitement, chaleur douce sur le ventre, vidange régulière de la vessie ;
  • constipation : hydratation, fibres, marche, et laxatif doux si besoin ;
  • infection (endométrite, infection urinaire, infection de cicatrice) : antibiotiques adaptés, à domicile ou à l'hôpital selon la gravité ; en cas d'endométrite, une revue Cochrane montre que les traitements actifs sur les bactéries anaérobies résistantes à la pénicilline échouent moins souvent ;
  • rétention placentaire : retrait des fragments par aspiration ou hystéroscopie ;
  • abcès, occlusion, torsion d'ovaire, appendicite : prise en charge chirurgicale ;
  • thrombose : traitement anticoagulant.

Signalez toujours si vous allaitez : la plupart des traitements nécessaires sont compatibles, et le choix est adapté.

Comment vous soulager à la maison ?

Lorsque les douleurs sont celles, attendues, des suites de couches, quelques mesures simples améliorent le confort :

  • prenez les antalgiques prescrits à heures régulières les premiers jours, plutôt que d'attendre que la douleur soit forte ; le paracétamol est le traitement de base pendant l'allaitement ;
  • urinez régulièrement, même sans envie pressante : une vessie pleine accentue les tranchées et gêne la rétraction de l'utérus ;
  • prévenez la constipation : buvez suffisamment, mangez fruits, légumes et céréales complètes, et marchez un peu chaque jour ; après une déchirure ou une épisiotomie, un laxatif doux peut être prescrit pour éviter de pousser ;
  • appliquez une bouillotte tiède sur le bas-ventre en cas de tranchées, jamais sur une cicatrice de césarienne récente ;
  • pendant les tétées, respirez lentement et prenez l'antalgique une demi-heure avant si les tranchées sont fortes ;
  • après une césarienne, levez-vous en vous tournant d'abord sur le côté, et maintenez la cicatrice avec la main ou un coussin quand vous toussez ou riez.

Notez l'évolution de vos douleurs. Une douleur des suites de couches diminue jour après jour. Une douleur qui stagne ou qui augmente au-delà de quelques jours doit être signalée à la sage-femme qui vous suit à domicile ou à votre médecin, même en l'absence de fièvre.

Quand consulter en urgence ?

Consultez sans attendre aux urgences de votre maternité ou aux urgences si vous avez :

  • une douleur intense, qui augmente ou ne cède pas aux antalgiques ;
  • une fièvre de 38 °C ou plus, des frissons ;
  • des saignements abondants ou malodorants ;
  • des vomissements, un ventre très gonflé ou un arrêt des gaz et des selles ;
  • une douleur brutale d'un seul côté ;
  • une cicatrice rouge, gonflée ou qui coule ;
  • une douleur ou un gonflement d'une jambe.

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas d'essoufflement brutal, de douleur thoracique, de malaise ou de saignement très abondant. Pour les autres situations urgentes, rendez-vous aux urgences de la maternité où vous avez accouché (Maternité Sainte-Félicité ou Clinique Sainte-Thérèse).

Questions fréquentes

Combien de temps durent les tranchées ?

Elles sont surtout présentes les premiers jours et diminuent nettement ensuite. Si la douleur persiste ou augmente, une consultation est nécessaire.

L'allaitement aggrave-t-il les douleurs de ventre ?

Il peut renforcer temporairement les tranchées, car la tétée fait contracter l'utérus. Cet effet est normal et aide l'utérus à reprendre sa taille.

Peut-on avoir une appendicite juste après un accouchement ?

Oui, c'est rare mais possible, et le diagnostic est parfois plus difficile car les douleurs sont attribuées à l'accouchement. Une douleur inhabituelle ou qui s'aggrave doit être examinée.

Faut-il porter une gaine après l'accouchement ?

Une gaine peut apporter du confort après une césarienne, mais elle n'est pas indispensable. Elle ne remplace pas la rééducation des abdominaux, à commencer après celle du périnée.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.