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Chirurgie et examens

Deuxième avis chirurgical en gynécologie : quand et comment ?

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20277 min de lecture

En bref

Demander un deuxième avis chirurgical (second avis médical) avant une opération est un droit : la loi garantit le libre choix du médecin (article L1110-8 du Code de la santé publique) et l'accès direct à votre dossier médical (article L1111-7). Une revue systématique publiée en 2014 montre que le deuxième avis confirme le plus souvent la proposition initiale, mais qu'il entraîne un changement important du diagnostic, du traitement ou du pronostic dans 10 à 62 % des cas selon les études. En cancérologie, chaque dossier est déjà discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), ce qui constitue en soi une forme d'avis collectif.

Pourquoi demander un deuxième avis chirurgical ?

Une intervention gynécologique est rarement urgente, et beaucoup ont des alternatives. Il est légitime de vouloir être sûre de la décision avant de s'engager. Les raisons les plus fréquentes, retrouvées dans la littérature, sont :

  • confirmer un diagnostic ou une indication opératoire ;
  • connaître les alternatives (traitement médical, surveillance, technique moins invasive) ;
  • obtenir des informations complémentaires, lorsque l'on n'a pas tout compris ou que l'on a manqué de temps en consultation ;
  • persistance des symptômes malgré un traitement, ou complication d'un traitement antérieur ;
  • besoin de confiance avant une intervention qui touche à la fertilité ou à l'intimité.

Chercher un deuxième avis n'est ni un manque de confiance ni une démarche contre le premier médecin. C'est une façon de participer activement à la décision.

Que dit la loi sur le deuxième avis ?

DroitTexteCe que cela signifie pour vous
Libre choix du praticien et de l'établissementArt. L1110-8 CSPVous pouvez consulter le chirurgien de votre choix, y compris pour un deuxième avis
Information et consentementArt. L1111-2 et L1111-4 CSPVous devez être informée des bénéfices, risques et alternatives ; aucune intervention sans votre consentement
Accès au dossier médicalArt. L1111-7 CSPVous pouvez obtenir directement la copie de vos comptes rendus, imageries et résultats : sous 8 jours, ou 2 mois si les informations datent de plus de 5 ans
Consultation d'un confrèreArt. R4127-60 CSP (code de déontologie)Le médecin doit accepter la consultation d'un confrère demandée par la patiente ou son entourage
ConfraternitéArt. R4127-56 CSPLes médecins entretiennent des rapports de bonne confraternité ; le second avis porte sur le dossier, pas sur la personne du premier médecin

Le médecin consulté en deuxième avis doit donc s'abstenir de tout dénigrement. S'il propose une autre stratégie, il en explique les raisons médicales, et il peut, avec votre accord, adresser un courrier au premier praticien.

Dans quelles situations un deuxième avis est-il particulièrement utile ?

Hystérectomie proposée pour une maladie bénigne

L'ablation de l'utérus est définitive. Pour des fibromes, des règles abondantes ou une adénomyose, il existe souvent des options conservatrices : traitement hormonal, dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, myomectomie, hystéroscopie opératoire, embolisation. La voie d'abord (vaginale, cœlioscopique, abdominale) mérite aussi d'être discutée.

Endométriose profonde

La chirurgie de l'endométriose profonde, surtout lorsqu'elle touche le rectum, le côlon ou la vessie, est complexe. Ses bénéfices doivent être mis en balance avec les traitements médicaux et avec un éventuel projet de grossesse. Un avis dans une équipe ayant l'habitude de ces interventions est souvent recommandé.

Fibromes utérins

Le choix entre surveillance, traitement médical, myomectomie et embolisation dépend de la taille, du nombre et de la localisation des fibromes (classification FIGO), de vos symptômes et de votre désir de grossesse.

Kyste de l'ovaire

Un kyste fonctionnel disparaît le plus souvent seul. Un deuxième avis, parfois avec une échographie par un échographiste expert, peut éviter une chirurgie inutile, ou au contraire confirmer qu'une masse suspecte doit être opérée rapidement.

Cancer gynécologique

En France, toute proposition de traitement d'un cancer doit être discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire, qui réunit des médecins de plusieurs spécialités (chirurgie, oncologie médicale, radiothérapie, radiologie, anatomopathologie). La HAS rappelle que la RCP sert notamment à vérifier que la décision est conforme aux recommandations. Un deuxième avis reste possible, mais il est souvent plus utile de demander à voir la fiche RCP et de faire préciser les options discutées.

Quand un deuxième avis n'est-il pas raisonnable ?

