Stérilité du couple et infertilité : comprendre, évaluer, prendre en charge

Infertilité, infécondité, stérilité : bien comprendre les termes

Dans le langage courant, les mots infertilité, infécondité et stérilité sont souvent confondus. En médecine de la reproduction, ces notions sont différentes et il est important de les distinguer.

Infertilité ou infécondité : il s’agit d’une difficulté à concevoir. Le couple a du mal à obtenir une grossesse, mais celle-ci reste possible, spontanément ou après prise en charge. On parle en général d’infertilité lorsque la grossesse ne survient pas après 12 mois de rapports sexuels réguliers sans contraception.

Stérilité : la stérilité correspond à une impossibilité définitive pour un couple d’avoir un enfant, malgré les tentatives et les prises en charge adaptées. Cette notion ne peut être affirmée qu’au terme de la vie reproductive du couple, après de nombreuses années et un bilan complet sans solution possible.

Dans la majorité des situations, les couples consultent pour une infertilité (difficulté à concevoir) et non pour une stérilité véritable.

Quelle fréquence de l’infertilité dans la population ?

Les troubles de la fertilité concernent de nombreux couples. On estime qu’environ 1 couple sur 7 consultera au moins une fois pour un problème de difficulté à concevoir.

  • Environ 4 % des couples seraient réellement stériles.
  • Près de 15 % des couples présentent une infécondité ou infertilité.

Il est également essentiel de rappeler qu’un certain délai pour concevoir est normal :

  • Le délai moyen pour obtenir une grossesse est de 4 à 6 mois.
  • Un couple fécond, ayant des rapports réguliers sans contraception, a en moyenne environ 25 % de chances de grossesse par cycle.

C’est pourquoi, en l’absence de signe d’alerte particulier, les premières explorations médicales de l’infertilité ne sont généralement proposées qu’après au moins 12 mois de rapports réguliers sans contraception.

Quelles sont les principales causes d’infertilité du couple ?

L’infertilité est souvent multifactorielle et peut concerner l’homme, la femme, ou les deux partenaires. Dans un certain nombre de cas, aucune cause évidente n’est retrouvée : on parle alors d’infertilité inexpliquée (ou idiopathique).

Facteurs liés au mode de vie et au temps

  • Temps insuffisant : beaucoup de couples consultent précocement, alors que le délai normal de conception n’est pas encore dépassé.
  • Fréquence des rapports sexuels : la fécondabilité est directement liée à la fréquence et au bon positionnement des rapports par rapport à l’ovulation.
    • Environ 1 rapport par semaine : ~15 % de chances de grossesse par cycle.
    • 1 rapport par jour autour de l’ovulation : jusqu’à ~68 % de chances de grossesse par cycle.

Causes masculines d’infertilité

Les causes masculines représentent une part importante des troubles de la fertilité du couple. Elles concernent principalement la qualité du sperme :

  • Altérations du spermogramme : diminution du nombre de spermatozoïdes, baisse de leur mobilité, anomalies de forme, etc.
  • Influence de certains facteurs de risque :
    • Tabac, alcool, drogues.
    • Exposition à des (par exemple le plomb).
    • Radiations ionisantes.
    • Certains facteurs liés à l’âge ou à l’état de santé général.

Causes féminines d’infertilité

Chez la femme, plusieurs mécanismes peuvent être en cause.

Âge maternel

La réserve ovarienne et la qualité ovocytaire diminuent progressivement avec le temps. La fécondité baisse nettement à partir de 35–38 ans, et cette diminution s’accentue ensuite.

Causes endocriniennes (troubles de l’ovulation)

Les problèmes d’ovulation sont fréquents : cycles irréguliers, absence d’ovulation (anovulation), dysovulation. Ils peuvent être liés par exemple à un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une dysthyroïdie, une hyperprolactinémie, une insuffisance ovarienne, etc.

Causes mécaniques (facteurs tubaires et pelviens)

  • Obstruction des trompes utérines (trompes de Fallope), souvent d’origine cicatricielle après une salpingite ou une infection génitale.
  • Adhérences pelviennes autour des annexes (trompes, ovaires), d’origine cicatricielle ou parfois sans cause retrouvée, pouvant gêner la rencontre entre spermatozoïdes et ovocyte ou la migration de l’ovule fécondé.

Facteurs toxiques et environnementaux

  • Tabac, alcool, drogues.
  • Exposition à des toxiques chimiques (plomb, solvants, pesticides, etc.).
  • Radiations ionisantes ou certains traitements (chimiothérapie, radiothérapie).

Infertilité inexpliquée (idiopathique)

Dans une proportion non négligeable de couples, malgré un bilan complet chez l’homme et la femme, aucune cause précise n’est mise en évidence. On parle alors d’infertilité idiopathique. Cela ne signifie pas que le couple ne pourra jamais avoir d’enfant, mais que les examens actuels ne permettent pas d’identifier l’origine du trouble.

Comment se déroule la prise en charge d’un couple infertile ?

La prise en charge de l’infertilité repose sur une approche conjointe du couple. L’objectif est de rechercher les principales causes possibles afin de proposer une stratégie adaptée (simple conseil, traitement médical, chirurgie, ou aide médicale à la procréation).

