Pourquoi choisir de s’occuper de la santé des femmes ?
La gynécologie et l’obstétrique occupent une place particulière en médecine. À travers cette spécialité, le médecin accompagne des moments clés de l’existence : la vie sexuelle, le désir d’enfant, la grossesse, la naissance, mais aussi la maladie, le handicap ou la fin de vie.
La grossesse est une période où les attentes des patientes sont très fortes. Le gynécologue-obstétricien devient alors un repère important : il partage des instants intenses, des joies, mais aussi parfois des épreuves. Cette relation de confiance, souvent durable, crée un lien privilégié entre le praticien et ses patientes.
Une société qui change : information, isolement et nouvelles attentes
En quelques décennies, la pratique de la gynécologie a profondément évolué. Autrefois, le savoir médical était transmis de manière très verticale : quelques « mandarins » faisaient autorité, et l’information circulait peu. Aujourd’hui, Internet, et en particulier les recherches sur « Docteur Google », mettent à disposition une quantité considérable d’informations, parfois exactes, parfois anxiogènes ou erronées.
Le rôle du gynécologue-obstétricien est donc aussi d’aider à trier, expliquer et nuancer ces informations, afin de réduire l’angoisse et d’accompagner la patiente dans ses choix de santé (contraception, dépistage, grossesse, suivi gynécologique, etc.).
Par ailleurs, les structures familiales ont changé : autrefois, la mère, la sœur ou la tante étaient plus présentes pour soutenir une femme enceinte ou jeune maman. Beaucoup de femmes se retrouvent aujourd’hui plus isolées face à la maternité. Le gynécologue, la sage-femme et le médecin généraliste sont alors amenés à jouer également un rôle de soutien, d’écoute et de conseil global.
Être gynécologue et homme : spécificités de la relation de soins
Pour le médecin, l’examen gynécologique fait partie du quotidien : l’intimité est abordée sous un angle strictement médical, avec le respect de la pudeur et de la dignité de la patiente. Mais dans l’esprit de nombreuses femmes, le fait d’être examinée par un homme ou par une femme ne représente pas la même chose.
Certaines patientes se sentent plus à l’aise avec une gynécologue femme, pensant qu’elle comprendra mieux ce qu’elles vivent. D’autres, au contraire, choisissent un gynécologue homme pour bénéficier d’un autre regard, parfois perçu comme complémentaire de celui du partenaire. La pudeur peut aussi rendre la première consultation plus difficile lorsque le médecin est un homme.
Le praticien doit donc adapter sa manière de faire : par exemple, laisser la patiente se déshabiller en dehors de sa présence, expliquer chaque geste, favoriser le dialogue. L’objectif est de garantir un climat de confiance et de sécurité, indispensable à tout examen gynécologique.
La sexologie, une dimension intégrée à la gynécologie
La santé sexuelle fait partie intégrante de la santé gynécologique. De nombreuses consultations abordent des questions de libido, de douleurs pendant les rapports, de difficultés de couple ou de contraception.
Certaines femmes recherchent consciemment l’avis d’un homme gynécologue pour avoir un point de vue masculin sur certains sujets : réactions possibles du conjoint, appréhension d’une grossesse, impact d’une maladie gynécologique sur la vie intime, etc.
Le médecin reste bien entendu dans une position neutre, professionnelle et bienveillante. Il peut toutefois donner des repères, expliquer le fonctionnement du désir, évoquer les conséquences d’un traitement ou d’une chirurgie sur la sexualité, et orienter vers une prise en charge sexologique si nécessaire.
Gynécologue ou médecin généraliste : quelles complémentarités ?
Les autorités de santé envisagent régulièrement de recentrer la consultation du gynécologue sur la grossesse et certains motifs complexes, en confiant une partie du suivi gynécologique courant au médecin généraliste (prescription de contraception, frottis de dépistage, suivi de ménopause simple, etc.).
Sur le plan strictement technique, un généraliste formé peut en effet prescrire une pilule contraceptive ou réaliser un frottis cervico-utérin. Cependant, le suivi gynécologique ne se réduit pas à ces actes. Il implique :
- une écoute approfondie du projet de grossesse ou du refus de grossesse ;
- la prise en compte des troubles hormonaux, des cycles irréguliers, des douleurs pelviennes ;
- l’accompagnement psychologique en cas de fausse couche, d’infertilité ou de pathologie cancéreuse ;
- une expertise spécifique acquise en plusieurs années de spécialisation en gynécologie-obstétrique.
