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Grossesse

Diabète gestationnel et diabète pendant la grossesse : dépistage et suivi

Par Dr Olivier Kadoch, gynécologue-obstétricienRelu le Prochaine révision : octobre 20278 min de lecture

En bref

Le diabète gestationnel est une élévation de la glycémie qui apparaît ou est découverte pendant la grossesse. En France, il est recherché chez les femmes ayant des facteurs de risque, selon le consensus CNGOF-SFD de 2010, par une glycémie à jeun au 1er trimestre puis une hyperglycémie provoquée orale (HGPO) entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée ; le diagnostic est retenu dès 0,92 g/L à jeun. Il se traite d'abord par l'alimentation et l'activité physique, puis par insuline si besoin. Un diabète connu avant la grossesse demande, lui, une préparation dès avant la conception.

Diabète gestationnel ou diabète préexistant : quelle différence ?

Pendant la grossesse, les hormones du placenta rendent l'organisme moins sensible à l'insuline, surtout à partir du 2e trimestre. Le pancréas compense en produisant davantage d'insuline. Quand il n'y parvient pas, la glycémie s'élève : c'est le diabète gestationnel.

SituationQuand est-il découvert ?Enjeu principal
Diabète gestationnelPendant la grossesse, le plus souvent au 2e ou au 3e trimestreCroissance excessive du bébé, prééclampsie, hypoglycémie du nouveau-né ; risque de diabète de type 2 plus tard
Diabète de type 2 méconnuGlycémie très élevée dès le début de la grossesseIl existait avant la grossesse ; il persiste après et se prend en charge comme un diabète de type 2
Diabète de type 1 ou de type 2 connuAvant la grossesseRisque de fausse couche et de malformations si la glycémie est déséquilibrée au moment de la conception

La distinction compte : un diabète gestationnel isolé n'augmente pas le risque de malformation, contrairement à un diabète préexistant mal équilibré au début de la grossesse.

Qui doit être dépistée et comment ?

En France, les recommandations du CNGOF et de la Société francophone du diabète (SFD) de 2010 proposent un dépistage ciblé chez les femmes ayant au moins un facteur de risque :

  • âge de 35 ans ou plus ;
  • indice de masse corporelle (IMC) de 25 kg/m² ou plus avant la grossesse ;
  • diabète chez un parent du premier degré (père, mère, frère, sœur) ;
  • diabète gestationnel lors d'une grossesse précédente ;
  • antécédent de bébé de poids de naissance élevé (macrosomie).

Les examens

  • Au 1er trimestre : une glycémie à jeun. Une valeur de 0,92 g/L ou plus suffit à poser le diagnostic de diabète gestationnel ; une valeur de 1,26 g/L ou plus évoque un diabète de type 2 préexistant.
  • Entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée (SA), si la glycémie à jeun du début était normale : hyperglycémie provoquée orale (HGPO) avec 75 g de glucose et trois dosages. Le diagnostic est retenu si au moins une valeur atteint le seuil : 0,92 g/L à jeun, 1,80 g/L à 1 heure ou 1,53 g/L à 2 heures.

Le test de O'Sullivan (50 g de glucose) n'est plus recommandé en France. Pendant la grossesse, un excès de liquide amniotique ou un bébé de taille importante à l'échographie peuvent aussi faire réaliser une HGPO, même au 3e trimestre.

Ces seuils sont issus de l'étude internationale HAPO. Elle a montré que les complications augmentent régulièrement avec la glycémie de la mère, sans seuil net.

Quels sont les risques pour la mère et pour le bébé ?

Pour le bébé

  • Macrosomie : le sucre en excès traverse le placenta et fait grossir le bébé. Le principal risque est la dystocie des épaules (épaules bloquées à l'accouchement).
  • Hypoglycémie du nouveau-né dans les heures suivant la naissance, d'où la surveillance de sa glycémie.
  • Jaunisse, détresse respiratoire, plus fréquentes quand le diabète est mal équilibré.
  • Avec un diabète préexistant déséquilibré en début de grossesse : fausse couche et malformations, notamment cardiaques.

Pour la mère

  • Hypertension et prééclampsie.
  • Césarienne plus fréquente.
  • Infections, en particulier urinaires.
  • Avec un diabète préexistant : aggravation possible d'une rétinopathie, hypoglycémies sous insuline, acidocétose dans le diabète de type 1.
  • À long terme, après un diabète gestationnel : risque de diabète de type 2 environ sept fois plus élevé que chez les femmes dont la glycémie était normale pendant la grossesse, d'après une méta-analyse publiée dans The Lancet.

Comment traite-t-on un diabète gestationnel ?

Le but est de ramener la glycémie le plus près possible de la normale. Le traitement repose sur trois étapes.

  1. Alimentation adaptée : glucides répartis sur trois repas et deux ou trois collations, sucres rapides limités, apport calorique ajusté à votre poids. Une consultation avec une diététicienne est conseillée. Voir aussi nos repères sur les besoins nutritionnels de la femme enceinte.
  2. Activité physique régulière et adaptée, comme la marche, en l'absence de contre-indication obstétricale.
  3. Insuline si les objectifs ne sont pas atteints après 7 à 10 jours de mesures alimentaires. C'est le traitement médicamenteux recommandé pendant la grossesse en France ; les antidiabétiques oraux n'y sont pas recommandés en première intention.

