Les lésions précancéreuses du col de l’utérus, aussi appelées dysplasies cervicales ou lésions intra-épithéliales, correspondent à des anomalies des cellules de la muqueuse du col utérin. Elles ne sont pas un cancer, mais peuvent, en l’absence de prise en charge, évoluer vers un cancer du col de l’utérus. Le dépistage par frottis cervico-vaginal est donc essentiel.
Les tumeurs du col de l’utérus : précancer et cancer invasif
On distingue deux grands groupes d’atteintes du col utérin :
- Les lésions intra-épithéliales (dysplasies cervicales) : les cellules anormales restent confinées dans l’épithélium (la couche de surface du col), sans franchir la membrane basale. Il s’agit des lésions précancéreuses.
- Les cancers invasifs du col de l’utérus : les cellules cancéreuses ont traversé la membrane basale et envahi les tissus plus profonds. On parle alors de cancer du col utérin constitué.
Les dysplasies cervicales sont le plus souvent asymptomatiques. Elles sont généralement découvertes lors d’un frottis cervico-vaginal de dépistage. En cas d’anomalie, une colposcopie avec biopsies est nécessaire afin de préciser la nature des lésions à l’analyse anatomopathologique.
Dépistage des dysplasies cervicales
Les lésions précancéreuses du col n’entraînent habituellement ni douleur, ni saignement, ni gêne particulière. Leur dépistage repose donc presque exclusivement sur le frottis cervico-vaginal.
En France, l’organisation du dépistage systématique du cancer du col de l’utérus par frottis a permis de réduire de façon importante l’incidence de ces cancers et leur mortalité.
Rythme recommandé du frottis cervico-vaginal
- Premier frottis : dans les mois qui suivent le début des rapports sexuels.
- Ensuite, en l’absence d’anomalie : un frottis est recommandé tous les 2 à 3 ans, jusqu’aux alentours de 65 ans (selon les recommandations en vigueur et votre situation personnelle).
Ce schéma peut être adapté par votre gynécologue en fonction de vos antécédents (infection à HPV, anomalies précédentes, immunodépression, etc.).
Déroulement du frottis cervico-vaginal
Le frottis est réalisé au cabinet de votre gynécologue. Il s’agit d’un examen simple et rapide qui ne nécessite pas de préparation particulière.
- Il est préférable de le programmer en dehors des règles et en l’absence d’infection gynécologique en cours.
- Votre médecin introduit délicatement un spéculum (sans lubrifiant qui pourrait altérer le prélèvement) afin de visualiser le col.
- À l’aide d’une cytobrosse, il prélève des cellules de l’exocol (partie externe du col), de l’endocol (canal cervical) et surtout de la zone de jonction entre les deux, où surviennent la majorité des lésions.
- Les cellules recueillies sont adressées au laboratoire d’anatomie et cytologie pathologiques pour analyse.
Les résultats sont transmis au gynécologue, qui vous les communiquera et, si besoin, vous proposera des examens complémentaires.
Résultats possibles du frottis cervico-vaginal
Les principaux types de résultats sont :
- Frottis ininterprétable : la qualité du prélèvement ne permet pas une lecture fiable (insuffisance cellulaire, présence de sang, inflammation importante…). Un nouveau frottis est alors nécessaire.
- Frottis normal : aucune cellule anormale évoquant une lésion intra-épithéliale n’est mise en évidence.
- Frottis anormal : des cellules atypiques sont détectées, suggérant une lésion de bas grade ou de haut grade (classification type ASC-US, LSIL, HSIL, selon les comptes rendus).
Toute anomalie au frottis cervico-vaginal doit conduire à la réalisation d’une colposcopie avec, si nécessaire, des biopsies.
La colposcopie : examen du col utérin
La colposcopie est un examen réalisé au cabinet de votre gynécologue lorsque le frottis est anormal. Elle permet d’examiner de près la surface du col grâce à un colposcope, qui est une loupe binoculaire munie d’un système lumineux.
Comment se déroule la colposcopie ?
- L’examen est idéalement réalisé entre le 8ᵉ et le 14ᵉ jour du cycle, c’est-à-dire en dehors des règles.
- Le médecin met en place un spéculum pour exposer le col de l’utérus.
- Le col est d’abord observé sans préparation, puis après application de deux solutions :
- Acide acétique : il blanchit transitoirement certaines zones où les cellules sont anormales.