Premier temps : l’interrogatoire du couple

La première étape est un entretien détaillé avec le gynécologue ou le spécialiste de la reproduction :

  • Durée du désir d’enfant et du temps pendant lequel le couple essaie de concevoir.
  • Fréquence et régularité des rapports sexuels, surtout autour de la période d’ovulation.
  • Antécédents médicaux, chirurgicaux, gynécologiques et obstétricaux de chacun.
  • Contraception antérieure (type, durée d’utilisation).
  • Mode de vie : tabac, alcool, médicaments, exposition professionnelle à des toxiques, etc.

Deuxième temps : le bilan féminin

Examen clinique

Un examen gynécologique complet est réalisé afin de rechercher des anomalies locales (utérus, col, ovaires), des douleurs pelviennes, des signes d’infection, ou d’autres pathologies pouvant expliquer des difficultés à concevoir.

Suivi de la courbe de température

La patiente peut être invitée à tenir une courbe de température basale pendant environ trois cycles :

  • La température est prise tous les matins au réveil avant le lever.
  • Une élévation brutale de 0,3 à 0,4 °C en milieu de cycle traduit en général la survenue de l’ovulation.

Cet outil simple permet de vérifier s’il existe une ovulation et de mieux cibler la période fertile.

Bilan biologique spécialisé

  • Bilan hormonal : exploration de la fonction ovarienne (FSH, LH, estradiol, AMH…), de la thyroïde, de la prolactine, etc.
  • Bilan infectieux : recherche d’infections génitales ou générales pouvant perturber la fertilité.

Examens morphologiques

  • Échographie pelvienne : permet de visualiser l’utérus, l’endomètre, les ovaires (kystes, ovaires polykystiques, fibromes, malformations, etc.) et de rechercher des anomalies pouvant constituer un obstacle à la grossesse.
  • Hystérosalpingographie : examen radiologique avec injection de produit de contraste dans la cavité utérine. Il permet de vérifier :
    • la perméabilité des trompes de Fallope ;
    • l’absence d’anomalies utérines (synéchies, polypes, malformations…).
  • Test post-coïtal de Hühner (voir plus bas) : étudie le comportement des spermatozoïdes dans la glaire cervicale après un rapport.

Examens de deuxième intention

En fonction des résultats du bilan initial, des explorations plus invasives peuvent être proposées :

  • Hystéroscopie diagnostique : examen endoscopique permettant de visualiser directement l’intérieur de la cavité utérine.
  • Cœlioscopie diagnostique : exploration chirurgicale par voie abdominale, sous anesthésie générale, permettant d’observer l’utérus, les trompes, les ovaires et le pelvis, de rechercher des adhérences, une endométriose, etc.

Le bilan masculin

Examen clinique

Un examen urologique ou andrologique est réalisé : étude des testicules, de l’épididyme, du pénis, recherche de varicocèle, d’anomalies locales ou hormonales, etc.

Spermogramme et examens complémentaires

  • Spermogramme : examen de base qui analyse :
    • le volume de l’éjaculat ;
    • la concentration de spermatozoïdes ;
    • leur mobilité ;
    • leur morphologie.
  • Test post-coïtal (ou de Hühner) : examen commun au couple (voir ci-dessous).
  • Bilan biologique infectieux : recherche d’infections pouvant altérer la qualité du sperme.

En deuxième intention, en fonction des résultats :

  • Spermoculture (recherche d’infection du sperme).
  • Caryotype et bilan génétique.
  • Bilan hormonal (testostérone, FSH, LH, prolactine…).
  • Échographie urogénitale pour explorer les testicules et les voies spermatiques.

Le test post-coïtal (test de Hühner)

Le test post-coïtal, ou test de Hühner, est un examen qui permet d’évaluer la qualité de la glaire cervicalecomportement des spermatozoïdes

Comment se déroule le test de Hühner ?

  • Il est réalisé habituellement autour du 12e jour du cycle, c’est-à-dire en période ovulatoire présumée.
  • Un rapport sexuel est demandé 8 à 12 heures avant le prélèvement, sans utilisation de préservatif et sans toilette vaginale après le rapport.
  • On recommande en général 2 à 3 jours d’abstinence sexuelle avant ce rapport.
  • Lors de la consultation, un prélèvement de glaire cervicale est effectué au niveau de l’endocol à l’aide d’un spéculum.

Que recherche-t-on avec ce test ?

  • Analyse de la glaire cervicale :
    • aspect, filance, viscosité ;
    • abondance ;
    • caractères de la glaire en période ovulatoire (glaire dite « fertile »).
  • Étude des spermatozoïdes dans la glaire au microscope :
    • présence ou non de spermatozoïdes ;
    • mobilité (spermatozoïdes mobiles et progressifs ou non) ;
    • éventuelles anomalies suggérant une incompatibilité glaire-sperme ou un problème de qualité spermatique.

Ce test peut aider à mieux comprendre certaines situations d’infertilité, même si, aujourd’hui, il est parfois complété ou remplacé par d’autres examens en fonction des recommandations et des pratiques des centres spécialisés.