Salpingite aiguë : infection génitale de la femme

La salpingite est une inflammation d’une ou des deux trompes de Fallope, le plus souvent associée à une infection de la cavité utérine (endométrite). On parle alors d’infection utéro-annexielle, car l’utérus et ses annexes (trompes et ovaires) sont concernés. Il s’agit d’une infection génitale haute potentiellement grave, qui nécessite une prise en charge rapide pour limiter les risques de complications, notamment sur la fertilité.

Comment survient une salpingite aiguë ?

Dans la majorité des cas, les bactéries responsables remontent par voie ascendante depuis la vulve, le vagin et le col de l’utérus vers l’utérus puis les trompes de Fallope.

Origine infectieuse et principaux germes en cause

Environ 85 % des salpingites sont d’origine sexuelle, liées à des infections sexuellement transmissibles (IST). Les principaux agents responsables sont :

  • Chlamydia trachomatis (environ 60 % des cas), germe le plus fréquemment impliqué ;
  • Neisseria gonorrhoeae (gonocoque, environ 10 % des cas) ;
  • Bactéries d’origine digestive pouvant coloniser la région génitale : Escherichia coli, Proteus, Klebsiella ;
  • Plus rarement, d’autres germes comme les mycoplasmes, streptocoques ou staphylocoques.

Salpingite d’origine iatrogène

Dans environ 15 % des cas, la salpingite est secondaire à un geste médical intra-utérin (origine dite iatrogène), en particulier :

  • curetage utérin ;
  • interruption volontaire de grossesse (IVG) ;
  • pose de dispositif intra-utérin (stérilet) ;
  • hystéroscopie diagnostique ou opératoire ;
  • hystérosalpingographie.

Facteurs de risque de salpingite

Certains contextes augmentent la probabilité de développer une infection génitale haute :

  • Âge jeune (adolescentes et jeunes femmes sexuellement actives) ;
  • Contraception par stérilet, notamment dans les premiers mois suivant la pose ;
  • Rapports sexuels précoces au cours de la vie ;
  • Niveau socio-économique défavorisé, souvent associé à un moindre accès au dépistage et aux soins ;
  • Multiplicité des partenaires sexuels, rapports non protégés ;
  • Antécédents d’infections sexuellement transmissibles (IST) ou de maladies sexuellement transmissibles (MST).

Quels sont les symptômes d’une salpingite aiguë ?

Les manifestations peuvent être plus ou moins bruyantes selon le germe en cause, mais certains signes doivent faire évoquer une infection génitale haute et amener à consulter rapidement un gynécologue ou un service d’urgences.

  • Syndrome infectieux : fièvre généralement supérieure à 38 °C, frissons, malaise général ;
  • Douleurs pelviennes, souvent latéralisées, parfois irradiant vers le bas du ventre ou le dos, pouvant s’accompagner de douleurs sous-hépatiques ;
  • Leucorrhées anormales : pertes vaginales abondantes, purulentes, jaunâtres ou verdâtres, parfois malodorantes ;
  • Métrorragies : saignements en dehors des règles ou après les rapports ;
  • Signes urinaires : brûlures à la miction, envies fréquentes d’uriner, parfois fuites urinaires ;
  • Signes chez le partenaire : écoulement au niveau du pénis, brûlures urinaires ou douleurs génitales, qui orientent vers une IST partagée au sein du couple.

La présence de plusieurs de ces symptômes doit alerter, en particulier chez une femme jeune, ayant des rapports non protégés ou un stérilet.

Comment pose-t-on le diagnostic de salpingite ?

Le diagnostic repose sur l’association de l’interrogatoire, de l’examen clinique et d’examens complémentaires.

Consultation et examen clinique

Le médecin commence par un interrogatoire détaillé : date des derniers rapports, contraception utilisée, antécédents d’IST, douleurs, fièvre, pertes vaginales, contexte (stérilet récent, geste gynécologique récent…).

L’examen gynécologique permet de rechercher :

  • des douleurs à la mobilisation de l’utérus et des annexes ;
  • des pertes vaginales anormales ;
  • un col utérin inflammatoire ou douloureux.

Examens complémentaires

Pour confirmer le diagnostic, identifier le germe responsable et éliminer les infections associées, différents examens peuvent être prescrits :

  • Bilan sanguin : NFS, CRP, recherche de syndrome inflammatoire et d’infection ;
  • Dépistage des IST chez la patiente et ses partenaires (chlamydia, gonocoque, VIH, syphilis, etc.) ;
  • Prélèvements locaux (vaginaux, endocervicaux) pour analyse bactériologique et recherche ciblée des germes en cause ;
  • Échographie pelvienne pour visualiser l’utérus, les trompes et les ovaires, rechercher un épanchement, un abcès ou une masse pelvienne ;
  • Cœlioscopie diagnostique en cas de doute ou d’évolution défavorable : cette intervention chirurgicale mini-invasive permet de visualiser directement les trompes et le pelvis, de confirmer le diagnostic et, si besoin, de traiter dans le même temps.