- Solution de Lugol (iode) : elle colore en brun les tissus sains riches en glycogène et laisse en clair les zones suspectes.
Ces colorations permettent de mieux repérer les lésions dysplasiques et la zone de jonction endocol–exocol.
En cas de zone suspecte, le gynécologue réalise une ou plusieurs biopsies du col. Les fragments prélevés sont envoyés au laboratoire pour une étude anatomopathologique, seule capable de poser avec certitude le diagnostic de lésion intra-épithéliale de bas ou de haut grade.
Résultats possibles des biopsies cervicales
Les biopsies permettent de classer les lésions en fonction de la profondeur des anomalies dans l’épithélium cervical. On utilise la classification des CIN (Cervical Intraepithelial Neoplasia) ou néoplasies intra-épithéliales cervicales :
Lésions intra-épithéliales de bas grade (CIN 1)
- CIN 1 ou dysplasie légère : les anomalies cellulaires sont limitées au tiers inférieur de l’épithélium cervical.
- Ces lésions sont souvent liées à une infection transitoire par le papillomavirus humain (HPV) et guérissent spontanément dans environ deux tiers des cas.
Lésions intra-épithéliales de haut grade (CIN 2 et CIN 3)
- CIN 2 ou dysplasie modérée : les anomalies cellulaires atteignent environ les deux tiers de l’épithélium.
- CIN 3 ou dysplasie sévère / carcinome in situ : l’ensemble de l’épithélium est occupé par des cellules anormales, mais la membrane basale n’est pas franchie. Il s’agit d’un cancer in situ, encore non invasif.
Cette classification oriente la prise en charge thérapeutique proposée par le gynécologue.
Traitement des lésions précancéreuses du col utérin
Prise en charge des lésions de bas grade (CIN 1)
Les lésions intra-épithéliales de bas grade ont un fort potentiel de régression spontanée. Dans environ 60 % des cas, elles disparaissent en quelques mois.
La stratégie habituelle consiste à :
- Surveiller la lésion par des contrôles réguliers (frottis et/ou colposcopie) après 6 à 9 mois.
- En cas de persistance de la dysplasie ou de progression, proposer un traitement destructeur local.
Le traitement le plus fréquent est la vaporisation au laser :
- Elle est habituellement réalisée au cabinet du gynécologue.
- Elle ne nécessite pas d’anesthésie générale, parfois une simple anesthésie locale, et est le plus souvent peu douloureuse.
- Le laser détruit de manière précise la zone de dysplasie afin de réduire le risque d’évolution vers une lésion de haut grade.
Prise en charge des lésions de haut grade (CIN 2 et CIN 3)
Les lésions intra-épithéliales de haut grade présentent un risque plus élevé de progression vers un cancer invasif du col en l’absence de traitement. Une prise en charge chirurgicale est donc recommandée.
Le traitement de référence est la conisation du col utérin :
- Il s’agit de l’ablation d’un petit cône de tissu cervical incluant la zone de transformation où siègent les lésions.
- L’intervention se fait sous anesthésie (le plus souvent loco-régionale ou générale courte).
- La conisation peut être réalisée par anse diathermique (anse électrique) ou au bistouri froid ; la technique est choisie en fonction des caractéristiques de la lésion et de l’expérience du chirurgien.
Le fragment retiré est ensuite analysé pour :
- Confirmer le type de lésion (CIN 2, CIN 3…)
- Vérifier l’absence d’invasion et la complétude de l’exérèse (marges saines).
Le suivi après conisation comprend des frottis et parfois des colposcopies régulières afin de détecter précocement toute récidive.
En résumé
- Les lésions précancéreuses du col de l’utérus sont fréquentes et le plus souvent silencieuses.
- Le frottis cervico-vaginal est l’examen clé du dépistage et doit être réalisé régulièrement.
- En cas de frottis anormal, une colposcopie avec biopsies permet de préciser le diagnostic (CIN 1, 2 ou 3).
- Les lésions de bas grade sont souvent surveillées, avec traitement destructeur local en cas de persistance.
- Les lésions de haut grade nécessitent en général une conisation afin de prévenir l’évolution vers un cancer invasif du col de l’utérus.
Un suivi régulier auprès de votre gynécologue, associé au dépistage par frottis et, si besoin, à la vaccination contre le papillomavirus (HPV), constitue la meilleure prévention du cancer du col utérin.

