Aller au contenu
107 av. Victor Hugo, Paris 16e11 rue Lacépède, Paris 5e
Chirurgie intime

Reconstruction clitoridienne : déroulement, suites et résultats

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

La reconstruction clitoridienne est une intervention de chirurgie réparatrice proposée aux femmes qui ont subi une excision (mutilation sexuelle féminine) ; elle consiste à dégager la partie du clitoris restée sous la cicatrice pour la replacer à l'extérieur, et ses résultats s'apprécient sur plusieurs mois. Dans la plus grande série publiée (2 938 femmes opérées en France, The Lancet, 2012), la grande majorité des patientes revues à un an décrivaient une douleur stable ou diminuée, et les complications immédiates concernaient environ 5 % des patientes. L'intervention est prise en charge par l'Assurance maladie et doit s'accompagner d'un suivi psychologique et sexologique.

À qui s'adresse la reconstruction clitoridienne ?

L'intervention concerne les femmes majeures ayant subi une mutilation sexuelle touchant le clitoris (types I, II et parfois III de la classification de l'OMS). Les raisons qui conduisent à la demander sont variées :

  • retrouver un corps perçu comme complet et une identité de femme ;
  • réduire des douleurs de la cicatrice ou des douleurs pendant les rapports ;
  • améliorer la sensibilité et le plaisir.

Dans l'étude de Foldès publiée dans The Lancet, la quasi-totalité des femmes (99 %) citaient la « récupération de leur identité » comme attente principale, 81 % une amélioration de leur vie sexuelle et 29 % une diminution de la douleur.

La demande n'est jamais urgente. Elle s'inscrit dans un parcours plus large, décrit dans l'article « Excision : conséquences, accompagnement et prise en charge ».

Comment se prépare l'intervention ?

La décision repose sur plusieurs consultations.

  • Consultation chirurgicale : écoute des attentes, examen de la cicatrice, explication de la technique, des bénéfices possibles et des limites.
  • Entretien psychologique ou sexologique : la HAS recommande que la chirurgie soit associée à un accompagnement psychologique et sexologique. Ce temps permet de vérifier que la démarche est personnelle, de préparer les changements de sensations et de traiter un éventuel traumatisme.
  • Délai de réflexion : la patiente peut prendre le temps nécessaire, revenir avec ses questions, et renoncer à tout moment.
  • Consultation d'anesthésie obligatoire avant l'intervention.

Comment se déroule l'opération ?

La technique la plus diffusée est celle décrite par le Dr Pierre Foldès. Lors d'une excision, seule la partie visible du clitoris (le gland) est retirée ; le corps du clitoris, long de plusieurs centimètres, reste en place sous la peau. La chirurgie s'appuie sur cette anatomie.

Les étapes décrites dans la publication du Lancet sont :

  1. ouverture de la peau qui recouvre le moignon clitoridien ;
  2. section du ligament suspenseur, qui retient le clitoris vers le haut, afin de le mobiliser ;
  3. retrait du tissu cicatriciel sur la partie exposée ;
  4. fixation du nouveau gland en position normale, à l'extérieur.

L'intervention se fait en général sous anesthésie générale, à l'Hôpital privé Geoffroy Saint-Hilaire (Paris 5e), à la Clinique de la Muette (Paris 16e) ou à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine). La durée d'hospitalisation vous est précisée en consultation.

Quelles sont les suites opératoires ?

Les suites sont marquées par une cicatrisation progressive, qui demande de la patience.

PériodeCe qui est habituelCe qui doit alerter
Premiers joursDouleur modérée, gonflement, petits saignements, inconfort pour s'asseoir et urinerSaignement abondant, hématome qui grossit, fièvre
Premières semainesCicatrisation du nouveau gland, présence de croûtes ou de fibrine (dépôt blanchâtre normal)Douleur qui augmente, écoulement malodorant, désunion de la cicatrice
Premiers moisSensations nouvelles, parfois une hypersensibilité, puis évolution progressiveDouleur persistante ou invalidante

Les soins à la maison

  • toilette à l'eau, plusieurs fois par jour, sans savon agressif ;
  • séchage doux, sous-vêtements en coton ;
  • antalgiques prescrits à la sortie ;
  • éviter les bains prolongés et les frottements jusqu'à la cicatrisation.

Reprise des activités

À titre indicatif, l'hospitalisation dure en général une nuit ; l'arrêt de travail est en général d'environ 10 jours après la sortie, renouvelable si nécessaire. Les rapports reprennent lorsque la zone est indolore, souvent après 5 à 8 semaines, et le sport après 6 à 8 semaines selon la cicatrisation ; ces repères sont adaptés en consultation. Une consultation post-opératoire a lieu en général 4 à 6 semaines après l'intervention (plus tôt si besoin) ; les contrôles suivants sont fixés à ce moment-là.