Quelques mois de formation ne peuvent pas remplacer quatre années de spécialité. L’idéal reste une collaboration étroite entre médecin généraliste, gynécologue, sage-femme et autres spécialistes, afin d’assurer un suivi adapté à chaque femme.
Perte fœtale et deuil périnatal : l’importance de reconnaître l’enfant
Lorsqu’un fœtus décède in utero entre 16 et 22 semaines d’aménorrhée, la loi permet désormais d’établir un acte d’état civil, même si l’enfant ne naît pas vivant. Cette possibilité revêt une importance majeure dans le processus de deuil périnatal.
La mort d’un fœtus n’efface pas son existence pour les parents. L’accouchement a lieu en salle de naissance, dans des conditions proches de celles d’une naissance classique. L’objectif est de permettre à la mère – et au couple – de vivre cette étape comme une véritable maternité : rencontrer l’enfant, lui donner un prénom, éventuellement le voir ou le porter si elle le souhaite.
Nommer l’enfant et le déclarer à l’état civil aide à « authentifier » ce qui s’est passé. Cela réduit la dimension irréelle ou fantasmatique de la perte, et permet d’amorcer un véritable travail de deuil. Cette reconnaissance contribue aussi à éviter que l’enfant suivant ne soit perçu, consciemment ou non, comme un « enfant de remplacement ».
Interruption volontaire de grossesse (IVG) : accès, douleur et accompagnement
Depuis la mise en place du dispositif d’« avortement en ville », l’interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse peut être réalisée en dehors de l’hôpital, dans certaines conditions précises (délais, organisation, formation du praticien, etc.).
Auparavant, une hospitalisation et un entretien psychologique étaient quasi systématiques. Aujourd’hui, la procédure ambulatoire allège le cadre médical : la patiente prend des médicaments qui provoquent une fausse couche, souvent à domicile ou en cabinet. Des antalgiques sont prescrits pour soulager la douleur, mais l’expérience reste très présente et consciente.
Cette modalité peut être très adaptée si la femme est bien informée, soutenue par son entourage et sûre de sa décision. En revanche, elle peut être plus difficile à vivre pour celles qui se retrouvent seules, ou qui espéraient « oublier » rapidement grâce à l’anesthésie. L’accompagnement psychologique et la possibilité d’échanger librement avec le médecin ou la sage-femme sont donc essentiels.
Diagnostic préimplantatoire, génétique et questions éthiques
Les progrès de la génétique permettent, dans certains cas, de pratiquer un diagnostic préimplantatoire (DPI) : il s’agit d’analyser les embryons obtenus par fécondation in vitro avant de les transférer dans l’utérus, afin d’éviter la transmission de maladies graves.
Dans les pays anglo-saxons, la liberté individuelle est souvent mise au premier plan : les parents peuvent plus largement demander à éviter certains risques génétiques, par exemple un risque très élevé de cancer du sein dans une famille fortement touchée.
En France, le cadre est beaucoup plus restrictif. Le recours au DPI est très encadré par la loi et par les comités d’éthique, et réservé à un nombre limité de pathologies graves (par exemple certaines maladies hématologiques ou la mucoviscidose). La priorité est donnée à une vision collective et sociétale de l’éthique, plutôt qu’au seul choix individuel.
Pour beaucoup de praticiens, cette réglementation apparaît parfois trop rigide. La question centrale demeure : jusqu’où peut-on – ou doit-on – aller pour protéger l’enfant à naître, sans basculer vers une forme d’eugénisme ? Les débats sont loin d’être clos et gagneraient à être envisagés à l’échelle européenne.
Un métier au cœur des « tranches de vie »
Exercer la gynécologie-obstétrique, c’est accompagner des étapes décisives de la vie d’une femme : premières règles, contraception, désir de grossesse, grossesse, accouchement, IVG, ménopause, cancer du sein, cancer gynécologique, etc.
Le gynécologue-obstétricien n’intervient pas seulement sur un plan technique ; il partage des histoires de vie, des projets, des inquiétudes, des deuils. Cette dimension humaine donne toute sa richesse à la spécialité, mais demande aussi une grande disponibilité émotionnelle, une écoute attentive et un profond respect des choix de chaque patiente.
Informer, prévenir, dépister, soigner, soutenir : autant de missions au service de la santé des femmes, à chaque âge de la vie.

