Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Gynécologie

Adénomyose : symptômes, diagnostic et traitements

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

L'adénomyose (parfois appelée « endométriose interne ») correspond à la présence de tissu endométrial (la muqueuse de l'utérus) à l'intérieur du muscle utérin ; elle se manifeste surtout par des règles abondantes et douloureuses, mais peut aussi ne donner aucun symptôme. Longtemps diagnostiquée uniquement après une hystérectomie, elle est aujourd'hui reconnue par l'échographie endovaginale et l'IRM, à l'aide de critères échographiques standardisés (consensus MUSA). Une méta-analyse de 39 études publiée en 2025 associe l'adénomyose à un risque accru de certaines complications de grossesse, comme la prééclampsie (risque relatif 2,24), avec un niveau de preuve faible. En l'absence de projet de grossesse, le stérilet hormonal au lévonorgestrel 52 mg est souvent le premier traitement proposé.

Qu'est-ce que l'adénomyose ?

La paroi de l'utérus comporte deux couches principales : l'endomètre, la muqueuse interne qui se renouvelle à chaque cycle, et le myomètre, l'épaisse couche musculaire. Entre les deux se trouve une zone de transition appelée zone jonctionnelle.

Dans l'adénomyose, des glandes et du tissu de soutien de l'endomètre pénètrent dans le myomètre. Ce tissu réagit aux hormones, provoque une inflammation et un épaississement du muscle autour de lui. L'utérus peut augmenter de volume et devenir plus globuleux.

On distingue :

  • l'adénomyose diffuse, répartie dans une grande partie de la paroi utérine ;
  • l'adénomyose focale, limitée à une zone ; lorsqu'elle forme une masse bien visible, on parle d'adénomyome, qui peut ressembler à un fibrome.

L'adénomyose est souvent associée à l'endométriose (lésions situées hors de l'utérus) et aux fibromes. Il s'agit cependant de maladies distinctes, avec des traitements en partie différents.

Quels sont les symptômes de l'adénomyose ?

Les symptômes sont variés et peu spécifiques :

  • des règles abondantes, parfois avec caillots, pouvant entraîner une anémie (manque de fer, fatigue, essoufflement) ;
  • des règles douloureuses, souvent apparues ou aggravées avec le temps ;
  • des douleurs pelviennes chroniques ou des douleurs pendant les rapports ;
  • des saignements en dehors des règles ;
  • des difficultés à obtenir une grossesse ou des fausses couches.

Certaines femmes n'ont aucun symptôme : l'adénomyose est alors découverte lors d'une échographie réalisée pour une autre raison. Une adénomyose sans symptôme et sans projet de grossesse ne nécessite pas de traitement.

Historiquement, l'adénomyose était décrite chez des femmes de plus de 40 ans ayant eu des enfants. Grâce à l'imagerie, on sait aujourd'hui qu'elle concerne aussi des femmes jeunes, y compris celles qui n'ont pas eu de grossesse.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Cicatrice de césarienne et adénomyose — Coupe sagittale : cicatrice d'hystérotomie régulière, avec foyers d'adénomyose dans le myomètre.
Chirurgie gynécologiqueCicatrice de césarienne et adénomyoseCoupe sagittale : cicatrice d'hystérotomie régulière, avec foyers d'adénomyose dans le myomètre.Illustration : Guillaume Blanchet · © Dr Olivier Kadoch

L'examen gynécologique peut retrouver un utérus augmenté de volume, globuleux, parfois sensible. Le diagnostic repose sur l'imagerie, interprétée avec les symptômes et l'examen clinique.

L'échographie endovaginale

C'est l'examen de première intention. En 2022, un groupe d'experts européens a révisé les critères MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment), qui distinguent :

  • les signes directs, qui montrent le tissu endométrial dans le muscle : petits kystes du myomètre, îlots hyperéchogènes (plus blancs), fines lignes ou bourgeons partant de l'endomètre ;
  • les signes indirects, qui traduisent la réaction du muscle : utérus globuleux, épaississement asymétrique des parois, ombres en éventail, vaisseaux traversant la lésion, zone jonctionnelle irrégulière ou interrompue.

L'échographie en 3D permet de mieux visualiser la zone jonctionnelle.

L'IRM pelvienne

L'IRM est utile en cas de doute, d'utérus volumineux, de fibromes associés, ou pour rechercher une endométriose associée. Elle analyse l'épaisseur de la zone jonctionnelle : un épaississement net est un argument pour une adénomyose. Elle distingue également mieux un adénomyome d'un fibrome.

ExamenAvantagesLimites
Échographie endovaginale 2D/3DAccessible, non irradiante, critères MUSA standardisésDépend de l'expérience de l'opérateur
IRM pelvienneVue d'ensemble, mesure de la zone jonctionnelle, bilan d'endométriose associéeMoins accessible, coût plus élevé
HystéroscopieVisualise l'intérieur de l'utérus, élimine un polype ou un fibrome sous-muqueuxNe permet pas à elle seule le diagnostic d'adénomyose
Analyse au microscopeConfirmation formelleUniquement après chirurgie (hystérectomie le plus souvent)

Devant des règles abondantes, le bilan recherche aussi d'autres causes : polype de l'endomètre, fibrome, trouble de la coagulation, anomalie hormonale. Une prise de sang évalue l'anémie et les réserves en fer.

Quels sont les traitements médicaux ?

Le traitement dépend des symptômes, de l'âge et du projet de grossesse. Il n'existe pas de médicament spécifique de l'adénomyose : les traitements utilisés sont proches de ceux de l'endométriose.

