Diabète gestationnel : surveillance de la grossesse et prise en charge

Qu’est-ce que le diabète gestationnel ?

Le diabète gestationnel est une augmentation anormale du sucre dans le sang (glycémie) qui apparaît au cours de la grossesse, le plus souvent dans sa deuxième moitié. Il concerne environ 3 à 5 % des femmes enceintes.

Il se distingue du diabète préexistant à la grossesse (en particulier le diabète de type 2) qui, lui, est présent avant la conception et peut parfois être méconnu. Ce diabète préexistant doit être recherché car il expose à davantage de complications pour la mère et le fœtus.

Le diabète gestationnel résulte d’une diminution de la tolérance au glucose liée aux modifications hormonales de la grossesse. Ces hormones rendent l’organisme plus « résistant » à l’insuline, ce qui peut entraîner une hyperglycémie chez certaines femmes.

Conséquences du diabète gestationnel pour la mère

Le diabète gestationnel peut avoir plusieurs répercussions maternelles :

  • Augmentation du risque d’hypertension artérielle gravidique (hypertension liée à la grossesse).
  • Risque à long terme de diabète de type 2 : entre 10 et 60 % des femmes ayant présenté un diabète gestationnel développeront un diabète chronique dans les 20 années suivantes, d’où l’importance d’un suivi régulier après l’accouchement.

Conséquences fœtales et néonatales

  • Macrosomie fœtale (poids du bébé supérieur à la normale) dans 15 à 30 % des cas, ce qui augmente le risque de dystocie des épaules au moment de l’accouchement (blocage des épaules du bébé).
  • Augmentation de la mortalité in utero si la glycémie maternelle est très élevée et insuffisamment contrôlée.
  • Malformations congénitales : en cas de diabète gestationnel isolé, le risque de malformations n’est pas augmenté, contrairement au diabète déjà présent avant la grossesse et mal équilibré au moment de la conception.
  • Hypoglycémie néonatale : c’est la principale complication après la naissance, liée à l’adaptation du nouveau-né à la chute de l’apport en sucre maternel.

Conséquences à long terme pour l’enfant

Un enfant né d’une mère ayant présenté un diabète gestationnel présente un risque accru, à l’âge adulte, de :

  • Diabète de type 2 ;
  • Surpoids ou obésité, notamment si d’autres facteurs de risque (alimentation, sédentarité) sont associés.

Dépistage du diabète avant et pendant la grossesse

Dépistage d’un diabète préexistant à la grossesse

Il est essentiel de rechercher un diabète de type 2 non diagnostiqué avant ou en tout début de grossesse. Le médecin sera particulièrement vigilant en présence de :

  • Antécédent personnel de diabète ou de trouble de la glycémie ;
  • Obésité ou surpoids important ;
  • Antécédent familial de diabète (parent du premier degré diabétique) ;
  • Antécédent de grossesse compliquée par malformation fœtale, mort in utero ou macrosomie (gros bébé).

Si un ou plusieurs de ces éléments sont présents, un bilan glycémique sera proposé.

Dépistage systématique du diabète gestationnel

Le dépistage du diabète gestationnel est réalisé de manière systématique autour de 24 semaines d’aménorrhée (24 SA).

Un dépistage plus précoce et/ou répété est proposé chez les femmes à haut risque :

  • En début de grossesse :
    • Surpoids ou obésité ;
    • Origine africaine, antillaise ou asiatique ;
    • Âge maternel supérieur à 40 ans.
  • Au cours de la grossesse :
    • Prise de poids excessive ;
    • Macrosomie fœtale ou excès de liquide amniotique (hydramnios) à l’échographie ;
    • Présence de sucre dans les urines (glycosurie) ;
    • Hypertension artérielle gravidique.

Le test de dépistage le plus fréquemment utilisé est l’épreuve de O’Sullivan, qui consiste à ingérer 50 g de glucose (souvent à jeun) suivis d’un contrôle de la glycémie.

Traitement du diabète gestationnel

Une fois le diagnostic posé, l’objectif est de maintenir une glycémie aussi proche de la normale que possible afin de limiter les complications pour la mère et l’enfant.

Les principaux moyens thérapeutiques sont :

  • Mesures diététiques : adaptation de l’alimentation (répartition des glucides, limitation des sucres rapides, contrôle des apports caloriques) avec l’aide éventuelle d’une diététicienne.
  • Activité physique adaptée, si elle est possible et sans contre-indication obstétricale (marche régulière, exercices modérés).
  • Insulinothérapie : injection d’insuline lorsque le régime et l’activité physique ne suffisent pas à équilibrer la glycémie.

Les médicaments hypoglycémiants oraux sont contre-indiqués pendant la grossesse.

L’efficacité du traitement est évaluée grâce à l’auto-surveillance glycémique capillaire à l’aide d’un lecteur de glycémie.

Surveillance de la grossesse en cas de diabète gestationnel

La surveillance obstétricale dépend du contrôle de la glycémie :

  • Si les objectifs glycémiques sont atteints avec les seules mesures hygiéno-diététiques, le suivi peut être proche de celui d’une grossesse classique, avec toutefois une vigilance accrue sur le poids fœtal et les paramètres maternels.
  • Si une insulinothérapie est nécessaire ou si les glycémies restent mal équilibrées, une surveillance plus rapprochée est mise en place : bilans sanguins plus fréquents, contrôles échographiques répétés, suivi diabétologique et obstétrical coordonné.

Accouchement en cas de diabète gestationnel

L’un des enjeux majeurs est de réduire le risque de dystocie des épaules lié à la macrosomie fœtale.

  • La décision de déclenchement de l’accouchement ou de césarienne repose sur des critères précis : estimation du poids du bébé, contrôle de la glycémie, contexte obstétrical, antécédents.
  • Ces choix sont toujours discutés au cas par cas entre l’équipe médicale et les parents.

Période du post-partum et suivi à long terme

Après la naissance :

  • L’insuline est généralement arrêtée car la résistance à l’insuline diminue rapidement après l’accouchement.
  • Un contrôle de la glycémie est réalisé dans les semaines suivant l’accouchement pour vérifier la normalisation du métabolisme glucidique.
  • Un suivi à long terme est recommandé pour dépister précocement l’apparition d’un diabète de type 2 (bilan glycémique régulier, conseils nutritionnels, maintien d’une activité physique).

Ce suivi est essentiel pour la santé future de la mère et pour réduire le risque de récidive lors d’une grossesse ultérieure.