Douleurs rhumatologiques pendant la grossesse : comprendre et soulager

Les douleurs rhumatologiques sont fréquentes au cours de la grossesse. Elles sont pourtant souvent sous-estimées, voire mal prises en charge. Elles résultent de modifications mécaniques (poids, posture) et hormonales, et touchent principalement le dos, le bassin, les membres supérieurs et les hanches.

Lombalgies et lombosciatiques de la femme enceinte

Les douleurs lombaires (lombalgies) et les irradiations dans la jambe (lombosciatiques) sont particulièrement courantes pendant la grossesse.

Comment se manifestent-elles ?

  • Douleur située dans le bas du dos, pouvant irradier vers la fesse, la cuisse puis la jambe, selon le niveau d’atteinte.
  • Intensité le plus souvent modérée, parfois gênante au quotidien.
  • Douleur aggravée par la marche et les efforts, soulagée par le repos.

Dans 1 à 4 % des cas, ces douleurs sont liées à une hernie discale. Dans la majorité des situations, il s’agit plutôt de phénomènes mécaniques et fonctionnels.

Pourquoi apparaissent-elles pendant la grossesse ?

  • Prise de poids et modifications posturales : l’augmentation du poids et le déplacement du centre de gravité modifient la biomécanique du bassin et du rachis lombosacré, favorisant les conflits articulaires et donc les douleurs.
  • Influence hormonale : les hormones de la grossesse (notamment progestatives) entraînent un certain relâchement ligamentaire qui peut participer à l’apparition des douleurs.

Examens et prise en charge

Dans la grande majorité des cas, aucun examen complémentaire n’est nécessaire. Les radiographies standards du rachis sont contre-indiquées pendant la grossesse en raison de l’irradiation. Des examens d’imagerie comme l’IRM peuvent être discutés uniquement en cas de tableau atypique ou de suspicion de complication.

Le traitement repose sur :

  • Le repos adapté (éviter le port de charges lourdes, limiter les positions prolongées pénibles).
  • Les antalgiques compatibles avec la grossesse, en première intention le paracétamol.
  • La kinésithérapie : renforcement musculaire doux, étirements, conseils de posture.

Syndrome douloureux pelvien gravidique

Le syndrome douloureux pelvien est une cause fréquente de gêne au cours de la grossesse, surtout à partir du deuxième trimestre.

Quand apparaît-il ?

Sa fréquence est maximale entre 24 et 36 semaines d’aménorrhée (SA).

Symptômes

  • Douleurs fessières continues ou sensation de pesanteur dans la région pubienne.
  • Douleur localisée en regard de la symphyse pubienne (articulation située à l’avant du bassin).
  • Douleurs majorées par l’effort, la marche ou les changements de position, et calmées par le repos.

Mécanismes en cause

Ce syndrome est lié à une modification de la géométrie pelvienne, secondaire à :

  • un relâchement des ligaments et des articulations pelviennes,
  • l’imprégnation hormonale (notamment œstrogénique et relaxine) qui assouplit le bassin en vue de l’accouchement.

La prise en charge associe repos, adaptation des activités, éventuellement kinésithérapie et ceinture de maintien pelvien selon la gêne.

Syndrome du canal carpien pendant la grossesse

Le syndrome du canal carpien est la deuxième cause de douleur la plus fréquente pendant la grossesse après les lombalgies.

Qu’est-ce que le canal carpien ?

Le canal carpien est un passage étroit situé au niveau du poignet, dans lequel circule notamment le nerf médian. Pendant la grossesse, la rétention d’eau et les modifications hormonales peuvent provoquer un gonflement des tissus, entraînant une compression de ce nerf.

Signes cliniques

  • Atteinte parfois bilatérale (les deux mains).
  • Survenue en moyenne vers le 6e mois de grossesse.
  • Fourmillements (paresthésies) dans les doigts, souvent majorés la nuit.
  • Douleurs nocturnes réveillant la patiente.
  • Parfois, diminution de la sensibilité ou de la motricité de la main, plus rarement marquée.

Traitement

  • Port d’une attelle nocturne maintenant le poignet en position neutre.
  • Infiltrations locales de corticoïdes en cas de formes persistantes ou très gênantes.
  • Chirurgie de libération du canal carpien uniquement dans les formes compliquées ou invalidantes, après discussion spécialisée.

Méralgie paresthésique de la grossesse

La méralgie correspond à une compression du nerf fémoro-cutané, un nerf sensitif qui assure la sensibilité de la face antérieure et latérale de la cuisse.

Symptômes

  • Fourmillements, picotements ou sensations de brûlure sur la face antérolatérale de la cuisse.
  • Douleurs parfois augmentées en station debout prolongée.

Cette compression survient au niveau de l’arcade crurale (ligament inguinal), favorisée par la prise de poids et les modifications posturales. La prise en charge est essentiellement conservatrice : adaptation vestimentaire (éviter les vêtements serrés), mesures posturales, antalgiques adaptés.

Algodystrophie coxo-fémorale de la grossesse

L’algodystrophie (ou syndrome douloureux régional complexe) de la hanche est plus rare, mais potentiellement sévère pendant la grossesse.

Signes cliniques

  • Douleur intense au niveau inguinal et fessier.
  • Survenue principalement au troisième trimestre.
  • Douleur parfois bilatérale, mais dans environ 60 % des cas, localisée du côté gauche.

Explorations et risques

Les examens d’imagerie (sur prescription spécialisée) montrent souvent une déminéralisation de la tête fémorale et du col fémoral. Cette fragilisation osseuse expose à un risque de fracture du col fémoral, d’où la nécessité d’un diagnostic et d’une prise en charge rigoureuse.

Prise en charge

  • Antalgiques compatibles avec la grossesse, en priorité le paracétamol.
  • Repos strict et diminution de l’appui sur la hanche douloureuse.
  • Utilisation de béquilles pour décharger l’articulation coxo-fémorale et limiter le risque de fracture.

Ostéonécrose aseptique de la tête fémorale

L’ostéonécrose aseptique de la tête fémorale est une atteinte osseuse grave, heureusement rare, pouvant survenir au cours de la grossesse.

Symptômes

  • Douleur très importante de la hanche, souvent brutale.
  • Impotence fonctionnelle majeure (difficulté ou impossibilité à marcher).
  • Survenue généralement au troisième trimestre.

Diagnostic

L’examen de référence est l’IRM de la hanche, qui permet d’objectiver l’ostéonécrose et d’évaluer l’extension des lésions.

Traitement

  • Paracétamol pour le soulagement de la douleur, en respectant les doses maximales recommandées.
  • Repos strict avec limitation maximale de l’appui.
  • Béquillage afin de protéger la tête fémorale et de réduire le risque de déformation ou d’effondrement de la zone nécrosée.
  • Suivi spécialisé (rhumatologue, chirurgien orthopédiste) pour discuter des options après la grossesse si nécessaire.

Quand consulter en urgence ?

Durant la grossesse, il est important de consulter rapidement un médecin ou un gynécologue-obstétricien en cas de :

  • Douleur brutale et intense du dos ou de la hanche.
  • Impossibilité de poser le pied au sol ou de marcher.
  • Perte de force importante dans un membre.
  • Douleurs associées à de la fièvre, des troubles neurologiques ou une altération de l’état général.

La majorité des douleurs rhumatologiques pendant la grossesse sont bénignes et se gèrent par des mesures simples (repos, kinésithérapie, antalgiques adaptés). Toutefois, certaines atteintes comme l’algodystrophie ou l’ostéonécrose de la tête fémorale nécessitent un diagnostic précoce et une prise en charge spécialisée afin de prévenir les complications à long terme.