Douleurs abdominales après l’accouchement : causes possibles et conduite à tenir

Est-il normal d’avoir mal au ventre après avoir accouché ?

Dans les jours qui suivent un accouchement, il est fréquent de ressentir des douleurs au bas-ventre. Ces douleurs peuvent être bénignes et liées au retour à la normale de l’utérus, mais elles peuvent aussi révéler une complication du post-partum qui nécessite une consultation rapide.

Toute douleur abdominale après l’accouchement doit donc être prise au sérieux, surtout si elle est intense, persistante ou accompagnée d’autres signes (fièvre, saignements anormaux, troubles urinaires, malaise…).

Causes fréquentes des douleurs abdominales après un accouchement par voie basse

Rétraction tardive de l’utérus

Après la naissance, l’utérus diminue progressivement de volume pour revenir à sa taille d’avant la grossesse. Cette « involution utérine » peut parfois être un peu lente et s’accompagner de douleurs pelviennes ou de sensation de crampes. Il s’agit alors d’un phénomène physiologique, sous surveillance médicale si les douleurs sont importantes ou prolongées.

Les tranchées utérines

Les tranchées sont des contractions de l’utérus qui surviennent dans les jours qui suivent l’accouchement. Elles sont particulièrement marquées lors des grossesses multiples (2e enfant et suivants) et peuvent être accentuées lors de l’allaitement en raison de la sécrétion d’ocytocine.

Elles se manifestent par des douleurs de type crampes, par vagues, dans le bas-ventre, durant quelques jours. Elles sont habituellement sans gravité et peuvent être calmées par des antalgiques adaptés.

Rétention de débris placentaires

Si des fragments de placenta ou de membranes restent dans la cavité utérine après l’accouchement, ils peuvent provoquer des douleurs, des saignements anormaux (lochies très abondantes, prolongées ou malodorantes) et favoriser l’infection.

Un examen clinique et une échographie pelvienne permettent de mettre en évidence cette rétention placentaire et de décider du traitement (médical ou chirurgical).

Infection du post-partum (infection puerpérale)

Une infection utérine ou pelvienne après l’accouchement peut se manifester par :

  • douleurs pelviennes ou abdominales persistantes,
  • fièvre, frissons, malaise,
  • pertes vaginales abondantes ou malodorantes,
  • sensibilité importante à la palpation de l’utérus.

Cette situation impose une consultation en urgence afin de réaliser des examens (prise de sang, prélèvements vaginaux, échographie…) et de débuter rapidement un traitement antibiotique, parfois une hospitalisation.

Atteinte des ligaments utéro-sacrés

Les ligaments utéro-sacrés participent au maintien de l’utérus dans le bassin. Ils peuvent être étirés, voire partiellement déchirés lors de l’accouchement, entraînant des douleurs pelviennes profondes, parfois majorées en position debout ou lors de certains mouvements.

Thrombose veineuse pelvienne ou ovarienne

Le post-partum est une période à risque de thrombose veineuse (formation d’un caillot dans une veine). Une thrombose pelvienne ou ovarienne peut provoquer :

  • douleurs unilatérales ou diffuses du bas-ventre,
  • fièvre,
  • altération de l’état général.

C’est une situation rare mais potentiellement grave, qui nécessite un diagnostic et un traitement rapides (anticoagulants, surveillance hospitalière).

Causes urinaires

Les voies urinaires sont souvent sollicitées pendant la grossesse et l’accouchement. Plusieurs problèmes peuvent survenir dans le post-partum :

  • Cystite (infection urinaire basse) : brûlures en urinant, envies fréquentes d’uriner, douleurs au bas-ventre.
  • Rétention aiguë d’urines : difficulté ou impossibilité d’uriner, sensation de tension ou de douleur sus-pubienne.

Ces symptômes doivent conduire à une consultation afin de réaliser un examen d’urines et de débuter un traitement adapté.

Causes digestives indépendantes de l’accouchement

Certaines pathologies digestives peuvent survenir par hasard à distance ou juste après l’accouchement, sans lien direct avec celui-ci. Parmi elles :

  • Appendicite aiguë
  • Cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire)
  • Péritonite (infection grave du péritoine)

Elles donnent des douleurs abdominales importantes, souvent localisées, parfois associées à de la fièvre, des vomissements ou un arrêt du transit. Elles justifient une prise en charge en urgence.

Douleurs après une césarienne : causes spécifiques

Après un accouchement par césarienne, en plus des causes déjà citées, certaines complications propres à la chirurgie peuvent expliquer des douleurs abdominales.

