Allaitement maternel : bienfaits, complications possibles et prise en charge

L’allaitement au sein est la fonction principale de la glande mammaire. Le lait maternel apporte au nouveau-né l’ensemble des nutriments dont il a besoin et possède une composition unique, différente des préparations industrielles. Dans les premiers jours, la glande mammaire sécrète un lait particulier, le colostrum, très riche en protéines et en cellules immunitaires, qui joue un rôle protecteur majeur.

Les bienfaits de l’allaitement maternel

Pour le nouveau-né

  • Apport nutritionnel complet : le lait maternel contient du lactose, des lipides et des protéines dans des proportions parfaitement adaptées aux besoins du nourrisson.
  • Protection immunitaire : il est riche en immunoglobulines et en cellules immunitaires qui contribuent à réduire le risque d’infections au cours des premiers mois de vie.
  • Lien mère-enfant : la tétée favorise le contact peau à peau, le regard, l’odeur, et renforce le lien affectif et la sécurité émotionnelle du bébé.

Pour la mère

  • Renforcement du lien maternel : l’allaitement participe à l’attachement et à l’instauration de la relation mère-enfant.
  • Effet protecteur sur la santé : un allaitement prolongé est associé à une diminution du risque de cancer du sein au cours de la vie.

Complications possibles de l’allaitement

Chez le nouveau-né

  • Coliques du nourrisson : douleurs abdominales fréquentes liées notamment à la fermentation du lactose. Elles sont bénignes mais parfois très inconfortables pour le bébé.
  • Ictère au lait de mère : certaines jaunisses prolongées sont favorisées par l’allaitement maternel ; une surveillance pédiatrique est alors nécessaire.
  • Carences en vitamines D et K : le lait maternel ne couvre pas complètement les besoins en vitamine D et en vitamine K. Une supplémentation systématique est recommandée.
  • Transmission de maladies infectieuses : certaines bactéries et virus (dont le VIH dans certains contextes) peuvent être transmis par le lait maternel ; les conduites à tenir sont alors discutées avec l’équipe médicale.
  • Transmission de substances toxiques : de nombreux médicaments, l’alcool, certaines drogues et toxiques passent dans le lait. Un avis médical est indispensable avant toute prise médicamenteuse pendant l’allaitement.

Chez la mère

Crevasses du mamelon

Les crevasses sont des fissures ou petites ulcérations du mamelon, souvent très douloureuses au moment de la tétée. Elles sont particulièrement fréquentes dans les premiers jours d’allaitement.

Elles ne constituent pas une contre-indication à la poursuite de l’allaitement, mais nécessitent une prise en charge précoce.

Prévention et traitement des crevasses
  • Information et éducation à l’allaitement : une bonne technique de mise au sein réduit significativement le risque de crevasses (bonne ouverture de la bouche, bébé bien en face du sein, position confortable).
  • Correction de la position de l’enfant : éviter les mauvaises positions et les tétées trop longues sur un même sein.
  • Soins locaux simples :
    • sécher délicatement les mamelons après chaque tétée ;
    • alterner les seins à chaque tétée (tétées de 10 à 15 minutes environ par sein) ;
    • protéger temporairement le mamelon (coquilles ou protections adaptées) le temps de la cicatrisation, si nécessaire.

Engorgement mammaire

L’engorgement mammaire correspond à une accumulation de lait dans le sein, entraînant une sensation de tension, de chaleur et de douleur. Il survient le plus souvent dans les 3 premiers jours, au moment de la montée laiteuse.

L’engorgement n’impose pas l’arrêt de l’allaitement, mais doit être pris en charge pour éviter les complications infectieuses (lymphangite, mastite).

Prise en charge de l’engorgement
  • Réduction de la stase lactée :
    • expression du lait (manuelle ou avec un tire-lait) pour vider au mieux le sein ;
    • douches ou compresses chaudes sur les seins pour faciliter l’écoulement ;
  • Réévaluation de la technique d’allaitement : vérifier la position du bébé, la fréquence et la durée des tétées.
  • Reprise de l’éducation à l’allaitement : accompagnement par les sages-femmes ou le médecin pour ajuster les gestes.

Lymphangite mammaire

La lymphangite est une inflammation du sein, souvent secondaire à une mauvaise vidange mammaire ou à un engorgement non traité. Elle peut évoluer vers une infection plus profonde.

Elle ne contre-indique pas l’allaitement si la prise en charge est rapide.

