Réserve ovarienne : définition, bilan et impact sur la fertilité

Qu’est-ce que le développement des ovocytes ?

Le développement des ovocytes, appelé ovogenèse, s’étend de la vie fœtale jusqu’à l’âge adulte.
Chez la femme, le capital d’ovocytes est constitué avant la naissance : il s’agit d’un stock limité, qui va diminuer progressivement au fil des années.

Cette diminution naturelle du nombre d’ovocytes explique que la fertilité féminine soit limitée dans le temps et que les chances de grossesse baissent avec l’âge.
Les ovaires ne produisent pas, en temps normal, de nouveaux ovocytes en continu comme les testicules produisent des spermatozoïdes.

Une hypothèse plus récente, dite de néo-ovogenèse, a été proposée à partir de travaux chez la souris en 2004. Elle suggère la possibilité de renouveler une partie du stock d’ovocytes à partir de cellules souches.
Cependant, chez l’être humain, cette théorie reste très controversée et aucune preuve solide ne permet aujourd’hui de l’appliquer en pratique clinique.

Les traitements de l’infertilité féminine, notamment la fécondation in vitro (FIV), reposent sur la compréhension de l’ovogenèse et du fonctionnement des ovaires.

Qu’appelle-t-on la réserve ovarienne ?

La réserve ovarienne correspond au nombre d’ovocytes encore présents dans les ovaires à un moment donné, au sein des follicules primordiaux.
Elle traduit en quelque sorte le « capital ovocytaire » restant.

Plus la réserve ovarienne est importante, plus les chances de grossesse (spontanée ou après une procréation médicalement assistée – PMA) sont élevées, et meilleure est la réponse des ovaires à une éventuelle stimulation hormonale.

Cette réserve n’est pas mesurée directement : on l’évalue à l’aide de différents marqueurs biologiques et échographiques.

Comment évalue-t-on la réserve ovarienne ?

1. Les dosages hormonaux sanguins

Plusieurs hormones dosées dans le sang peuvent donner une estimation de la réserve ovarienne.

FSH et œstradiol

La FSH (Hormone Folliculo-Stimulante) et l’œstradiol sont généralement dosés au 3e jour du cycle menstruel.
Lorsque la FSH (et parfois l’oestradiol) dépasse certains seuils, cela peut traduire une insuffisance ovarienne et une diminution de la réserve ovarienne.

Ces dosages sont surtout utiles pour estimer le pronostic de réponse à une FIV. Leur capacité à prédire la réponse à une simple stimulation ovarienne (sans FIV) est moins fiable.

AMH (Hormone Anti-Müllérienne)

L’Hormone Anti-Müllérienne (AMH) est devenue un marqueur de référence pour l’évaluation de la réserve ovarienne.

  • Elle peut être dosée à n’importe quel moment du cycle, ce qui facilite sa réalisation.
  • Elle permet de détecter une diminution de la réserve ovarienne à un stade plus précoce que la FSH et l’oestradiol.
  • Elle est fortement corrélée au Compte des Follicules Antraux (CFA) observé à l’échographie.

Ainsi, l’AMH est aujourd’hui considérée comme le meilleur marqueur hormonal de la réponse ovarienne à une stimulation, et donne une information indirecte sur la quantité et parfois la qualité de la réserve ovarienne.

2. L’échographie ovarienne et le CFA

L’évaluation échographique de la réserve ovarienne repose sur le Compte des Follicules Antraux (CFA).

Au 2e ou 3e jour du cycle, l’échographiste compte, dans chaque ovaire, les petits follicules visibles (follicules antraux) susceptibles d’être recrutés pendant la phase folliculaire.
Ce total constitue le CFA.

Le CFA est un indicateur pronostique de réponse à une stimulation ovarienne plurifolliculaire (dans le cadre d’une FIV ou d’une induction de l’ovulation).
Plus le CFA est bas, plus la probabilité de réponse limitée aux traitements de stimulation est élevée, même si l’on augmente les doses d’hormones.

Cette méthode présente toutefois des limites :

  • le résultat peut varier d’un échographiste à l’autre,
  • il dépend également de la qualité de l’appareil échographique.

Réserve ovarienne et parcours de PMA

La mesure de la réserve ovarienne fait le plus souvent partie du bilan d’infertilité et du bilan préalable à la PMA.
Elle aide à adapter le protocole de stimulation ovarienne (type de traitement, doses, stratégie de FIV) et à informer les patientes sur les chances de réponse au traitement.

Cependant, il n’est pas démontré que cette évaluation soit absolument indispensable dans tous les cas, et elle ne permet pas de prédire avec certitude l’obtention d’une grossesse.
Une femme identifiée comme « mauvaise répondeuse » à la stimulation peut malgré tout, dans certains contextes, avoir une bonne chance de grossesse.

Limites et interprétation de la réserve ovarienne

Les médecins spécialistes de la fertilité soulignent plusieurs points importants :

  • Il n’existe pas encore de consensus absolu sur les valeurs seuils de FSH, d’AMH ou de CFA définissant une réserve ovarienne « normale » ou « basse ».
  • Les différentes techniques de mesure (méthodes de dosage, appareils, opérateurs) peuvent donner des résultats légèrement différents.
  • De nombreux aspects de la qualité ovocytaire, de l’implantation embryonnaire et de la fertilité globale restent encore à mieux comprendre.

La réserve ovarienne est donc un outil d’orientation, mais ne doit pas être interprétée de manière isolée : l’âge, l’histoire médicale, les antécédents gynécologiques, la qualité du sperme et le contexte du couple doivent être pris en compte.

En pratique pour les patientes

Même si les connaissances continuent d’évoluer, l’évaluation de la réserve ovarienne permet :

  • de mieux informer les patientes sur leur situation ovarienne et sur l’évolution possible de leur fertilité,
  • de adapter la rapidité de prise en charge en cas d’infertilité, en particulier lorsqu’une diminution précoce de la réserve ovarienne est mise en évidence,
  • dans certains cas, d’encourager un accès plus rapide à la PMA pour optimiser les chances de grossesse.

Toute question concernant votre fertilité, vos résultats de FSH, d’AMH ou votre CFA doit être discutée avec votre gynécologue ou un spécialiste de la reproduction, qui pourra interpréter ces éléments dans leur ensemble et proposer une prise en charge personnalisée.