Complications de la cicatrice utérine ou pariétale

La paroi utérine et la paroi abdominale ont été incisées puis suturées. Des complications locales peuvent survenir :

  • Hématome (collection de sang),
  • Abcès (infection localisée),
  • Lymphocèle (accumulation de lymphe),
  • Lâchage de suture (exceptionnel).

Ces situations peuvent se manifester par des douleurs localisées, une rougeur ou un œdème de la cicatrice, de la fièvre, ou un écoulement anormal. Elles nécessitent une évaluation rapide par le chirurgien ou le gynécologue.

Occlusion intestinale post-opératoire

Comme après toute intervention abdominale, une occlusion intestinale peut survenir dans les jours suivant une césarienne. Elle se traduit par :

  • douleurs abdominales importantes,
  • ballonnements,
  • nausées ou vomissements,
  • arrêt des gaz et des selles.

Il s’agit d’une urgence chirurgicale qui impose une consultation immédiate aux urgences.

Douleurs survenant plusieurs semaines après l’accouchement

Si les douleurs abdominales apparaissent ou réapparaissent à distance de l’accouchement (plusieurs semaines après), d’autres causes doivent être envisagées.

Pathologie de l’ovaire

Un kyste ovarien, une torsion d’ovaire ou une autre affection ovarienne peuvent provoquer des douleurs pelviennes unilatérales, parfois brutales, parfois associées à des troubles du cycle ou des saignements anormaux.

Nouvelle grossesse, y compris grossesse extra-utérine

Il est possible, même peu de temps après un accouchement, de débuter une nouvelle grossesse, surtout en l’absence de contraception efficace. Une grossesse extra-utérine peut se manifester par :

  • douleurs pelviennes ou abdominales,
  • petits saignements vaginaux,
  • retard de règles ou cycles irréguliers.

Un test de grossesse puis une échographie sont nécessaires pour confirmer le diagnostic et mettre en place le traitement adapté.

Maladie trophoblastique gestationnelle

Plus rarement, une maladie trophoblastique (anomalie de développement des tissus issus du placenta) peut apparaître après une grossesse. Elle peut se manifester par :

  • saignements utérins anormaux,
  • douleurs pelviennes,
  • élévation anormale du taux de bêta-hCG.

Il s’agit d’une pathologie particulière nécessitant un suivi spécialisé en gynécologie-obstétrique.

Pourquoi et quand consulter en cas de douleurs après l’accouchement ?

Une consultation médicale est recommandée dès lors que :

  • la douleur est intense, inhabituelle ou ne s’améliore pas,
  • vous avez de la fièvre, des frissons ou un malaise,
  • les saignements sont très abondants, prolongés ou malodorants,
  • vous ressentez des brûlures en urinant, des difficultés à uriner ou une rétention,
  • vous présentez des nausées, vomissements, ballonnements importants ou un arrêt du transit,
  • vous avez des douleurs d’un seul côté du bas-ventre, brutales ou continues.

Quels examens peuvent être nécessaires ?

Selon vos symptômes, votre médecin pourra proposer :

  • un examen clinique gynécologique et abdominal,
  • une prise de sang (inflammation, infection, bilan général),
  • un examen cytobactériologique des urines (ECBU),
  • des prélèvements vaginaux ou cervicaux,
  • une échographie pelvienne et/ou abdominale,
  • parfois une radiographie ou un scanner de l’abdomen.

Ces examens permettent d’éliminer une cause grave et d’orienter la prise en charge.

Traitement des douleurs abdominales après l’accouchement

Le traitement dépend bien entendu de la cause identifiée :

  • En cas de cause bénigne (tranchées, rétraction utérine simple), un traitement symptomatique par antalgiques et antispasmodiques est généralement suffisant.
  • En cas d’infection, des antibiotiques et parfois une hospitalisation sont nécessaires.
  • En cas de complication chirurgicale ou de pathologie digestive/vasculaire, une prise en charge en milieu hospitalier, parfois chirurgicale, est indispensable.
  • Si tous les examens sont rassurants et ne mettent pas en évidence de pathologie, la douleur est alors traitée par des médicaments antalgiques et antispasmodiques adaptés à la période du post-partum et, si besoin, compatibles avec l’allaitement.

En résumé

Avoir mal au ventre dans les jours qui suivent un accouchement n’est pas rare et peut être lié au travail physiologique de l’utérus qui retrouve sa taille normale. Cependant, ces douleurs peuvent aussi traduire une complication gynécologique, urinaire, digestive ou vasculaire.

En cas de doute, de douleur importante, persistante ou associée à d’autres symptômes (fièvre, saignements anormaux, troubles urinaires, malaise), il est important de consulter rapidement votre gynécologue, votre sage-femme ou les urgences afin d’écarter une cause grave et de bénéficier d’un traitement adapté.