Les saignements après l’accouchement : ce qui est normal
Après un accouchement, il est habituel d’avoir des saignements appelés lochies. Il s’agit d’un écoulement de sang, de petits caillots et de débris de muqueuse utérine. Ces saignements peuvent durer jusqu’à environ 3 semaines, parfois un peu plus, en diminuant progressivement en quantité et en passant du rouge vif au marron, puis au rosé.
En revanche, des saignements qui se prolongent, augmentent ou deviennent anormalement abondants doivent amener à consulter, afin d’éliminer une cause pathologique.
Principales causes de saignements prolongés après l’accouchement
1. Atrophie de l’endomètre
L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus. Après la grossesse et l’accouchement, cette muqueuse se reconstruit. Chez certaines femmes, surtout après un allaitement prolongé ou en cas de variations hormonales importantes, l’endomètre peut devenir très fin : on parle d’atrophie endométriale.
Cette atrophie peut provoquer de petits saignements irréguliers ou persistants, parfois associés à des cycles menstruels perturbés.
2. Endométrite hémorragique
L’endométrite est une infection de la muqueuse utérine. Après un accouchement, surtout s’il a été compliqué, instrumenté ou s’il y a eu une césarienne, un risque d’infection utérine existe.
Une endométrite hémorragique se manifeste généralement par :
- des saignements anormaux (plus abondants ou prolongés) ;
- des douleurs pelviennes ou abdominales ;
- une fièvre ou un état fébrile ;
- des pertes malodorantes.
Cette situation nécessite une prise en charge médicale rapide.
3. Lochies prolongées
Les lochies correspondent au « nettoyage » naturel de l’utérus après l’accouchement. Elles peuvent:
- durer jusqu’à une vingtaine de jours, parfois un peu plus ;
- varier en quantité d’un jour à l’autre ;
- changer progressivement de couleur (rouge, puis brun, puis rosé).
Si leur aspect reste modéré, sans caillots importants ni mauvaise odeur, et sans douleur ni fièvre associée, il s’agit le plus souvent d’une évolution normale. En cas de doute, il est néanmoins prudent de demander un avis médical.
4. Rétention placentaire
Après l’accouchement, le placenta doit être entièrement expulsé. S’il persiste un fragment de placenta ou de membranes dans la cavité utérine, on parle de rétention placentaire.
Cela peut entraîner :
- des saignements prolongés ou très abondants ;
- parfois des douleurs utérines ;
- un risque d’infection de l’utérus.
La rétention placentaire est généralement confirmée par une échographie pelvienne et peut nécessiter un geste de type curetage utérin ou aspiration, le plus souvent à l’hôpital.
5. Nouvelle grossesse précoce ou fausse couche
Il est possible, même quelques semaines seulement après un accouchement, de débuter une nouvelle grossesse, en particulier si aucune contraception n’a été mise en place et si les rapports ont repris.
Dans ce contexte, des saignements peuvent :
- correspondre à une grossesse débutante avec petits saignements du premier trimestre ;
- ou révéler une fausse couche précoce ;
- ou toute autre cause de saignements du début de grossesse (grossesse extra-utérine, par exemple).
Un dosage sanguin de β-hCG (hormone de grossesse) et une échographie permettent de faire le point.
6. Maladie trophoblastique (cause exceptionnelle)
La maladie trophoblastique gestationnelle est une complication très rare, liée à un développement anormal des tissus dérivés du placenta. Elle peut se manifester par :
- des saignements persistants ou abondants ;
- un taux de β-hCG anormalement élevé ou qui ne redescend pas après la grossesse ;
- des anomalies visibles à l’échographie.
Cette pathologie nécessite une prise en charge spécialisée en milieu hospitalier.
7. Causes médicamenteuses
Certains médicaments, et notamment certains traitements hormonaux (contraception, traitements post-partum) ou anticoagulants, peuvent favoriser des saignements irréguliers ou prolongés.
Il est important de signaler à votre médecin tous les traitements en cours (médicaments, dispositifs intra-utérins, etc.) afin qu’il puisse évaluer leur rôle éventuel dans les saignements.
Quel bilan en cas de saignements persistants après l’accouchement ?
Face à des saignements qui durent plusieurs semaines, qui réapparaissent après une accalmie ou qui deviennent plus abondants, une consultation médicale est indispensable pour éliminer une cause grave et adapter le traitement.
Le bilan repose généralement sur :
- un examen clinique gynécologique : examen au spéculum et toucher vaginal ;
- une prise de sang : recherche d’anémie, dosage de β-hCG, bilan inflammatoire si besoin ;
- des prélèvements vaginaux et cervicaux : recherche d’infection bactérienne ou autre ;
- une échographie pelvienne : évaluation de la cavité utérine (rétention placentaire, aspect de l’endomètre, éventuelle nouvelle grossesse).
Traitements possibles selon la cause
En cas d’atrophie de l’endomètre
Lorsque le saignement est lié à une atrophie endométriale, le traitement repose souvent sur une hormonothérapie transitoire, le plus souvent par association oestro-progestative (œstrogène + progestatif).
Ce traitement permet :
- de relancer un cycle menstruel plus régulier ;
- de favoriser la régénération de la muqueuse utérine ;
- de stabiliser le saignement.
En cas d’infection utérine (endométrite)
Une endométrite non compliquée peut parfois être traitée en ambulatoire, par antibiotiques adaptés, avec une surveillance clinique rapprochée.
En revanche, si l’infection est plus sévère ou associée à une rétention de débris placentaires, une hospitalisation est souvent nécessaire pour :
- un traitement antibiotique intraveineux ;
- une éventuelle intervention de type curetage utérin ou aspiration sous contrôle ;
- une surveillance générale (fièvre, douleur, saignements, état général).
En cas de rétention placentaire ou autre cause organique
La présence de fragments placentaires ou de tissus résiduels dans l’utérus est prise en charge en milieu hospitalier. Selon le contexte, le médecin pourra proposer :
- un curetage chirurgical ou une aspiration ;
- une surveillance rapprochée des saignements et du taux d’hémoglobine ;
- un traitement associé (antibiotiques, antalgiques, fer, etc.).
Quand consulter en urgence ?
Après un accouchement, vous devez consulter rapidement (urgences ou maternité) si :
- les saignements deviennent très abondants (nécessité de changer de protection toutes les heures ou présence de gros caillots) ;
- vous avez de la fièvre ou des frissons ;
- vous ressentez des douleurs abdominales importantes ;
- les pertes deviennent particulièrement malodorantes ;
- vous vous sentez pâle, très fatiguée, essoufflée, tête qui tourne, pouvant évoquer une anémie ou une hémorragie importante.
À retenir
Des saignements quelques semaines après un accouchement ne sont pas toujours anormaux, surtout s’il s’agit de lochies en voie de disparition. En revanche, des saignements persistants, qui augmentent, s’accompagnent de douleurs, de fièvre ou de malaise doivent systématiquement conduire à une consultation gynécologique.
Un examen clinique, une prise de sang, des prélèvements vaginaux et une échographie pelvienne permettront de préciser la cause (atrophie de l’endomètre, endométrite, rétention placentaire, nouvelle grossesse, cause médicamenteuse, pathologie plus rare) et de mettre en place le traitement adapté.
En cas de doute, n’hésitez jamais à contacter votre médecin, votre sage-femme ou la maternité où vous avez accouché.

