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Cancérologie

Cancer de l’ovaire : symptômes, bilan et traitements

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Le cancer de l’ovaire (tumeur maligne de l’ovaire, de la trompe ou du péritoine) donne des symptômes discrets mais persistants : ballonnement, augmentation du volume du ventre, douleurs pelviennes, satiété rapide ou envies fréquentes d’uriner. Leur persistance plusieurs semaines justifie une consultation, une échographie pelvienne et un dosage du CA 125. Le traitement associe le plus souvent une chirurgie complète, réalisée dans un centre expert, et une chimiothérapie, décidées en réunion de concertation pluridisciplinaire.

Qu’est-ce que le cancer de l’ovaire ?

Le cancer de l’ovaire fait partie des cancers gynécologiques présentés dans notre page Cancérologie gynécologique. Sous le terme de « cancer de l’ovaire », on regroupe des tumeurs malignes nées de l’ovaire, de la trompe ou du péritoine (la membrane qui tapisse l’abdomen). Ces trois localisations se comportent de façon proche et sont traitées de la même manière. La forme la plus fréquente est le carcinome séreux de haut grade, qui naît le plus souvent de l’extrémité de la trompe.

Il existe d’autres types, moins fréquents : carcinomes endométrioïdes, à cellules claires, mucineux, séreux de bas grade, et tumeurs non épithéliales (germinales ou des cordons sexuels), plus fréquentes chez la femme jeune. Il faut aussi distinguer les tumeurs frontières (ou « borderline »), dont le pronostic est très bon.

La plupart des masses ovariennes découvertes à l’échographie sont bénignes, en particulier avant la ménopause (voir kystes bénins de l’ovaire).

Quels sont les symptômes du cancer de l’ovaire ?

Le cancer de l’ovaire est longtemps silencieux. Les symptômes sont souvent banals, mais ce qui doit alerter, c’est leur caractère nouveau, fréquent et persistant (plusieurs fois par semaine, pendant plusieurs semaines) :

  • ballonnement abdominal, sensation de ventre gonflé, augmentation du tour de taille ;
  • douleurs du bas-ventre ou du bassin ;
  • sensation d’être rassasiée très vite, perte d’appétit ;
  • envies d’uriner plus fréquentes ou pressantes ;
  • troubles du transit récents, fatigue, amaigrissement inexpliqué ;
  • plus rarement, saignements anormaux.

Ces signes ont le plus souvent une autre cause, digestive ou urinaire. Mais leur persistance, surtout après 50 ans, doit faire pratiquer un examen gynécologique et une échographie pelvienne.

Qui est le plus à risque ?

  • L’âge : la maladie survient surtout après la ménopause.
  • Une prédisposition génétique : mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2, syndrome de Lynch, ou autres gènes plus rares. Elle est suspectée en cas d’antécédents familiaux de cancers du sein ou de l’ovaire.
  • L’endométriose, associée à certains types (endométrioïde, à cellules claires), avec un risque absolu qui reste faible.

À l’inverse, la contraception œstroprogestative prolongée, les grossesses et l’allaitement sont associés à une diminution du risque.

Existe-t-il un dépistage ?

Non. Le grand essai britannique UKCTOCS, mené chez plus de 200 000 femmes ménopausées suivies 16 ans, a montré que le dépistage par CA 125 ou échographie annuelle ne réduisait pas la mortalité. Il n’est donc pas recommandé dans la population générale. Pour les femmes porteuses d’une mutation BRCA, une prise en charge spécifique est proposée en consultation d’oncogénétique, incluant l’ablation préventive des trompes et des ovaires à un âge discuté avec elles.

Quels examens pour faire le diagnostic et le bilan ?

ExamenÀ quoi il sert
Examen cliniquePalpation de l’abdomen, toucher vaginal, recherche d’ascite (liquide dans le ventre) ou de ganglions.
Échographie pelvienne par voie vaginale et abdominaleExamen clé : décrit la masse (taille, parois, végétations, vascularisation) et classe son risque selon des systèmes standardisés (IOTA, O-RADS).
Dosage du CA 125 (et parfois HE4 et autres marqueurs)Aide à l’orientation et sert de valeur de départ pour le suivi. Un CA 125 élevé n’est pas spécifique : il augmente aussi en cas d’endométriose, de règles ou d’infection.
IRM pelviennePrécise la nature d’une masse dont l’échographie reste indéterminée.
Scanner thoraco-abdomino-pelvienÉvalue l’extension dans l’abdomen (péritoine, ganglions, foie) et au thorax.
Biopsie ou cœlioscopie d’explorationConfirme le diagnostic et le type histologique, et évalue la possibilité d’une chirurgie complète.

Le diagnostic de certitude est toujours histologique : il repose sur l’analyse au microscope d’un fragment de tumeur. On recherche aussi des altérations génétiques (BRCA, déficit de recombinaison homologue) dans la tumeur et dans le sang, car elles orientent les traitements.

Quels sont les traitements du cancer de l’ovaire ?

Tous les dossiers sont discutés en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), qui réunit chirurgiens, oncologues, radiologues et pathologistes. Le stade FIGO (de I à IV) et le type de tumeur guident la stratégie.