  • Le stérilet hormonal au lévonorgestrel 52 mg : il réduit l'abondance des règles et la douleur, avec une action locale. C'est souvent le traitement proposé en premier chez la femme sans projet de grossesse immédiat. Les recommandations du CNGOF de 2022 sur les saignements utérins anormaux consacrent un chapitre à l'adénomyose.
  • Les progestatifs en continu (diénogest, désogestrel) : ils mettent la muqueuse au repos et réduisent les règles.
  • La pilule œstroprogestative en continu : elle diminue la douleur et les saignements.
  • Les traitements non hormonaux pendant les règles : l'acide tranexamique réduit l'abondance des saignements ; les anti-inflammatoires réduisent la douleur et, dans une moindre mesure, les saignements.
  • Les agonistes de la GnRH : ils réduisent temporairement le volume de l'utérus et les symptômes, mais leurs effets indésirables limitent leur durée d'utilisation ; ils sont parfois utilisés avant une chirurgie ou une FIV.
  • La correction d'une anémie par du fer, en comprimés ou en perfusion.

Les modalités de ces traitements sont détaillées dans l'article Endométriose : traitements hormonaux et antidouleurs.

Quand une chirurgie est-elle envisagée ?

L'hystérectomie

Le retrait de l'utérus est le seul traitement définitif de l'adénomyose. Il est proposé lorsque les traitements médicaux ont échoué ou ne sont pas tolérés, chez une femme qui n'a plus de projet de grossesse. Il est réalisé le plus souvent par cœlioscopie ou par voie vaginale. Les ovaires peuvent en général être conservés. Les voies d'abord et les suites sont détaillées dans l'article Hystérectomie.

Les traitements conservateurs

Pour les femmes qui souhaitent conserver leur utérus, d'autres options existent, dont l'évaluation est moins complète :

  • l'exérèse d'un adénomyome (adénomyomectomie), surtout pour une forme focale, avec un risque pour la solidité de la paroi utérine lors d'une grossesse ultérieure ;
  • l'embolisation des artères utérines, réalisée par un radiologue interventionnel ;
  • les techniques de destruction par la chaleur (ultrasons focalisés, radiofréquence), encore peu diffusées en France ;
  • l'ablation de l'endomètre par hystéroscopie, envisageable chez certaines femmes sans projet de grossesse, avec des résultats moins bons en cas d'adénomyose profonde.

L'adénomyose a-t-elle un impact sur la fertilité et la grossesse ?

L'adénomyose est retrouvée plus souvent chez les femmes qui consultent pour infertilité. Elle pourrait gêner l'implantation de l'embryon et augmenter le risque de fausse couche, mais les études sont hétérogènes. En FIV, un blocage hormonal par agonistes de la GnRH avant le transfert d'un embryon congelé est parfois proposé ; son intérêt est discuté au cas par cas avec le centre d'assistance médicale à la procréation.

Pendant la grossesse, une méta-analyse publiée en 2025 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology, regroupant 39 études, associe l'adénomyose à une augmentation de certains risques : prééclampsie, accouchement prématuré, petit poids de naissance, hémorragie après l'accouchement, anomalies de position du placenta, fausse couche. Le niveau de preuve est faible ; les auteurs recommandent une surveillance prénatale adaptée : signalez l'adénomyose à l'équipe qui suit votre grossesse.

Quand consulter en urgence ?

Consultez rapidement ou appelez le 15 / 112 en cas de :

  • saignements très abondants (une protection pleine en moins d'une heure, plusieurs heures de suite) ;
  • malaise, pâleur, essoufflement ou palpitations, pouvant traduire une anémie sévère ;
  • douleur pelvienne brutale et intense ;
  • saignements ou douleurs pendant une grossesse.

Questions fréquentes

L'adénomyose est-elle une forme d'endométriose ?

Les deux maladies sont proches et souvent associées, mais distinctes : l'adénomyose touche le muscle de l'utérus, l'endométriose se situe hors de l'utérus. Une IRM permet de rechercher les deux lors du même examen.

L'adénomyose peut-elle devenir un cancer ?

L'adénomyose est une maladie bénigne. Des saignements anormaux, en particulier après la ménopause, doivent néanmoins toujours être explorés pour éliminer une autre cause.

L'adénomyose disparaît-elle à la ménopause ?

Les symptômes diminuent en général nettement après la ménopause, lorsque les règles s'arrêtent. Cela peut orienter vers un traitement médical d'attente chez une femme proche de la ménopause plutôt que vers une chirurgie.

Peut-on être enceinte avec une adénomyose ?

Oui. L'adénomyose peut diminuer les chances de grossesse, mais de nombreuses femmes atteintes deviennent enceintes, spontanément ou avec une aide médicale. Le suivi de grossesse est adapté à la situation.

Faut-il enlever l'utérus si l'on a une adénomyose ?

Non, sauf si les symptômes persistent malgré les traitements et qu'il n'y a plus de projet de grossesse. De nombreuses femmes sont soulagées par un traitement médical, en particulier le stérilet hormonal.

Références

  • Brun JL, et al. [Management of women with abnormal uterine bleeding: Clinical practice guidelines of the French National College of Gynecologists and Obstetricians (CNGOF)].. Gynecol Obstet Fertil Senol, 2022. doi:10.1016/j.gofs.2022.02.078 — PMID 35248756
  • Harmsen MJ, et al. Consensus on revised definitions of Morphological Uterus Sonographic Assessment (MUSA) features of adenomyosis: results of modified Delphi procedure.. Ultrasound Obstet Gynecol, 2022. doi:10.1002/uog.24786 — PMID 34587658
  • Etrusco A, et al. The ADELIN analysis: the presence of ADenomyosis and its effects on matErnal, neonataL, and obstetrIc outcomes: a systematic review and meta-aNalysis.. Am J Obstet Gynecol, 2025. doi:10.1016/j.ajog.2025.11.008 — PMID 41232787

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.