Grossesse et hypertension : pourquoi un suivi particulier ?
Une grossesse chez une femme présentant une hypertension artérielle (HTA) est considérée comme une grossesse à risque. Cela ne signifie pas qu’elle se déroulera mal, mais qu’elle nécessite une préparation et une surveillance renforcées pour protéger la mère et le fœtus.
Idéalement, la grossesse doit être planifiée : avant la conception, votre médecin réévalue votre traitement antihypertenseur, adapte les médicaments à la grossesse et organise un suivi en réseau pluridisciplinaire (gynécologue-obstétricien, cardiologue, parfois néphrologue). Dans ces conditions, l’évolution est le plus souvent satisfaisante.
Prise en charge de l’hypertension pendant la grossesse
Adaptation du traitement antihypertenseur
Certains médicaments contre l’hypertension sont contre-indiqués pendant la grossesse. Votre médecin peut être amené à les remplacer par des anti-hypertenseurs compatibles avec la grossesse, comme par exemple la méthyldopa (Aldomet), selon votre situation clinique.
L’objectif est de contrôler la tension artérielle tout en assurant la meilleure sécurité possible pour le fœtus.
Repos et hygiène de vie
Le repos joue un rôle important dans l’équilibre tensionnel pendant la grossesse. Selon votre état, il pourra vous être conseillé :
- de réduire votre activité professionnelle ou de bénéficier d’un arrêt de travail ;
- d’éviter les efforts physiques importants et le stress ;
- d’adopter une hygiène de vie adaptée (alimentation équilibrée, limitation du sel sur avis médical, absence de tabac et d’alcool).
Surveillance de la tension à domicile
Une automesure tensionnelle est souvent recommandée à l’aide d’un tensiomètre. Elle permet de suivre régulièrement vos chiffres tensionnels entre les consultations et de détecter rapidement une aggravation.
Suivi obstétrical rapproché
En cas d’hypertension artérielle, les consultations de grossesse sont généralement plus fréquentes, par exemple tous les 15 jours, afin de :
- vérifier le bon contrôle de votre tension artérielle ;
- surveiller la croissance et le bien-être du fœtus ;
- rechercher précocement d’éventuelles complications (pré-éclampsie, retard de croissance intra-utérin, etc.).
La surveillance fœtale comprend souvent des échographies avec Doppler des artères utérines et ombilicales, permettant d’évaluer la qualité des échanges entre le placenta et le bébé.
Pré-éclampsie : signes d’alerte à connaître
Chez la femme enceinte hypertendue, il est essentiel que vous et votre entourage sachiez reconnaître les signes pouvant évoquer une pré-éclampsie (complication grave de l’hypertension gravidique). Il faut consulter en urgence ou contacter le SAMU si apparaissent :
- douleurs abdominales hautes, en barre sous les côtes ;
- bourdonnements d’oreille, sifflements, sensation de « sifflements » dans la tête ;
- troubles visuels (flashs lumineux, vision brouillée) ;
- maux de tête intenses, inhabituels, parfois associés à une confusion ou des propos incohérents ;
- nausées et vomissements inhabituels en fin de grossesse.
La pré-éclampsie peut évoluer vers une éclampsie, avec des crises convulsives. Le traitement hospitalier vise à prévenir ces complications, à stabiliser la mère et à protéger le fœtus.
En cas de complication maternelle ou fœtale sévère, le traitement de référence est souvent l’extraction rapide du fœtus (déclenchement de l’accouchement ou césarienne en urgence), quel que soit le terme, afin de préserver la santé de la mère.
Après l’accouchement : et l’hypertension ensuite ?
Lorsque l’hypertension est apparue au cours de la grossesse (hypertension gravidique), un suivi est nécessaire après l’accouchement :
- un contrôle régulier de la tension est recommandé dans les semaines qui suivent la naissance ;
- on s’assure en général d’un retour à la normale dans les trois mois qui suivent l’accouchement ;
- si l’hypertension persiste, elle sera prise en charge comme une HTA chronique.
Même si la tension redevient normale, une surveillance à long terme est conseillée, car avoir présenté une hypertension pendant la grossesse augmente le risque de récidive d’HTA lors d’une future grossesse et, parfois, en dehors de toute grossesse.
N’hésitez pas à évoquer vos projets de grossesse avec votre gynécologue ou votre médecin traitant : une consultation préconceptionnelle permet d’anticiper les risques, d’adapter les traitements et d’organiser un suivi personnalisé pour vivre votre grossesse dans les meilleures conditions possibles.

