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Cancérologie

Lésions précancéreuses du col de l’utérus (dysplasies, CIN) : que faire ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Une dysplasie du col de l’utérus (lésion précancéreuse, ou CIN) n’est pas un cancer : ce sont des cellules anormales, dues au papillomavirus, qui restent en surface du col. Les lésions de bas grade (CIN 1) disparaissent le plus souvent seules et sont simplement surveillées. Les lésions de haut grade (CIN 2 et 3) sont en général traitées par une conisation, geste court qui traite la lésion dans plus de 9 cas sur 10.

Qu’est-ce qu’une lésion précancéreuse du col ?

Le col de l’utérus est recouvert d’un épithélium, une fine couche de cellules posée sur une membrane appelée membrane basale. Lorsqu’un papillomavirus (HPV) à haut risque persiste, il peut modifier ces cellules : on parle de dysplasie, de lésion intra-épithéliale ou de CIN (néoplasie intra-épithéliale cervicale).

Tant que les cellules anormales restent au-dessus de la membrane basale, il ne s’agit pas d’un cancer. Elles ne peuvent pas se disséminer. Le cancer invasif n’apparaît que si la membrane basale est franchie, ce qui prend habituellement plusieurs années. Repérer et traiter ces lésions pendant cette longue période, c’est tout l’objectif du dépistage, présenté dans notre page Cancérologie gynécologique.

Ces lésions sont fréquentes, surtout chez les femmes jeunes, et ne donnent aucun symptôme : ni douleur, ni saignement, ni pertes.

Comment découvre-t-on une dysplasie du col de l’utérus ?

Le plus souvent lors du dépistage. Selon l’âge, celui-ci repose sur :

  • de 25 à 29 ans, un frottis (examen cytologique) ;
  • de 30 à 65 ans, un test HPV, suivi d’un examen cytologique sur le même prélèvement s’il est positif.

Le frottis n’est qu’un test de tri : il signale des cellules suspectes (ASC-US, LSIL, ASC-H, HSIL, AGC) mais ne pose pas le diagnostic. Selon le résultat, on propose un contrôle, un test HPV ou une colposcopie. Pendant la colposcopie, le médecin examine le col à la loupe et réalise des biopsies des zones suspectes. C’est l’analyse de ces biopsies qui donne le diagnostic de CIN et son grade.

L’attente entre le résultat du frottis et la colposcopie est souvent source d’angoisse. Ces lésions évoluent lentement, sur des années : un délai de quelques semaines ne change pas le pronostic.

CIN 1, CIN 2, CIN 3 : que signifient ces résultats ?

Résultat de la biopsieSignificationÉvolution naturellePrise en charge habituelle
CIN 1 (bas grade, LSIL)Anomalies limitées au tiers inférieur de l’épithélium ; reflet le plus souvent d’une infection HPV transitoire.Régression spontanée dans la majorité des cas ; progression rare.Surveillance (cytologie ou test HPV, colposcopie selon le cas). Traitement seulement si la lésion persiste plusieurs années ou si la colposcopie est incomplète.
CIN 2 (haut grade, HSIL)Anomalies atteignant les deux tiers de l’épithélium.Environ la moitié régresse en 2 ans, plus encore avant 30 ans ; une partie progresse.Conisation en général. Chez une femme jeune, surtout si elle envisage une grossesse, une surveillance rapprochée peut être proposée.
CIN 3 (haut grade, HSIL ; inclut l’ancien « carcinome in situ »)Toute l’épaisseur de l’épithélium est atteinte, sans franchir la membrane basale.Risque réel d’évolution vers un cancer invasif sur plusieurs années.Conisation.

Pour la CIN 2, une méta-analyse portant sur 3 160 femmes suivies sans traitement a montré qu’à 2 ans, 50 % des lésions avaient régressé, 32 % persistaient et 18 % avaient progressé ; chez les femmes de moins de 30 ans, la régression atteignait 60 %. Cela justifie une surveillance active chez certaines jeunes femmes, à condition de pouvoir assurer un suivi rigoureux.

Il existe aussi des lésions glandulaires (adénocarcinome in situ, AIS), plus rares, situées dans le canal du col. Elles sont toujours traitées par conisation.

Comment traite-t-on une lésion de haut grade ?

Le traitement de référence est la conisation, le plus souvent réalisée à l’anse diathermique (anse électrique), sous anesthésie locale ou générale courte, en ambulatoire. Elle retire la zone de transformation où siège la lésion. Ce geste est à la fois :

  • thérapeutique : il enlève la lésion ;
  • diagnostique : l’analyse de la pièce confirme le grade et vérifie qu’il n’y a pas de cancer invasif caché.

