Sont‑ils fréquents ? Sont‑ils graves ?
Les nausées et vomissements du début de grossesse sont très fréquents : plus d’une femme enceinte sur deux en présente, le plus souvent au cours du premier trimestre. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un trouble bénin, lié aux modifications hormonales, sans conséquence pour la mère ni pour le bébé.
Ils peuvent toutefois être gênants au quotidien, perturber l’alimentation et, plus rarement, révéler une autre maladie qui nécessite un avis médical.
Causes possibles des vomissements pendant la grossesse
La cause est le plus souvent fonctionnelle, en lien avec la grossesse elle‑même et les hormones, sans maladie sous‑jacente identifiable. Néanmoins, devant des vomissements importants, prolongés ou atypiques, il faut envisager d’autres origines possibles.
Causes digestives (organiques)
- Hernie hiatale : remontées acides et brûlures de l’estomac pouvant s’accompagner de vomissements.
- Occlusion intestinale : arrêt des gaz et des selles, douleurs abdominales intenses, ventre distendu. C’est une urgence.
- Appendicite : douleur du côté droit de l’abdomen, fièvre possible, nausées et vomissements.
- Lithiase biliaire (calculs de la vésicule) : douleurs sous les côtes à droite, irradiant parfois vers le dos, associées à nausées/vomissements.
Causes métaboliques
- Diabète mal équilibré : peut s’accompagner de nausées, vomissements, grande fatigue, soif intense.
- Hyperthyroïdie : accélération du métabolisme avec amaigrissement, palpitations, tremblements, intolérance à la chaleur et parfois vomissements.
Causes obstétricales
- Môle hydatiforme : grossesse anormale avec développement pathologique du placenta, pouvant entraîner des vomissements très importants, un utérus plus gros que prévu et un taux d’hormone de grossesse (hCG) très élevé.
- Grossesse gémellaire : les nausées peuvent être plus marquées en raison d’un taux hormonal plus important.
Évolution habituelle des nausées et vomissements du premier trimestre
Dans le cadre d’une grossesse normale, l’évolution suit généralement le schéma suivant :
- Début : autour de la 4e semaine d’aménorrhée (environ 2 semaines après le retard de règles).
- Pic d’intensité : entre la 8e et la 12e semaine d’aménorrhée.
- Amélioration progressive ensuite.
- Disparition habituelle vers la 14e–15e semaine d’aménorrhée (début du 2e trimestre).
Si les vomissements débutent très brutalement, s’aggravent après le premier trimestre, ou s’accompagnent d’autres symptômes inquiétants (fièvre, douleurs abdominales intenses, saignements…), une consultation s’impose.
Mesures hygiéno‑diététiques pour atténuer les nausées
Dans la majorité des cas, quelques adaptations de l’alimentation et du mode de vie suffisent à améliorer nettement les symptômes.
- Fractionner les repas : préférer de petites prises alimentaires, plus fréquentes (5 à 6 fois par jour), plutôt que 2 ou 3 gros repas.
- Éviter les aliments gras : limiter les plats frits, en sauce, très gras, qui aggravent les nausées.
- Supprimer les aliments qui déclenchent un dégoût : respecter ses envies et ses aversions, même passagères, pour limiter les vomissements.
- Manger dès le lever : en cas de nausées matinales, prendre un aliment sec (biscotte, pain, cracker) avant de se lever peut aider.
- Boire régulièrement : petites gorgées d’eau ou de boissons non sucrées tout au long de la journée pour éviter la déshydratation.
Quand consulter ? Quand rechercher une autre cause ?
Une consultation médicale (généraliste, gynécologue, obstétricien) est recommandée en cas :
- d’évolution atypique (début tardif, aggravation après le 1er trimestre, symptômes associés inhabituels),
- de vomissements très fréquents empêchant de s’alimenter ou de boire correctement,
- de perte de poids rapide, sensation de grande faiblesse, vertiges,
- de douleurs abdominales importantes, fièvre, diarrhée ou constipation sévère,
- de suspicion de maladie associée (diabète, hyperthyroïdie, pathologie digestive).
Le médecin pourra alors rechercher une cause précise et adapter la prise en charge (examens complémentaires, traitement ciblé, surveillance).
Traitements médicamenteux possibles pendant la grossesse
Lorsque les mesures hygiéno‑diététiques ne suffisent pas et après évaluation médicale, certains médicaments peuvent être prescrits, en tenant compte de leur compatibilité avec la grossesse.
Traitements des nausées
- Vitamine B6 (pyridoxine) : souvent utilisée pour réduire les nausées légères à modérées.
- Métopimazine : médicament anti‑nauséeux pouvant être proposé dans certaines situations, sur prescription médicale.
Traitements anti‑émétiques
- Métoclopramide : favorise la vidange gastrique et réduit les vomissements ; son utilisation doit rester encadrée.
- Dompéridone : autre anti‑émétique pouvant être prescrit dans certains cas.
Ces traitements ne doivent pas être pris en automédication. Seul un médecin peut juger de leur indication, de la posologie et de la durée de traitement, en fonction de votre état et de votre terme de grossesse.
Hyperémèse gravidique : quand les vomissements deviennent incoercibles
Dans 1 à 5 grossesses sur 1000, les vomissements deviennent incoercibles : ils sont très intenses, répétés, empêchent quasi totalement l’alimentation et l’hydratation. On parle alors d’hyperémèse gravidique.
Cette forme sévère de vomissements gravidiques peut entraîner :
- déshydratation importante,
- perte de poids notable,
- troubles ioniques (déséquilibres des sels minéraux),
- risque de complications digestives, notamment hémorragie digestive liée aux efforts de vomissements répétés.
Dans ce contexte, une hospitalisation en urgence est nécessaire pour :
- mettre en place une réhydratation par perfusion,
- corriger les troubles biologiques,
- adapter un traitement anti‑émétique par voie injectable,
- surveiller l’état maternel et fœtal.
En résumé
Les nausées et vomissements du premier trimestre de grossesse sont très fréquents et, le plus souvent, sans gravité. Ils débutent généralement autour de la 4e semaine d’aménorrhée, s’intensifient jusqu’à la fin du 1er trimestre puis s’atténuent spontanément.
Des mesures hygiéno‑diététiques adaptées et, si besoin, un traitement médicamenteux prescrit par votre médecin permettent le plus souvent de bien les contrôler. En cas de vomissements importants, d’évolution inhabituelle, de difficultés à vous alimenter ou de doute, il est essentiel de consulter pour éliminer une autre cause et prévenir les formes sévères nécessitant une prise en charge hospitalière.