La chirurgie

L’objectif est de retirer toute la maladie visible. C’est l’un des facteurs pronostiques les plus importants. L’intervention comprend en général l’ablation de l’utérus, des ovaires et des trompes, de l’épiploon (repli graisseux de l’abdomen) et de toutes les lésions péritonéales, parfois avec une partie du tube digestif. Pour les formes avancées, les recommandations françaises prévoient d’évaluer d’abord par cœlioscopie la possibilité d’une chirurgie complète ; cette chirurgie lourde est réalisée dans des centres experts.

Pour un cancer de stade précoce chez une femme jeune qui souhaite une grossesse, une chirurgie conservant l’utérus et un ovaire peut être discutée dans certains cas.

La chimiothérapie

Elle associe le plus souvent un sel de platine (carboplatine) et le paclitaxel. Elle est donnée après la chirurgie, ou avant (chimiothérapie « néoadjuvante ») quand une chirurgie complète d’emblée n’est pas possible, puis suivie d’une chirurgie dite « d’intervalle ».

Les traitements d’entretien

Après la chimiothérapie, certaines patientes reçoivent un traitement d’entretien : inhibiteurs de PARP (notamment en cas de mutation BRCA ou de déficit de recombinaison homologue) et/ou bévacizumab, un anti-angiogénique. Le choix dépend du profil moléculaire de la tumeur.

Pourquoi un test génétique est-il proposé ?

Les recommandations conseillent de proposer une analyse génétique BRCA1/BRCA2 aux patientes atteintes d’un carcinome ovarien épithélial non mucineux, même sans antécédent familial. Le résultat a deux intérêts :

  • pour vous : il oriente le choix d’un traitement d’entretien ;
  • pour votre famille : une mutation peut être recherchée chez vos proches, qui bénéficieront alors d’une surveillance ou d’une chirurgie préventive.

Ce test se fait avec votre consentement écrit, dans le cadre d’une consultation d’oncogénétique.

Quel suivi après le traitement ?

Le suivi associe un examen clinique, souvent un dosage du CA 125, et une imagerie en cas de symptôme ou d’anomalie. Il est plus rapproché les premières années. Il comprend aussi la prise en charge des effets de la ménopause induite, de la fatigue, des troubles digestifs, de la sexualité et du retentissement psychologique. Le rythme précis est fixé par l’équipe qui vous a traitée.

Quand consulter sans attendre ?

  • Douleur abdominale intense, ventre très gonflé et dur, vomissements, arrêt des gaz et des selles : signes possibles d’occlusion. Appelez le 15 (ou le 112).
  • Essoufflement brutal, douleur d’un mollet : appelez le 15.
  • Fièvre pendant une chimiothérapie : contactez immédiatement l’équipe d’oncologie.

Questions fréquentes

Un kyste de l’ovaire peut-il se transformer en cancer ?

Les kystes fonctionnels et la plupart des kystes bénins ne deviennent pas des cancers. Ce qui compte, c’est l’aspect du kyste à l’échographie : un kyste d’aspect suspect est exploré par IRM et souvent retiré pour analyse.

Un CA 125 élevé veut-il dire cancer ?

Non. Le CA 125 augmente aussi avec l’endométriose, les fibromes, les règles, la grossesse ou une inflammation du péritoine. Il s’interprète toujours avec l’échographie et l’examen clinique.

Le frottis dépiste-t-il le cancer de l’ovaire ?

Non. Le frottis et le test HPV dépistent uniquement les lésions du col de l’utérus. Il n’existe pas de dépistage efficace du cancer de l’ovaire dans la population générale.

Peut-on avoir un enfant après un cancer de l’ovaire ?

C’est parfois possible pour certaines tumeurs de stade précoce, frontières ou non épithéliales, grâce à une chirurgie conservatrice. Une consultation de préservation de la fertilité doit être proposée avant tout traitement quand la question se pose.

Est-ce qu’un cancer de l’ovaire fait mal ?

Pas toujours, et souvent pas au début : la maladie est longtemps silencieuse. Les douleurs du bas-ventre ou du bassin font partie des signes possibles, avec le ballonnement et la satiété rapide. Ce qui doit alerter, c’est leur caractère nouveau et persistant pendant plusieurs semaines.

Références

  • Lavoue V, et al. Management of epithelial cancer of the ovary, fallopian tube, and primary peritoneum. Short text of the French Clinical Practice Guidelines issued by FRANCOGYN, CNGOF, SFOG, and GINECO-ARCAGY, and endorsed by INCa. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol, 2019. doi:10.1016/j.ejogrb.2019.03.010 — PMID 30905627
  • Ledermann JA, et al. ESGO-ESMO-ESP consensus conference recommendations on ovarian cancer: pathology and molecular biology and early, advanced and recurrent disease. Ann Oncol, 2024. doi:10.1016/j.annonc.2023.11.015 — PMID 38307807
  • Menon U, et al. Ovarian cancer population screening and mortality after long-term follow-up in the UK Collaborative Trial of Ovarian Cancer Screening (UKCTOCS): a randomised controlled trial. Lancet, 2021. doi:10.1016/S0140-6736(21)00731-5 — PMID 33991479

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

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