Vous mesurez votre glycémie au doigt, en général à jeun et après les repas. Les objectifs proposés par le CNGOF et la SFD sont une glycémie à jeun inférieure à 0,95 g/L et une glycémie 2 heures après le repas inférieure à 1,20 g/L. Vos propres objectifs et le rythme des contrôles vous sont précisés en consultation.

Diabète de type 1 ou 2 : comment préparer et suivre la grossesse ?

Avec un diabète connu, la grossesse se prépare. Une glycémie bien équilibrée plusieurs mois avant la conception réduit le risque de fausse couche et de malformation. La consultation préconceptionnelle permet de :

  • viser une hémoglobine glyquée (HbA1c) aussi proche que possible de la normale, avec votre diabétologue ;
  • remplacer les traitements contre-indiqués pendant la grossesse ; dans le diabète de type 2, les comprimés sont en général remplacés par de l'insuline ;
  • faire un fond d'œil et un bilan rénal ;
  • débuter l'acide folique avant la conception, selon la prescription de votre médecin.

Pendant la grossesse, le suivi est rapproché et partagé entre l'obstétricien et le diabétologue : autosurveillance glycémique plusieurs fois par jour, adaptation fréquente des doses d'insuline car les besoins changent au fil des trimestres, échographies de croissance, surveillance ophtalmologique. Le suivi obstétrical est assuré au cabinet, en lien avec votre diabétologue, et l'accouchement est organisé à la Maternité Sainte-Félicité (Paris 15e) ou à la Clinique Sainte-Thérèse (Paris 17e).

Quand consulter en urgence à la maternité ?

Rendez-vous aux urgences de la maternité, ou appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de malaise grave, si vous constatez :

  • une diminution ou un arrêt des mouvements du bébé ;
  • des maux de tête intenses, des troubles visuels, une douleur sous les côtes ou une tension élevée (signes de prééclampsie) ;
  • des contractions régulières avant 37 SA, une perte de liquide ou des saignements ;
  • une fièvre ou des brûlures urinaires avec douleur du dos ;
  • sous insuline : une hypoglycémie sévère avec malaise, confusion ou perte de connaissance (l'entourage appelle le 15) ;
  • dans le diabète de type 1 : glycémies très élevées avec nausées, vomissements, soif intense ou cétones dans les urines ou le sang.

Comment se passent l'accouchement et le suivi après la naissance ?

Un diabète gestationnel bien équilibré, par l'alimentation seule ou par l'insuline, et sans retentissement sur le bébé, ne modifie pas en général la prise en charge de l'accouchement. En cas de déséquilibre ou de retentissement sur le bébé, un déclenchement ou une césarienne peuvent être discutés au cas par cas, en tenant compte de l'estimation de poids, de l'équilibre glycémique et de vos antécédents.

Après la naissance :

  • le bébé bénéficie de contrôles de glycémie et d'une alimentation précoce ; l'allaitement est encouragé ;
  • en cas de diabète gestationnel, l'insuline est arrêtée et la glycémie contrôlée dans les jours qui suivent ;
  • un dépistage du diabète de type 2 (glycémie à jeun ou HGPO) est recommandé lors de la consultation postnatale, puis tous les 1 à 3 ans selon les facteurs de risque ;
  • le maintien d'une alimentation équilibrée, d'une activité physique et d'un poids stable réduit le risque de diabète ultérieur ;
  • pour une prochaine grossesse, la glycémie est contrôlée dès le 1er trimestre.

Questions fréquentes

Le diabète gestationnel disparaît-il après l'accouchement ?

Le plus souvent, oui : la glycémie se normalise dans les jours qui suivent la naissance. Le risque de diabète de type 2 reste toutefois plus élevé pendant des années, d'où le contrôle lors de la consultation postnatale puis un dépistage tous les 1 à 3 ans.

L'insuline est-elle dangereuse pour le bébé ?

Non. L'insuline injectée ne traverse pas le placenta de façon significative. Elle sert à normaliser votre glycémie, ce qui protège le bébé d'une croissance excessive.

Peut-on allaiter après un diabète gestationnel ?

Oui, l'allaitement est encouragé. Il est compatible avec la surveillance du nouveau-né et pourrait avoir un effet favorable sur le métabolisme de la mère.

Faut-il supprimer complètement le sucre en cas de diabète gestationnel ?

Non. Les glucides restent nécessaires au bébé et à la mère. Il s'agit de les répartir sur la journée, de privilégier les aliments à index glycémique bas et de limiter les sucres rapides.

Quels taux définissent un diabète gestationnel ?

Selon le consensus CNGOF-SFD de 2010, le diagnostic est retenu si la glycémie à jeun atteint 0,92 g/L ou plus, ou si, lors de l'HGPO avec 75 g de glucose, une seule valeur atteint le seuil : 0,92 g/L à jeun, 1,80 g/L à 1 heure ou 1,53 g/L à 2 heures.

Références

Dr Olivier KadochGynécologue-obstétricien et chirurgien gynécologique à Paris (16e et 5e). Ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris, praticien accrédité par la HAS. RPPS 10003957809. Parcours et lieux d'exercice

Une question sur votre situation ?Consultation au cabinet ou en téléconsultation, délai moyen d'une semaine à 10 jours.

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Article d'information générale : il ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.