La reprise de l'activité sexuelle se fait à son rythme, une fois la cicatrisation obtenue. Les nouvelles sensations doivent souvent être apprivoisées : c'est l'un des objectifs du suivi sexologique.

Quels sont les risques ?

Comme toute chirurgie, la reconstruction comporte des risques. Dans la série de 2 938 patientes publiée dans The Lancet, des complications immédiates (hématome, lâchage de suture, fièvre modérée) sont survenues chez 5 % des femmes, et 4 % ont été brièvement réhospitalisées.

Les autres risques à connaître :

  • une cicatrisation lente ou une rétraction du nouveau gland, qui peut redevenir moins visible ;
  • des douleurs persistantes ou une hypersensibilité ;
  • l'absence d'amélioration ressentie, voire une dégradation : la revue systématique publiée dans le BJOG rapporte que jusqu'à 22 % des femmes décrivent une aggravation de certains aspects de leur sexualité après la reconstruction.

C'est pourquoi l'information préalable doit être complète et la décision partagée.

Quels résultats après une reconstruction clitoridienne ?

Sur l'aspect anatomique

À un an, dans l'étude de Foldès, 42 % des femmes revues avaient un gland visible sans capuchon, 28 % un clitoris d'aspect normal, 24 % une projection visible et 6 % une projection palpable ; moins de 1 % ne notaient aucun changement. La revue du BJOG, qui regroupe plusieurs études, retrouve un clitoris visible chez environ 77 % des femmes.

Sur la douleur

Sur 840 femmes revues à un an dans la série du Lancet, 821 décrivaient une douleur améliorée ou au moins non aggravée.

Sur la sexualité

Dans la même série, 815 femmes sur 834 décrivaient un plaisir clitoridien amélioré ou stable, et 51 % rapportaient des orgasmes à un an. La revue du BJOG confirme une amélioration pour la majorité des femmes, mais souligne la variabilité des résultats.

Les limites de ces données

Il faut les lire avec prudence : moins d'un tiers des femmes opérées dans la série du Lancet sont revenues à la consultation à un an, et les questionnaires utilisés n'étaient pas standardisés. La revue du BJOG conclut que les femmes doivent être informées du faible niveau de preuve concernant les bénéfices. Le résultat dépend aussi du vécu, de l'accompagnement et du temps.

Pourquoi un accompagnement sexologique ?

La chirurgie répare un organe ; elle ne répare pas à elle seule une histoire. Les sensations d'un clitoris longtemps enfoui sous une cicatrice sont nouvelles et parfois déroutantes. Le travail avec un sexologue ou un psychologue aide à :

  • comprendre son anatomie et ses nouvelles sensations ;
  • dépasser l'appréhension de la douleur ;
  • intégrer ce changement dans la relation de couple ;
  • prendre en charge un traumatisme lié à l'excision.

La HAS recommande cet accompagnement en complément de la chirurgie. Il peut commencer avant l'intervention et se prolonger plusieurs mois après.

Est-ce remboursé ?

Oui. La HAS rappelle que la réparation clitoridienne est un acte de chirurgie réparatrice, non esthétique, pris en charge par la Sécurité sociale. Un devis vous est remis avant l'intervention.

Quand consulter en urgence ?

Après l'intervention, contactez sans attendre l'équipe chirurgicale, ou appelez le 15, en cas de :

  • saignement abondant ou hématome qui augmente ;
  • fièvre supérieure à 38,5 °C ;
  • douleur qui s'aggrave malgré les antalgiques ;
  • impossibilité d'uriner.

Questions fréquentes

La reconstruction est-elle douloureuse ?

Les premiers jours sont inconfortables et nécessitent des antalgiques. Dans la grande majorité des cas publiés, la douleur s'atténue au fil de la cicatrisation, et de nombreuses femmes constatent à terme une diminution de leurs douleurs antérieures.

Peut-on accoucher par voie basse après une reconstruction ?

Le mode d'accouchement est décidé par l'équipe obstétricale, qui doit être informée de l'intervention afin d'adapter la surveillance de l'accouchement.

Les sensations sont-elles immédiates ?

Non. Les sensations évoluent progressivement pendant plusieurs mois. Une hypersensibilité temporaire est possible au début.

Faut-il être accompagnée par un psychologue pour être opérée ?

Un accompagnement psychologique ou sexologique est recommandé par la HAS. Il n'est pas une condition administrative.

Mon conjoint doit-il donner son accord ?

Non. La décision vous appartient. Vous pouvez, si vous le souhaitez, l'associer aux consultations.

Combien de temps faut-il pour cicatriser ?

La cicatrisation se fait sur plusieurs semaines. À titre indicatif, l'hospitalisation dure en général une nuit ; l'arrêt de travail est en général d'environ 10 jours, les rapports reprennent lorsque la zone est indolore, souvent après 5 à 8 semaines, et le sport après 6 à 8 semaines. Une consultation post-opératoire a lieu en général 4 à 6 semaines après l'intervention ; ces repères sont adaptés à chaque patiente.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.