La conisation est faite avec la plus petite taille compatible avec un retrait complet. Plus la pièce retirée est profonde, plus le risque d’accouchement prématuré lors d’une grossesse ultérieure augmente. C’est pourquoi on évite les conisations inutiles, notamment pour les lésions de bas grade.

Les traitements destructeurs (laser, vaporisation, cryothérapie) ne permettent pas d’analyser le tissu. Ils sont réservés à des situations précises : lésion entièrement visible, sans suspicion d’invasion ni lésion glandulaire, et colposcopie complète.

Quel suivi après le traitement ?

Après une conisation, le risque de lésion résiduelle ou de récidive de haut grade est faible, de l’ordre de 7 % dans une large méta-analyse. Pour la repérer, le test HPV est plus fiable que l’état des marges de la pièce opératoire.

  • Un premier contrôle par test HPV est réalisé environ 6 mois après le traitement.
  • S’il est négatif, les contrôles sont espacés, puis la patiente retrouve progressivement le rythme habituel du dépistage, selon les recommandations de l’INCa, actualisées en 2025.
  • S’il est positif, une colposcopie est réalisée.

La vaccination HPV après traitement peut être discutée selon votre âge (voir vaccination HPV).

Peut-on éviter une récidive ou une nouvelle lésion ?

Le traitement retire la lésion, mais le papillomavirus peut parfois persister ailleurs sur le col, le vagin ou la vulve. Quelques mesures simples aident à limiter le risque :

  • respecter le calendrier de surveillance proposé, même si vous n’avez aucun symptôme ;
  • arrêter de fumer : le tabac réduit les défenses locales du col et favorise la persistance du virus ;
  • discuter de la vaccination HPV si vous êtes dans les limites d’âge ou si votre médecin la juge utile après un traitement ;
  • utiliser le préservatif avec un nouveau partenaire, qui réduit sans supprimer le risque de transmission.

Une immunodépression (VIH, greffe, traitement immunosuppresseur) impose un suivi plus rapproché et plus prolongé. Signalez-la toujours à votre gynécologue.

Le cas des lésions de la vulve et du vagin

Le même virus peut provoquer des lésions précancéreuses de la vulve (VIN) ou du vagin (VaIN). Elles se manifestent parfois par des démangeaisons ou une zone de peau modifiée, et sont explorées par un examen à la loupe et une biopsie. Toute lésion persistante de la vulve doit être montrée à un médecin.

Et pendant la grossesse ?

Une anomalie du frottis découverte pendant la grossesse est explorée par colposcopie. L’objectif est d’éliminer un cancer invasif, ce qui est exceptionnel. Les lésions précancéreuses ne sont presque jamais traitées pendant la grossesse : elles sont surveillées, puis réévaluées après l’accouchement. La biopsie, si elle est nécessaire, est sans danger pour la grossesse.

Questions fréquentes

Une dysplasie du col est-elle un cancer ?

Non. C’est une anomalie des cellules de surface qui peut, dans certains cas et sur plusieurs années, évoluer vers un cancer. La traiter ou la surveiller permet justement d’éviter le cancer.

Mon partenaire doit-il consulter ?

Le papillomavirus est très répandu et partagé dans le couple ; il n’existe pas de test de dépistage HPV recommandé chez l’homme sans symptôme. Votre partenaire ne doit consulter que s’il remarque une lésion génitale.

Une dysplasie empêche-t-elle d’avoir des enfants ?

Non. La lésion elle-même n’a aucun effet sur la fertilité. La conisation augmente un peu le risque d’accouchement prématuré, surtout si elle est profonde ou répétée, ce qui sera pris en compte lors du suivi de grossesse.

Combien de temps faut-il pour qu’une CIN 1 disparaisse ?

La plupart des lésions de bas grade régressent spontanément en un à deux ans. La surveillance permet de vérifier cette régression sans traitement inutile.

Que faire en cas de frottis anormal ?

Un frottis anormal ne signifie pas un cancer. Selon le résultat et votre âge, on propose un test HPV sur le même prélèvement (cellules ASC-US entre 25 et 29 ans), un contrôle ou directement une colposcopie avec biopsies (LSIL et anomalies plus marquées), conformément aux recommandations de l’INCa actualisées en 2025.

Références

  • Brun JL, et al. — [Management of women with abnormal cervical cytology: Update of INCa recommendations after the implementation of HPV screening]. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2025 — doi:10.1016/j.gofs.2024.11.006 — PMID 39884805
  • Tainio K, et al. — Clinical course of untreated cervical intraepithelial neoplasia grade 2 under active surveillance: systematic review and meta-analysis. BMJ, 2018 — doi:10.1136/bmj.k499 — PMID 29487049
  • Arbyn M, et al. — Incomplete excision of cervical precancer as a predictor of treatment failure: a systematic review and meta-analysis. Lancet Oncol, 2017 — doi:10.1016/S1470-2045(17)30700-3 — PMID 29126708

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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