Quelles sont les complications possibles d’une salpingite ?

La salpingite est une urgence gynécologique en raison de ses complications potentielles, immédiates et à distance.

Complications aiguës

En l’absence de traitement rapide ou en cas de traitement insuffisant, l’infection peut évoluer vers :

  • Un abcès pelvien (collection de pus au niveau d’une trompe ou de l’ovaire, pyosalpinx ou abcès tubo-ovarien) ;
  • Une péritonite, c’est-à-dire une infection et une inflammation de la cavité abdominale, situation grave nécessitant une prise en charge chirurgicale urgente.

Complications tardives

Les séquelles tubaires sont fréquentes après une salpingite, d’où l’importance d’un traitement précoce et adapté :

  • Stérilité tubaire : les trompes peuvent être obstruées ou altérées par les cicatrices (adhérences), ce qui empêche la rencontre entre l’ovocyte et les spermatozoïdes ;
  • Grossesse extra-utérine (GEU) : une trompe abîmée laisse parfois passer l’ovocyte fécondé mais ne permet plus sa migration correcte vers l’utérus. Un antécédent de salpingite multiplie environ par 10 le risque de GEU ;
  • Récidive de salpingite, surtout si le traitement initial a été incomplet ou si l’IST n’a pas été correctement prise en charge chez la patiente et ses partenaires ;
  • Salpingite chronique : douleurs pelviennes persistantes liées à une inflammation chronique et aux adhérences ;
  • Douleurs pelviennes chroniques pouvant altérer la qualité de vie et la vie sexuelle ;
  • Avortements spontanés précoces répétés, parfois en lien avec la qualité de la cavité utérine et des trompes.

Quel est le traitement d’une salpingite aiguë ?

La salpingite aiguë nécessite en règle générale une hospitalisation en service de gynécologie, en particulier en cas de fièvre élevée, de douleurs importantes ou de suspicion de complication.

Antibiothérapie

  • Mise en route rapide d’une antibiothérapie intraveineuse à large spectre, couvrant les principaux germes en cause (chlamydia, gonocoque, germes anaérobies, bactéries digestives) ;
  • Relais secondaire par voie orale après amélioration clinique ;
  • Durée du traitement prolongée, généralement d’au moins 21 jours afin de limiter le risque de récidive et de séquelles tubaires.

Traitement de la douleur et mesures associées

  • Antalgiques de palier adapté (souvent paracétamol, éventuellement associés à d’autres médicaments) ;
  • Antispasmodiques pour diminuer les crampes pelviennes ;
  • Mesures physiques (repos, application de glace sur le bas-ventre selon la tolérance) pour soulager les douleurs.

Repose ovarien et contraception

Un blocage transitoire du cycle ovarien est souvent proposé, généralement par une pilule oestroprogestative. Cela permet de mettre les ovaires et les trompes au repos pendant la phase de guérison et d’assurer une contraception fiable le temps de l’infection.

Traitement des partenaires

Les partenaires sexuels doivent être systématiquement informés et pris en charge. Un traitement antibiotique leur est proposé en fonction du germe identifié ou suspecté, même en l’absence de symptômes, afin d’éviter les réinfections croisées et la circulation de l’IST dans le couple.

Indications de la chirurgie

Une intervention chirurgicale par cœlioscopie peut être nécessaire dans certaines situations :

  • But diagnostique : confirmation de la salpingite lorsque le tableau clinique et les examens restent équivoques ;
  • But pronostique : évaluation de l’état des trompes et des ovaires, recherche d’adhérences importantes ;
  • But thérapeutique : drainage d’un abcès, lavage de la cavité abdominale en cas de péritonite, parfois ablation d’une trompe très abîmée (salpingectomie).

Évolution et pronostic

Avec un diagnostic précoce et un traitement adapté, la majorité des salpingites aiguës évoluent favorablement. Néanmoins, des séquelles tubaires peuvent persister, en particulier en cas d’infection sévère ou répétée.

Du point de vue de la fertilité, le meilleur signe de bonne évolution après une salpingite est la survenue ultérieure d’une grossesse intra-utérine évolutive. C’est pourquoi un suivi gynécologique régulier, la prévention des IST (préservatif, dépistage) et la prise en charge rapide de tout symptôme évocateur sont essentiels pour préserver au mieux la fonction reproductive.