Conisation du col de l’utérus : indications, déroulement et suites
Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture
En bref
La conisation consiste à retirer une petite partie du col de l’utérus, en forme de cône, pour traiter une lésion précancéreuse de haut grade (CIN 2 ou 3) et l’analyser au microscope. Elle est réalisée par les voies naturelles, le plus souvent à l’anse électrique et en ambulatoire. Le risque de lésion persistante ou de récidive est d’environ 7 %. Les principales suites à connaître sont un risque de saignement pendant environ deux semaines et une légère augmentation du risque d’accouchement prématuré lors des grossesses suivantes.
Pourquoi une conisation ?
La conisation est un geste de cancérologie gynécologique préventive. Elle est proposée lorsque la colposcopie et les biopsies ont montré une lésion précancéreuse de haut grade (CIN 2 ou CIN 3), ou une lésion glandulaire (adénocarcinome in situ). Elle peut aussi être indiquée lorsque le frottis est très anormal mais que la lésion n’est pas entièrement visible en colposcopie, ou pour traiter certains cancers très débutants (microinvasifs).
Elle a deux objectifs :
traiter : retirer toute la zone malade pour éviter l’évolution vers un cancer ;
diagnostiquer : l’analyse complète de la pièce confirme le type de lésion, vérifie l’absence de cancer invasif et précise si les marges sont saines.
Les lésions de bas grade (CIN 1) ne justifient en général pas de conisation, car elles régressent le plus souvent spontanément. Pour comprendre ces différents grades, consultez notre article sur les lésions précancéreuses du col.
Comment se déroule l’intervention ?
Où : au bloc opératoire, en ambulatoire (vous rentrez chez vous le jour même) dans la grande majorité des cas, à l'Hôpital privé Geoffroy Saint-Hilaire (Paris 5e), à la Clinique de la Muette (Paris 16e) ou à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine).
Anesthésie : locale, locorégionale ou générale courte, selon votre situation, l’avis de l’anesthésiste et vos préférences.
Technique : l’intervention se fait par les voies naturelles, sans cicatrice. Le col est repéré par colposcopie, puis la zone anormale est retirée le plus souvent à l’anse diathermique (résection à l’anse), un fil électrique fin qui coupe et coagule en même temps. Le bistouri froid et le laser sont utilisés plus rarement.
Durée : le geste lui-même dure une quinzaine de minutes.
La taille du cône est adaptée à la lésion et à la configuration du col, en cherchant à retirer toute la lésion tout en préservant au maximum le col, surtout chez une femme qui souhaite une grossesse. La pièce est ensuite envoyée au laboratoire d’anatomopathologie.
Comment se préparer ?
Une consultation d’anesthésie est programmée quelques jours avant, sauf anesthésie locale seule.
Prévoyez l’intervention en dehors des règles.
Organisez votre retour : après une anesthésie générale ou locorégionale, vous ne devez pas conduire et une personne doit vous raccompagner.
Apportez vos derniers résultats de frottis, de colposcopie et de biopsies.
Quelles sont les suites habituelles ?
Les suites sont en général simples. Il est normal d’avoir pendant 2 à 3 semaines :
des pertes ou de petits saignements, parfois brunâtres ;
une légère gêne, comparable à des douleurs de règles, soulagée par un antalgique simple ;
vers le 8e à 15e jour, des pertes un peu plus abondantes au moment de la chute de la croûte de cicatrisation.
Conseils après la conisation
Activité
Repère indicatif
Rapports sexuels, tampons, coupe menstruelle
À éviter environ 4 semaines, le temps de la cicatrisation
Bain, piscine, mer
À éviter environ 4 semaines ; douches autorisées
Sport
Reprise possible rapidement, sauf la natation
Voyage lointain
À éviter pendant les 15 premiers jours, en raison du risque de saignement retardé
Travail
3 jours (travail sédentaire) à 5 jours (travail physique)
Les règles suivantes peuvent être un peu plus abondantes ou décalées ; cela ne doit pas inquiéter. Si vous avez un dispositif intra-utérin (stérilet), il peut le plus souvent être laissé en place.
Quels sont les risques ?
Les complications sont peu fréquentes :
Saignement : c’est la complication principale. Il peut survenir dans les heures qui suivent ou de façon retardée, jusqu’à environ 15 jours. Il est le plus souvent traité par une compresse ou une mèche vaginale, rarement par une nouvelle intervention.
Infection : rare ; elle se manifeste par de la fièvre, des pertes malodorantes et des douleurs.
Sténose du col (rétrécissement) : peu fréquente, elle peut gêner l’écoulement des règles ou la surveillance ultérieure, et se traite le plus souvent par une simple dilatation.