Signes cliniques de lymphangite
  • fièvre élevée (souvent 39–40 °C) ;
  • zone du sein rouge, chaude, indurée, douloureuse, limitée généralement à un quadrant ;
  • adénopathies axillaires (ganglions sous l’aisselle) sensibles.
Prise en charge de la lymphangite
  • rechercher et traiter une cause favorisante (crevasses, engorgement) ;
  • corriger la technique d’allaitement et poursuivre l’éducation aux bons gestes ;
  • maintenir l’allaitement avec un drainage efficace et régulier du sein (tétées fréquentes, expression du lait si la tétée est trop douloureuse) ;
  • soins locaux : cataplasmes et chaleur locale pour soulager ;
  • l’antibiothérapie n’est pas systématique d’emblée ; le médecin juge de son indication en fonction de l’évolution après 12 à 24 heures de traitement symptomatique ;
  • surveillance rapprochée, idéalement en consultation à 24–48 heures.

Galactophorite (mastite infectieuse)

La galactophorite correspond à une infection des canaux galactophores (canaux qui conduisent le lait). Elle est souvent la complication d’une lymphangite insuffisamment traitée ou trop tardivement prise en charge.

Dans ce cas, l’arrêt de l’allaitement sur le sein atteint est recommandé jusqu’à guérison complète. Le lait doit être tiré et jeté.

Symptômes d’une galactophorite
  • contexte de lymphangite en cours de traitement ou mal surveillée ;
  • fièvre élevée autour de 39 °C ;
  • douleur mammaire importante ;
  • lait pouvant être souillé de pus.

Un prélèvement local et une culture du lait permettent d’identifier le germe en cause, le plus souvent un staphylocoque doré.

Traitement de la galactophorite
  • Antibiothérapie orale adaptée au germe, habituellement par pénicilline antistaphylococcique, sur prescription médicale ;
  • antalgiques (type paracétamol) pour soulager la douleur ;
  • suspension transitoire de l’allaitement sur le sein concerné ;
  • vidange régulière du sein avec un tire-lait, le lait étant jeté ;
  • éventuelle prescription d’anti-inflammatoires selon l’avis médical ;
  • soins locaux (cataplasmes, chaleur) ;
  • surveillance clinique rapprochée (consultation à 24–48 heures).

Abcès du sein

L’abcès mammaire est une collection de pus au sein, généralement la complication d’une galactophorite. Il nécessite une prise en charge urgente.

L’allaitement doit être arrêté sur le sein atteint jusqu’à guérison complète.

Tableau clinique d’un abcès mammaire
  • antécédent de galactophorite connue ;
  • fièvre élevée, souvent proche de 40 °C, avec altération de l’état général et grande fatigue ;
  • douleur locale intense, permanente, lancinante ;
  • rougeur et inflammation marquée du sein ;
  • zone fluctuante très douloureuse correspondant à la collection purulente.
Traitement de l’abcès du sein
  • Traitement chirurgical : drainage de l’abcès ;
  • antibiothérapie intraveineuse antistaphylococcique (par exemple bristopen®), adaptée au germe ;
  • soins locaux et antalgiques pour le confort de la patiente.

Le déroulement pratique de l’allaitement

En l’absence de contre-indication, la première tétée est proposée dans l’heure qui suit la naissance. Ensuite, l’alimentation du nouveau-né se fait en principe « à la demande », en respectant le rythme du bébé.

  • Positionnement : il est essentiel. Les sages-femmes accompagnent la mère pour un portage correct du nourrisson, une bonne prise du sein et un confort optimal. Ces gestes de base en puériculture permettent de prévenir de nombreuses complications locales.
  • Organisation des tétées : les deux seins sont proposés à chaque tétée. Après la tétée, les mamelons sont nettoyés et séchés avec douceur.
  • Montée laiteuse : elle survient en général dans les 72 heures suivant l’accouchement. Elle peut s’accompagner d’un fébricule (température autour de 38 °C), phénomène habituellement normal et transitoire.

Et si vous ne souhaitez pas allaiter ?

Le choix de ne pas allaiter est un droit et doit être respecté. Il est important d’en informer l’équipe médicale dès l’accouchement afin de mettre en place une prise en charge adaptée.

Inhibition médicamenteuse de la lactation

Lorsque l’allaitement n’est pas souhaité, la montée laiteuse est inhibée par un traitement médicamenteux agissant sur la prolactine (hormone de la lactation). Les molécules les plus utilisées sont :

  • parlodel® ;
  • bromokin® ;
  • dostinex®.

Ces traitements sont prescrits dans le post-partum immédiat et doivent être pris selon les recommandations du médecin.

Arrêt de la lactation après la montée de lait

Si la montée laiteuse a déjà eu lieu et que la patiente souhaite arrêter l’allaitement, on pourra recourir à :

  • méthodes mécaniques : bandage compressif des seins, soutien-gorge bien adapté ;
  • traitement anti-inflammatoire par voie orale, si besoin et sur avis médical, pour soulager la douleur et l’inflammation.

Dans tous les cas, un accompagnement médical ou par une sage-femme est recommandé pour adapter les conseils à chaque situation et assurer une surveillance efficace de la mère et de l’enfant.