Dans une urgence vraie, attendre un autre avis peut être dangereux :

  • grossesse extra-utérine avec douleur ou saignement interne ;
  • torsion de l'ovaire (douleur brutale et intense) ;
  • hémorragie importante ;
  • infection grave (abcès pelvien).

Dans ces cas, la décision se prend sur place, avec l'équipe des urgences.

Comment préparer une consultation de deuxième avis ?

Un deuxième avis n'a de valeur que si le second médecin dispose des mêmes éléments que le premier. Apportez :

  • les comptes rendus de consultation et le courrier proposant l'intervention ;
  • les imageries (échographie, IRM, scanner) avec les images elles-mêmes, sur CD ou via un lien de téléchargement, et pas seulement les comptes rendus ;
  • les résultats biologiques (bilan hormonal, marqueurs tumoraux) ;
  • les comptes rendus opératoires et d'anatomopathologie des interventions antérieures (biopsie, hystéroscopie, cœlioscopie) ;
  • la fiche RCP en cas de cancer ;
  • la liste de vos traitements et de vos antécédents ;
  • vos questions écrites à l'avance.

Vous pouvez demander ces documents directement à votre médecin ou à l'établissement, ou les retrouver dans Mon espace santé lorsqu'ils y ont été déposés.

Quelles questions poser lors du deuxième avis ?

  • Le diagnostic est-il certain ? Faut-il un examen supplémentaire ?
  • L'intervention est-elle nécessaire maintenant, ou peut-on attendre ?
  • Quelles sont les alternatives, y compris la surveillance ?
  • Quelle voie d'abord est envisageable (cœlioscopie, voie vaginale, hystéroscopie, laparotomie) ?
  • Quelles sont les conséquences sur ma fertilité, ma sexualité, ma ménopause ?
  • Quels sont les risques principaux et leur fréquence ?
  • Combien de temps d'hospitalisation et de convalescence ?

Les outils d'aide à la décision, quand ils existent, sont utiles : une revue Cochrane de 209 essais montre qu'ils améliorent les connaissances des patients, la justesse de leur perception des risques et leur participation active à la décision, sans augmenter le regret.

Que faire si les deux avis divergent ?

Une divergence est fréquente, surtout sur le choix du traitement, plus que sur le diagnostic. Dans ce cas :

  • demandez à chaque médecin d'expliquer sur quels éléments repose sa proposition ;
  • vérifiez que les deux ont eu les mêmes examens ;
  • demandez si votre dossier peut être discuté en RCP ou avec un centre expert (endométriose, cancérologie) ;
  • prenez le temps de réfléchir : sauf urgence, quelques semaines de délai ne modifient généralement pas le pronostic d'une maladie bénigne.

C'est vous qui décidez. Vous pouvez choisir d'être opérée par le premier ou le second chirurgien, ou de ne pas être opérée.

Comment demander un deuxième avis au cabinet ?

Modalités : rendez-vous sur Doctolib ou au 01 43 79 59 79. Délai habituel : une semaine à 10 jours en moyenne, sauf périodes de congés. Téléconsultation : possible, via Doctolib. Honoraires : 120 à 150 € (médecin conventionné secteur 2 à honoraires libres, non adhérent à l'OPTAM) la consultation ; étudiantes au tarif Sécurité sociale ; patientes bénéficiaires de la C2S ou de l'AME acceptées sans dépassement.

Questions fréquentes

Dois-je prévenir mon premier médecin ?

Ce n'est pas obligatoire, mais c'est souvent utile : il peut vous transmettre plus facilement l'ensemble du dossier. Les médecins sont habitués à ces demandes, et le code de déontologie leur impose d'accepter la consultation d'un confrère demandée par la patiente.

Le deuxième avis est-il remboursé ?

Une consultation de deuxième avis est une consultation de spécialiste comme une autre, prise en charge selon les règles habituelles de l'Assurance maladie et de votre complémentaire. Le montant dépend du secteur du médecin consulté.

Le chirurgien qui donne le deuxième avis peut-il m'opérer ?

Oui, si vous le souhaitez. Le libre choix du praticien vous permet de confier l'intervention au médecin de votre choix.

Un deuxième avis retarde-t-il la prise en charge d'un cancer ?

Les délais doivent rester courts en cancérologie. Avant de chercher un autre avis, demandez la fiche RCP : elle résume l'avis collégial de plusieurs spécialistes. Si un doute persiste, un deuxième avis rapide dans un centre expert est possible.

Puis-je demander un troisième avis ?

Rien ne l'interdit, mais multiplier les avis peut rendre la décision plus difficile. Il est souvent plus utile de faire discuter le dossier en RCP ou dans un centre expert.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

Prendre rendez-vous

Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.