Lésion incomplètement retirée : les marges ne sont pas saines dans environ un cas sur quatre. Cela ne signifie pas un échec : la surveillance par test HPV permet de détecter une lésion persistante. Une nouvelle conisation n’est pas systématique.
Signalez avant l’intervention tout trouble de la coagulation et tout traitement fluidifiant le sang (anticoagulants, aspirine, antiagrégants), y compris en automédication.
Peut-on avoir des enfants après une conisation ?
Oui. La conisation ne diminue pas la fertilité de façon notable et la plupart des femmes mènent ensuite des grossesses normales. En revanche, le col étant raccourci, le risque d’accouchement prématuré est augmenté.
Une méta-analyse portant sur plus de 6 millions de femmes a montré un taux d’accouchement avant 37 semaines de 10,7 % après traitement contre 5,4 % sans traitement. Ce risque augmente avec la profondeur du cône et le nombre de conisations, et il est plus faible avec l’anse diathermique qu’avec le bistouri froid. C’est la raison pour laquelle on retire le moins de tissu possible et on évite de traiter les lésions de bas grade.
Lors d’une grossesse ultérieure, signalez l’antécédent de conisation : une mesure échographique de la longueur du col peut être proposée pour adapter la surveillance. Il est en général conseillé d’attendre la cicatrisation et un premier contrôle avant de débuter une grossesse : le délai avant une nouvelle grossesse est discuté lors de la consultation post-opératoire.
Quel suivi après une conisation ?
Consultation post-opératoire : elle permet de vérifier la cicatrisation et de vous expliquer le résultat de l’analyse de la pièce. Si un cancer invasif était découvert, ce qui est rare, votre dossier serait discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Contrôle à 6 mois environ : un test HPV est réalisé, éventuellement associé à une cytologie et une colposcopie. Une large méta-analyse a montré que le test HPV prédit mieux une lésion résiduelle que l’état des marges : après un test HPV négatif, le risque de lésion de haut grade est inférieur à 1 %.
Ensuite : contrôles espacés, puis retour progressif au rythme habituel du dépistage, selon les recommandations de l’INCa.
Quand consulter en urgence ?
Saignement plus abondant que des règles, avec caillots, ou qui ne s’arrête pas : contactez sans attendre le service où vous avez été opérée ou rendez-vous aux urgences gynécologiques. En cas de malaise, appelez le 15 (ou le 112).
Fièvre au-dessus de 38 °C, pertes malodorantes, douleurs du bas-ventre croissantes : consultez rapidement.
Questions fréquentes
La conisation est-elle douloureuse ?
L’intervention se fait sous anesthésie et n’est pas douloureuse. Les suites causent au plus une gêne comparable à des règles, soulagée par un antalgique simple.
La conisation guérit-elle le papillomavirus ?
Elle retire la zone malade, ce qui aide souvent le corps à éliminer le virus, mais elle ne garantit pas sa disparition. C’est pourquoi un test HPV de contrôle est réalisé environ 6 mois après.
Faut-il refaire une conisation si les marges ne sont pas saines ?
Pas systématiquement. Une surveillance rapprochée par test HPV et colposcopie est souvent suffisante ; une nouvelle intervention n’est proposée que si une lésion persiste ou dans certaines situations particulières.
Mon conjoint doit-il être traité ?
Non. Il n’existe pas de traitement du papillomavirus chez l’homme sans lésion visible, et aucun test de dépistage n’est recommandé chez lui.
Quel repos et quel arrêt de travail après une conisation ?
À titre indicatif, la conisation se fait en général en ambulatoire et l’arrêt de travail est de 3 jours (travail sédentaire) à 5 jours (travail physique). Rapports sexuels, tampons, bains et piscine sont à éviter environ 4 semaines. Ces consignes sont adaptées à votre situation lors de la consultation.
Combien coûte une conisation ?
Les honoraires de l’intervention figurent sur un devis qui vous est remis avant l’intervention.
Kyrgiou M, et al. Adverse obstetric outcomes after local treatment for cervical preinvasive and early invasive disease according to cone depth: systematic review and meta-analysis. BMJ, 2016. doi:10.1136/bmj.i3633 — PMID 27469988
Arbyn M, et al. Incomplete excision of cervical precancer as a predictor of treatment failure: a systematic review and meta-analysis. Lancet Oncol, 2017. doi:10.1016/S1470-2045(17)30700-3 — PMID 29126708
Brun JL, et al. [Management of women with abnormal cervical cytology: Update of INCa recommendations after the implementation of HPV screening]. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2025. doi:10.1016/j.gofs.2024.11.006 — PMID 39884805
Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice
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